La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Sam 2 Aoû 2014 - 9:11

Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)



Suivez-le chaque jour sur Facebook!
https://www.facebook.com/pages/Spahi-Roger-Marion-1er-RMSM/539786062814314

Suivez son parcours sur Google Maps


Vous trouverez sur cette page les souvenirs rédigés par l'abbé Roger MARION,
séminariste qui a rejoint la 2ème DB,
conducteur de La Simone, automitrailleuse de pointe
de la 1ère Patrouille du 3ème Peloton du 3ème Escadron
du 1er Régiment de Marche des Spahis Marocains.

Ordonné prêtre en 1949, il fut l'Aumônier militaire du camp de Mourmelon de 1956 à 1967.

Merci à Laurent Fournier qui a recueilli ses notes et me les a transmises,
et que je mets en ligne en hommage à cet homme de Dieu qui s'est dépensé sans compter.




Dernière édition par Jean PFLIEGER le Mar 12 Aoû 2014 - 8:00, édité 3 fois
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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Sam 2 Aoû 2014 - 12:00

EN VOITURE, SIMONE!

Préliminaires

"Ceci ne constitue qu'une relation personnelle n'ayant pour but que de fixer des souvenires de vie militaire dans les FFL, lesquels m'ont été réclamés, à titre d'ancien, par diverses sources, de tous grades, les unes aussi amicales que les autres".

Pierre MERCINIER commence ainsi son "Journal de marche d'un Spahi (1940-1945) qu'il a terminé le 30 juin 1983.

Je reprends cette phrase à mon compte, avec cette grande différence que ne suis qu'un "bleu" à côté de ces "anciens" qui ont rallié les FFL dès 1940, en Angleterre, en Égypte, ou venant de SHANGAÏ comme Georges BOUVIER.

Ce qui suit ne retrace que les aventures de l'A.M. de pointe du Peloton de La MOTTE. […]

De temps à autre, certains camarades sont cités. Chacun a rempli sa mission et aurait bien des aventures à rappeler. S'il est difficile d'avoir un style aussi agréable à lire que celui de Pierre MERCINIER, il est toujours possible de retrouver quelques anecdotes et de les replacer "dans le temps et dans l'espace", grâce au calendrier d'octobre 1943 - août 1945 que j'ai fait en novembre 1981. […]

Bon courage! Je sais qu'il en faut…

Je me remets "en pointe".

Et que ça suive, nom de Moi, comme dirait le Bon Dieu!

*
* *
*
"En voiture, SIMONE"

• SIMONE,
- c'est l'A.M. de pointe du Peloton de la MOTTE du 3ème Escadron/1er RMSM.
- c'est le nom de la "future" de Guy, notre radio. Elle deviendra Madame Guy CONUS le 11 mai 1946.

SIMONE laissera sa place à CHANTILLY, pendant la campagne des Vosges, quand le peloton donnera des noms de champs de courses à chacun de ses véhicules.


• Chef de voiture:


(Photo: Ordre de la Libération)

Maréchal des Logis Chef René TROËL, parti de BREST en juin 1940 pour rejoindre le Général de GAULLE en Angleterre. Il n'avait pas 17 ans (né le 4 octobre 1923). Participe à toutes les campagnes du 1er R.M.S.M. en Syrie, Lybie et Tunisie. Compagnon de la Libération. Décédé le 7 décembre 1977 à BREST.

[On trouvera d'autres photos sur le site consacré à Émile Pagliantini]


• Tireur:


(Détail d'une photo de D. Brûlé)

Louis BLONDAIN, mieux connu comme "P'tit Louis". Engagé le 17 mars 1941, participe à la campagne de Tunisie avec le 410 RADCA. Rejoint le 1er RMSM à SOUSSE en avril 1943.

• Radio:


(Détail d'une photo de D. Brûlé)

Guy CONUS.
S'engage en Tunisie et rejoint ensuite le 1er RMSM.
Site de la Fondation de la France Libre


• Conducteur:


(Détail d'une photo de D. Brûlé)

Roger MARION.
Astreint au STO, s'évade par l'Espagne.
Arrivé au Maroc, "quitte" le 31ème Génie à PORT-LYAUTEY pour s'engager au 1er RMSM et arriver au 3ème Escadron dans la Forêt de TEMARA le 6 décembre 1943.

Nous avons confiance,

car René, bien que le plus jeune de nous quatre (d'un an) a une solide expérience: il a fait les campagnes de la France Libre comme conducteur d'automitrailleuse, et dans quelles conditions! À sa connaissance du métier, vient s'ajouter un ensemble de qualités humaines exceptionnelles.

P'tit Louis n'a pas perdu son temps chez les artilleurs: lui aussi connaît son métier. La précision et la rapidité de son tir nous a sauvé la vie plus d'une fois.

Guy et moi sommes à bonne école. Nous apprécions le calme et les qualités d'ordre de Guy. L'intérieur de l'A.M. est toujours soigné grâce à lui. Malheureusement il sera blessé le 27 novembre 1944 à HINDISHEIM.



Dernière édition par Jean PFLIEGER le Dim 17 Aoû 2014 - 15:05, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Sam 9 Aoû 2014 - 7:36


En attendant la suite du récit de Roger Marion,
voici une photo de l'Aspirant Bernard MAIGRE de la MOTTE
chef du 3ème Peloton:




2 films anciens qui montrent des A.M. M8 Greyhound au sortir de l'usine:





Quelles suspensions!!!

La vidéo suivante montre une présentation dans un Musée en Floride:
on y voit l'armement, une munition, le poste de pilotage, le véhicule en marche…



Une page de présentation des automitrailleuses des Spahis sur le site de Jacques Ghémard

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MessageSujet: Samedi 12 août 1944   Mar 12 Aoû 2014 - 7:45


Samedi 12 août 1944

Traversée d'ALENÇON qui vient d'être libérée. Le 2ème peloton est devant nous. Accrochage. Pour nous, patrouille à BOITRON.

Au début de l'après-midi, nous arrivons à SÉES. En attendant le ravitaillement en essence, nous récupérons quelques prisonniers allemands. J'avoue ne pas avoir pris le temps d'apprécier l'architecture de la belle cathédrale (XIII & XVème siècles). L'escalade dans les tours pour y trouver des allemands s'avère inutile.

Vers 16h30, les réservoirs pleins, en route pour MORTRÉE. L'A.M. ne "tire" pas. En se penchant sur sa droite, depuis la tourelle, René s'aperçoit que la roue médiane et la roue arrière sont à plat. Le reste du peloton part sans nous. Au travail! Plusieurs pointes à chevrons avaient été enfoncées dans les roues! La réparation demande un certain temps. Je crois me souvenir qu'il y avait 18 écrous à démonter pour séparer les deux parties d'une jante.

Par une route encombrée de chars et de véhicules allemands détruits, nous rejoignons l'escadron près de SAINT-CHRISTOPHE-EN-JAJOLET. Nous sommes dans la nature. Il fait nuit. L'artillerie ne chôme pas.

Dimanche 13 août 1944

Le texte de la citation de René TROËL (OG n° 2 du 03/01/1945 Ordre de la Brigade) rétablit la vérité sur la mission qui a été accomplie par le peloton de LA MOTTE:
"Chef de l'A.M. de pointe, a permis par son allant, en entrant dans ÉCOUCHÉ le 13 août 1944 devant des chars, à établir la tête de pont sur l'Orne".

Départ à 6 heures du matin à travers champs. Objectif: le pont de l'Orne. Des chars du 501 sont devant nous. Par radio, le Chef de peloton, Bernard, nous donne cet ordre: "Allo, C1. Dépassez les chars!" J'éxécute. À la hauteur du char de tête, un obus éclate près de nous.

René trouve prudent de continuer à progresser, côte à côte avec le char de tête. C'est ainsi que nous arrivons sur la R.N. 24. Le char* du 501 est touché au passage à niveau juste avant ÉCOUCHÉ.
—————
Note:
* Il s'agit du
MASSAOUA
—————


René me fait continuer dans la rue qui part légérement sur notre gauche. Les Allemands surpris servent de cible à P'tit Louis qui se stimule en criant: "Par rafale de 30!" (sic) "Tourelle à babord. Tourelle à tribord".

Nous avançons dans la localité. À un certain moment, nous tournons à droite. Et nous arrivons au pont que René me fait traverser. Stop! Une Jeep de la patrouille est derrière nous. FERYN reste sur le pont avec son obusier. Avant le pont, un Half-Track du III/R.M.T., une ambulance des Rochambelles et des chars du 501 (probablement Cie GALLEY) et notre A.M. de commandement de la patrouille avec PICOT.

Un obus arrive dans la tourelle de l'obusier de FERYN. Des paquetages sont arrachés et envoyés dans l'Orne.

Notre Chef de peloton Bernard de LA MOTTE demande à René TROËL d'essayer de repérer le char ou l'antichar ennemi qui vient de tirer.

Je grimpe sur un pylône électrique qui se trouve à la hauteur de notre A.M. J'aperçois 2 chars (Mark IV*) à droite du carrefour tout proche de nous. Au même moment, un obus arrive en bas du pylône. Avant de redescendre, je camoufle mon calot rouge dans ma combinaison et je dégringole plus rapidement que je n'étais monté. René transmet le résultat de cette observation.
—————
Note:
* Long documentaire sur l'histoire de ce blindé allemand:



—————


Aussitôt, des fantassins du III/R.M.T. passent devant nous pour la patrouille à pied. Un obus arrache le pied du premier fantassin arrivé au carrefour.

(J'ai l'intention de recommencer cette page pour mettre au point l'aventure Scarabée)

L'ambulancière Micheline GARNIER (ou Marie-Louise CHARBONNEL épouse GRIMPEL, dite "Scarabée" dans la Résistance) arrive immédiatement. Elle est seule, sa co-équipière Edith SCHALLER ayant été blessée hier, par inadvertance… et par DRAY (2ème peloton)! Un garrot. Le Capitaine LUCIEN lui adjoint le spahi SALEM pour accompagner le blessé: direction Hôpital d'ARGENTAN. Hélas! ARGENTAN n'est pas encore libéré. Dans son Journal de Marche du 3ème Escadron, le Capitaine LUCIEN note ceci à la date du 21 août 1944: "ARGENTAN ayant été occupée la veille, l'ambulance a pu être reconnue. Deux corps calcinés ont été trouvés à l'intérieur. L'un a pu être identifié comme étant celui du spahi SALEM, l'autre est probablement le fantassin blessé évacué. Aucune nouvelle de Madame GARNIER".

Dans son ouvrage "Quand j'étais Rochambelle", Madame MASSU ignorait ces faits. Par contre, elle ajoute: "Des rumeurs nous ont fait longtemps espérer qu'elle était prisonnière des Russes. Son mari a tout fait pour la retrouver, mais en vain!" (page 143). En juin 1984, une Rochambelle m'a dit qu'elle pensait que Micheline était encore en Russie.

Pendant ce temps, la 2ème patrouille du Peloton, commandée par l'Aspirant Georges BOUVIER, s'était mise en observation à l'est d'ÉCOUCHÉ.
Georges BOUVIER repère, lui aussi, les 2 chars allemands et signale leur présence. Ce qui déclenche un tir d'artillerie peu apprécié des Allemands qui abandonnent le terrain. Georges rend compte du retrait des 2 chars.

Au cours de cette mission, un jeune du pays fait connaissance avec l'A.M. de pointe de la patrouille BOUVIER, A.M. commandée par Jean BEYLER. C'est ainsi que Maurice LECOMTE s'engage le vendredi 18 août et fait campagne avec nous jusqu'au 18 novembre, à BRÉMENIL, où une blessure le conduit à l'Hôpital de VITTEL, puis au VAL DE GRÂCE.


Dans la matinée, nous quittons le pont de l'Orne pour partir en reconnaissance vers SERANS. Une route ou plutôt un chemin rendu poussièreux. Bernard nous indique le point où nous devons rester en observation: le prochain carrefour. En route! Nous arrivons à l'entrée d'une petite forêt. Toujours pas de carrefour. La route s'engage légèrement à gauche. Nous aussi. Le silence de cette petite forêt nous inquiète. Je stoppe. René appelle Bernard: "Allo C1. Nous sommes dans la forêt. Pas vu de carrefour". La réponse ne tarde pas: "Bande de cons! Ne restez pas dans la forêt. Il y a des boches!" Demi-tour. Bernard nous montre sur sa carte (nous n'en avions pas) l'endroit d'un carrefour: un petit sentier qui avait dû exister au temps où la carte avait été établie. Nous reprenons la direction de la forêt, mais en nous arrêtant plusieurs centaines de mètres avant.

Nous n'avons pas beaucoup dormi ces dernières nuits. Et, la chaleur aidant, nous ne tardons pas à nous assoupir, tous les quatre. Que le commandement nous pardonne!

Brusquement, nous sommes réveillés par des détonations, des claquements de balles. Une voiture amphibie* allemande fonce sur nous, et continue sa route vers le reste du Peloton. Nos camarades se chargent de faire prisonniers le Capitaine qui nous avait ratés et son conducteur. Et nous conservons le véhicule.
—————
Note:
* Je pense qu'on peut rapprocher cet épisode de la photo suivante:


(National Archives)

En effet, nous y voyons la Rochambelle Edith VÉZY & l'Aspirant Bernard de LA MOTTE,
précisément chef du Peloton de Roger Marion,
en train de peindre l'insigne de la Division sur un Kübelwagen pris à l'ennemi
dans le secteur d'Écouché.

—————




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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 15 Aoû 2014 - 12:18

si la voiture allemande récupérée est amphibie, c'est une Schwimmwagen, celle de la photo plus haut est une Kübelwagen

voici une Schwimmwagen (ou Volkswagen 166) à la DB (origine : http://nicokubel.blogspot.fr/2011_10_01_archive.html)

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 15 Aoû 2014 - 13:58


Merci, Jean-Yann, pour cette photo de voiture amphibie.
Oui, il ne faut pas confondre Schwimmwagen et Kübelwagen.

Disons que cette photo illustre le fait que des voitures allemandes ont été capturées et reconverties…
Autre exemple, l'aumônier du RBFM a hérité d'un Kübelwagen baptisé N-D d'Afrique.

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 15 Aoû 2014 - 13:58


(13 août 1944 suite)

René trouve une solution qui nous permettra de "récupérer" tout en assurant la mission qui nous est confiée. Repos à tour de rôle. Dans un premier temps, P'tit Louis dans la tourelle et Guy à son poste de radio restent en observation. Nous deux, nous avons le droit de nous endormir à nos places.

La sieste est de courte durée. Une clameur de P'tit Louis nous réveille: "Regardez ce pigeon". Le pigeon, c'est un motard Allemand qui se dirige vers nous. Au-dessus de ma tête, je vois le canon de 37 s'orienter vers le motard. Nous a-t-il vus? Nous ne le saurons jamais: au premier obus de P'tit Louis, il saute en l'air et sa moto prend la direction du bord de la route.

Ça remue dans les arbres. P'tit Louis continue le tir à coups de canister et ça dégringole.

Dans l'après-midi, le Peloton se poste dans les champs, à droite de la route.
La moisson est commencée. Les gerbes de blé sont alignées en tas.
Bruit de moteur à l'entrée de la forêt. Des ambulances allemandes qui viennent sans doute récupérer leurs gars. L'opération terminée, au lieu de faire demi-tour, les ambulances foncent sur nous. Je dis à P'tit Louis de tirer. Il hésite: "C'est toi qui me demandes de tirer sur des ambulances? — Ambulances ou pas, ils n'ont pas à nous foncer dessus". P'tit Louis les bloque par son tir mitrailleuse. Les ambulances étaient remplies de soldats armés!
Une voiture de reconnaissance allemande se fera aussi démolir.
Avec toutes nos excuses pour le propriétaire du champ, car les traçantes de la mitrailleuse ont mis le feu à quelques tas de gerbes.

La journée de ce 13 août se termine par un épisode qui aurait pu mal se terminer. Avec une autre A.M., nous sommes envoyés en direction de SEVRAI. Mission: reconnaître la 816*, venant de LA FERTÉ-MACÉ.
—————
Note:
* D 916 actuelle?
—————

Nous dépassons le dernier poste du 501 à la sortie d'ÉCOUCHÉ. Quelques maisons: ce doit être SEVRAI. Silence. Toutes les fenêtres sont fermées. Dans la poussière du chemin, des traces de chenilles relativement fraîches. Une, puis deux fenêtres s'ouvrent. Les habitants disent leur joie de voir des Français. Les Allemands sont partis dans l'après-midi. Nous continuons pour arriver en vue de la route 816, toute proche. Arrêt à la dernière maison. Pendant que Guy va faire la reconnaissance, René, P'tit Louis et moi, nous dégustons un coup de cidre offert par le normand de la maison. Guy revient: un char Tigre est sur la route, apparemment démoli.

La nuit tombe. Il est plus sûr de rendre compte de notre mission au plus vite. Demi-tour sur un chemin dont la largeur ne dépasse guère la longueur de l'A.M. Il faut un certain nombre de manœuvres en essayant de ne pas trop faire de bruit avec le moteur. La nuit est tombée quand nous quittons les dernières maisons de SEVRAI et que nous nous engageons sur le petit tronçon de route en direction d'ÉCOUCHÉ.

C'est alors que des rafales de mitrailleuses nous accueillent, venant d'ÉCOUCHÉ. Un brutal coup de frein a pour effet d'enfoncer les pieds de P'tit Louis sur les pédales du 37 et de la mitrailleuse. Première rafale en direction d'ÉCOUCHÉ. Nous pensons que les Allemands ont repris le poste du 501.
Bien vite, nous constatons, d'après la couleur des traçantes, que ce ne sont pas des Allemands. Je donne des coups de sirène et nous hurlons: "Ce sont les spahis qui rentrent". Le tir s'arrête. Je remets en route et nous arrivons sur des Shermans du 501, accueillis par le Colonel BILLOTTE qui m'engueule: "D'où venez-vous? Où est votre Chef de Peloton?". Normalement, le Colonel aurait dû s'adresser à René. Je pense qu'il avait aussi peur que nous et j'étais plus facilement à sa portée à mon poste de conducteur que René dans la tourelle. Ce qui s'est passé? Pendant notre patrouille de reconnaissance, il y avait eu une relève de chars. Les nouveaux arrivés, ignorant notre existence, nous avaient tout simplement pris pour des boches.

Je ne sais plus ni où, ni comment nous avons retrouvé le Peloton, mais je me souviens qu'après avoir pris la première garde, j'ai dormi jusqu'à 7h30, dans des décombres.
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 15 Aoû 2014 - 13:59


NOTE DE LA RÉDACTION:

Cette vidéo "moderne" présente une automitrailleuse M8 actuelle
avec tir au canon de 37:



Celle-ci permet de se familiariser avec le son
de la mitrailleuse de 30 et du canon de 37 d'une automitrailleuse M8:



et celle-là montre l'agencement du poste de tir:
- la position de la bande de mitrailleuse
- l'armement du canon
- les pédales de commande des tirs
- le recul du canon



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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 15 Aoû 2014 - 13:59


Lundi 14 août 1944

Récupération d'outils dans des camions allemandes. Çà pourra toujours être utile. Le Peloton campe dans un pré, un peu au-dessus d'ÉCOUCHÉ. Nous y restons jusqu'au mercredi 23 août.

Dans l'après-midi, des avions américains nous bombardent par erreur. Pas de casse.

Le soir, au moment où nous allions prendre notre repas, en patrouille dans la forêt de SERANS. Nous ramenons encore quelques prisonniers.

Mardi 15 août 1944

La voiture allemande, amphibie, récupérée avant-hier, rend service pour assurer les liaisons avec ÉCOUCHÉ.

Je fais la connaissance de Monsieur le Curé, le brave abbé VERGER, qui nous fait chanter la Marseillaise à l'issue de la Messe*.
—————
Note:
* Michel FRYS, dans son
livre «Souvenez-vous…» parle aussi de cette messe du 15 août. Mais (page139) il parle d'une Marseillaise le dimanche 20 août. Il raconte même que, suite à un sermon déplorant la destruction de deux statues lors des combats, la Nueve et le 501 se cotisèrent pour lui en offrir de nouvelles… Il fallait que ce curé eût vraiment une réputation hors du commun pour que les Républicains espagnols se montrassent si généreux!
—————


Le soir, les cuistots du Peloton, dont Marcel BALME et le grand DELORME, nous ont préparé un bon repas, mais les Allemands ne nous laissent pas rapporter ce qui a cuit au pays, en tirant systématiquement sur tous les véhicules qui essayent de remonter au cantonnement.

Mercredi 16 août 1944

Vers 17h00, encore un bombardement sérieux. Pas de casse. Enfin, le soir, nous pouvons faire notre repas de Peloton. Bombardement toute la nuit.

Les jours suivants

Nous attendons. Entretien des véhicules, des moteurs surtout.
Les boites de beans sont remplacées par des frites au beurre, des poulets, des canards et même une vache.

Vendredi 18 août 1944

Un obus de 50 ricoche sur la "Simone", laissant une petite entaille dans le blindage.

Samedi 19 août 1944

Des Anglais arrivent dans le secteur.

Dimanche 20 août 1944

Pour l'office de Vêpres à 15h30, l'abbé VERGER me prête une soutane, ce qui amuse les quelques amis du Peloton qui m'accompagnent.

Lundi 21 août 1944

La pluie vient remplacer le soleil qui nous avait fait déguster pas mal de poussière depuis notre arrivée en Normandie
[…/… Il manque quelques lignes au bas de la page qui a été mal photocopiée…]


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Ven 22 Aoû 2014 - 22:24, édité 6 fois
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MessageSujet: 23 août 1944   Ven 22 Aoû 2014 - 22:24


Mercredi 23 août 1944

À 04h30, sous la pluie, nous quittons ÉCOUCHÉ. Direction: PARIS.

En plus de Maurice LECOMTE, nous avons récupéré un jeune maquisard, Gilbert JANICOT (DUFOSSÉ), qui n'a pas encore 17 ans (il les arrosera "sérieusement" à la mirabelle, le 18 septembre prochain).

ALENÇON, MAMERS, NOGENT-LE-ROTROU, CHARTRES… Accueil délirant partout où nous passons. Près de CHARTRES, le Général de GAULLE double notre convoi.

Le soir, nous apprécions l'humour de ceux qui ont prévu le bivouac de l'Escadron à FORGES-LES-BAINS. C'est sous une pluie diluvienne que nous faisons les pleins d'essence.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Lun 25 Aoû 2014 - 8:11, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Dim 24 Aoû 2014 - 8:12

Bonjour . Reportage au jour le jour toujours aussi passionnant. Je suis surpris de voir des jeunes de 17 ans, visiblement sans aucune formation militaire, être intégrés dans des unités combattantes. Les volontaires n'étaient-ils pas d'abord envoyés vers des camps de formation et d'entraînement?
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Dim 24 Aoû 2014 - 12:53

Merci, Paul, pour cette remarque pertinente à laquelle je ne sais que répondre…
Oui, il y a eu des Bataillons de Renfort dans lesquels se faisait la formation, mais je crois qu'ils n'ont été opérationnels qu'après la Libération de Paris au vu de l'affluence des recrues.
Vous pourriez voir par exemple ce sujet.
Si d'autres réponses sont apportées, je déplacerai le tout à la suite du sujet dont j'ai donné le lien pour regrouper les informations qui concernent ce sujet précis.
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MessageSujet: 24 août 1944   Dim 24 Aoû 2014 - 12:54


Jeudi 24 août 1944

De FORGES-LES-BAINS (ou plutôt LES DOUCHES!), direction de FONTENAY-LES-BRIIS, d'où nous partons vers 7 heures du matin.

Petite reconnaissance vers ORSAY. Mais l'objectif est LONGJUMEAU.

Traversée de FRETAY et de LA POITEVINE sans incident.

Par contre, l'entrée de VILLEJUST est bloquée par un barrage fait de matériel agricole. Deux soldats allemands sortent du fossé qui est à notre droite. Ce qui nous fait de la main d'œuvre pour démolir le barrage. D'autres Allemands nous accueillent. Pendant que le reste du Peloton s'en occupe, nous continuons. La route descend à travers un petit bois. Tout à coup, la "Simone" est encadrée d'obus de mortier. Inutile de persister. René rend compte par radio. Nous entendons la voix de Bernard: "Arrête le tir, Fonfon. Tu es en train d'azimuter "l'A.M. de pointe!" En effet, une des deux Jeep-mortier du Peloton nous préparait la route, sans penser que nous irions aussi vite. Le calme revient. Nous reprenons la progression.

À la hauteur de LA VILLEDIEU, des Allemands abandonnent leus deux camions au milieu de la route. Nous les dégageons et nous entrons dans SAULX-LES-CHARTREUX. Les Allemands sortent de partout, se rendent. Les civils font aussi leur apparition. Laissant au Peloton le soin de faire les prisonniers, nous continuons vers LONGJUMEAU, tout proche.

À l'entrée de la localité, la petite route arrive sur la Nationale 20. La Porte d'Orléans n'est plus qu'à une quinzaine de kilomètres. Je tourne donc à gauche sur cette R.N.: tout un convoi de camions allemands arrêtés encombrent la route. La rapidité de tir de P'tit LOUIS est efficace. Mais, en même temps le moteur de l'A.M. tousse, et s'arrête. Impossible de remettre en route. P'tit LOUIS continue son tir. Guy l'accompagne de sa carabine. Par radio, René rend compte à Bernard: le Peloton est encore à SAULX-LES-CHARTREUX, même l'A.M. de PICOT, notre chef de patrouille! Les Allemands ne se doutent pas que nous sommes en panne et seuls: quatre contre plusieurs dizaines qui ne tardent pas à se rendre. Heureusement, le Peloton arrive sans tarder.

Il est 9h30. La captivité va commencer pour un certain nombre d'Allemands. Les civils sortent de leurs maisons. Nous commençons la distribution de cigarettes et d'autres denrées récupérées dans les camions que les Allemands ont abandonnés. Il y a même des billets français qui nous serviront dans quelques jours à nous offrir du champagne au Racing du Bois de Boulogne. Le Peloton continue en direction de PARIS, tandis que je recherche la cause de la panne. C'est tout simplement un souvenir du plein d'essence fait la nuit précédente sous la pluie de FORGES-LES-BAINS. Il faut le temps de nettoyer filtre, tuyauterie et carburateur remplis d'eau.

Pendant ce temps, le Peloton a été suivi du Peloton GERBERON, et d'autres éléments du 501 et du RMT.

Le moteur repart et nous essayons de doubler la colonne pour rejoindre le Peloton. L'artillerie allemande prend la route sous son tir.

Et à la sortie de LONGJUMEAU, René aperçoit, plus ou moins camouflés dans du gravier, deux petits chars magnétiques (Goliath*, je crois).
—————
Note:
* Description du
Goliath sur Wikipédia.
—————

Plus loin, il y a de la casse au Peloton GERBERON. Le Lieutenant venait de descendre de son A.M. quand un obus (probablement du 88) traverse la tourelle et… le Brigadier-Chef JOULAIN.

Nous rejoignons le Peloton à l'entrée du PETIT MASSY. Il pleut toujours. Une barrage bloque la route. Barrage miné qui coûtera la vie à une dame qui a voulu le traverser.

Vers midi, nous sommes arrosés par un antichar vers lequel nous sommes envoyés en reconnaissance. À coups de fumigènes, le 501 a établi un brouillard sur la route que nous suivons. À peine sorti de ce brouillard, Guy repère la maison d'où vient ce tir. Demi-tour pour rejoindre le Peloton. Guy donne les coordonnées. La fumée se dissipe et le mortier de MAISONNIER se met en action. Au 3èm obus, Robert MAISONNIER, toujours flegmatique, ne voyant pas l'impact des obus, s'adresse à TOUTOU (Paul THOUELLE, son tireur): "Dis donc! Tu ne pourrais pas les dégoupiller avant de les envoyer?". Et le tir-mortier devient efficace, ce qui nous permet de repartir en pointe pour arriver, dans ANTONY, au dernier carrefour où la R.N. 20 se trouve dans l'axe du canon de 88* installé à la CROIX DE BERNY.
—————
Note:
* Description du
88 sur Wikipédia.
—————

Il est environ midi. L'accueil des antoniens et plus encore des antoniennes est délirant. Quelques bouteilles, mais surtout des embrassades, ce qui fait dire par P'tit Louis à une jeune fille: "Mademoiselle, vous avez embrassé un curé" (J'étais séminariste à l'époque).
Des chants patriotiques retentissent aussi. Certaines paroles sont d'actualité: "Mourir pour la Patrie, c'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie". Ce qui fait dire encore par P'tit Louis: "Eh bien, venez prendre notre place!" De temps à autre, des obus éparpillent la foule.
—————
Les automitrailleuses "SIMONE" et "LONGCHAMPS"
sont stationnées devant la maison du Docteur THOUVENEL sur la RN 20.
Roger MARION entre deux antonienes nous regarde.


(Collection Laurent FOURNIER).

Toujours devant la maison du docteur THOUVENEL:
à gauche et de dos, deux spahis non identifiés,
au fond, on discerne le visage du Brigadier-chef Pierre JAMIN,
à droite le Maréchal des Logis René TROËL (de profil)
puis Robert BOISDRON.


(Photo Paul PATY, Collection Laurent FOURNIER)

—————

Vers 16h00 ou 17h00, le Lieutenant-Colonel PUTZ, commandant notre sous-groupement, arrive près de notre A.M.: "Les spahis, foncez sur la CROIX DE BERNY!" P'tit Louis et René sont en train de vider un verre dans les environs. Je me permets de dire au colonel: "Il y a un 88 au carrefour et il nous envoie ses pélots depuis le matin. — Allez-y! Les chars du 501 vous protègent sur la droite." René et P'tit Louis arrivent à leur tour, reprennent place en tourelle. Moteur en route.

Il est peut-être utile de rappeler que, lorsqu'on fonce sur un antichar, la tactique est de faire des zigzags irréguliers pour dérouter le pointeur d'en face. La rue est large, encombrée çà et là du résultat des tirs du canon. L'A.M. prend de la vitesse, 25, 40 miles (plus de 60 km/h). Je passe en quatrième.

Le canon nous laisse approcher. Guy me met en garde: "Attention! À droite. Des fils de lampadaires. Ils vont les recevoir dans la tourelle." Depuis le matin, les tirs du 88 avaient endommagé les lignes électriques et les suspensions de l'éclairage central de la route.

Je braque brutalement à gauche pour éviter l'arrivée d'un lampadaire dans la tourelle. Immédiatement après, un choc terrible.
Et je vois le paysage défiler dans l'autre sens, comme si j'étais en marche arrière. René me crie: "Avance, nom de Dieu!" À quoi je lui hurle: "Jen crois bien qu'il n'y a plus de roue. Il n'y a plus de pont avant!" Je voyais les pavés sous un autre angl avec l'impression d'être descendu de plusieurs dizaines de centimètres. Le 88 ne nous laisse pas le temps de réfléchir: un deuxième choc aussi violent que le premier. Peut-être un troisième. Les oreilles en prennent un coup.

René, P'tit Louis et moi, nous nous retrouvons sur la route sans savoir comment. Guy est resté coincé à son poste, l'épaule droite meurtrie par la boite radio décollée sous le choc d'un obus. Nous l'aidons à sortir avant que le 88 ne se manifeste une nouvelle fois. Fort heureusement, il ne tirera plus.

Le premier obus avait arraché la roue droite avant, laquelle est allée traverser un mur en agglomérés dans une rue transversale (Rue de l'Ancien Château, je crois). Comme par hasard, le trou fait par la roue avait la forme d'une Croix de Lorraine, ce que les habitants du coin ont remarqué.

Le deuxième, et peut-être un troisième, avai(en)t traversé l'A.M., en dessous du coffre à obus, pulvérisant tout ce qui était dans le coffre à vivres: cigarettes transformées en mégots, nescafé en caramel, et tout le reste inutilisable. Notre pauvre "Simone" n'aura pas l'honneur d'entrer dans PARIS. Mais, grâce à Dieu, nous sommes encore vivants. Un peu "sonnés", mais ça passera.

L'A.M. reste pantelante à la hauteur du 120 Avenue Aristide Briand, d'où Monsieur et Madame BRULÉ sortent au devant de nous, ainsi que Monsieur et Madame LAPLACE, le serrurier qui habite en face. Réconfort que nous n'oublierons jamais.

Peu de temps après, arrive Joseph GOUMY, MdL Chef, ami de René depuis la Syrie (GOUMY sera enterré à la Chapelle du Val de Grâce le 6 septembre).

Sur une photo prise à ce moment, Madame BRULÉ a noté: 24 août 1944. 18h00.

Au carrefour d'où nous étions partis, le peloton avait vu que la "Simone" était touchée. Le Général LECLERC a dû arriver peu après. C'est de là qu'il a envoyé le Capitaine DRONNE prendre notre relève, avec cette phrase "historique": "Dire que c'est la première voiture française qui va entrer dans PARIS!" Sur le pare-brise de la Jeep du Capitaine DRONNE, cette devise: Mort aux cons!

Vers 19 heures, des éléments du G.T.V. occupent le carrefour de la CROIX DE BERNY. Le 88 est muselé. Un calme relatif revient dans le secteur. Le soir, René et P'tit Louis logent chez le serrurier, Monsieur LAPLACE.
—————
Note:

Vers 20h30 / 21h00, devant chez Mr. et Mme BRULÉ:
De gauche à droite:
Louis BLONDIN, dit « P'tit Louis »
Guy CONUS
Roger MARION
Devant eux les deux enfants BRULÉ:
à gauche Françoise, à droite Daniel.


(Photo Daniel BRULÉ)

La Simone vers 20h30 devant la maison de la famille BRULÉ:
Roger MARION est à son poste de conducteur (à droite)
Guy CONUS debout (au centre)


(Photo Daniel BRULÉ)

—————


Quelques années après la guerre, Monsieur LAPLACE m'a raconté comment il avait vu notre arrivée. Voici ce dont je me souviens:
«Depuis le matin du 24 août, nous entendions le canon de la CROIX DE BERNY tout proche. Plusieurs voisins sont venus se mettre à l'abri dans notre cave. De temps en temps, je regardais par le soupirail. À plusieurs reprises, des boches passaient, l'air affairé.
Vers 17 heures, une voiture blindée est passée très vite, en direction de la CROIX DE BERNY. Je me demandais pourquoi les boches avaient des coiffures rouges. Immédiatement après, une violente explosion m'a fait quitter mon observatoire. Nous avons entendu les carreaux de la maison dégringoler. Nouvelles explosions aussi fortes que la première. Et ça redégringole. Quand ça s'est calmé, je suis revenu au soupirail. Presque en face, sur la route, le blindé que j'avais vu passer. La fumée des obus n'était pas encore entièrement partie. L'avant du blindé était démoli. Sur la route, trois soldats qui n'avaient pas l'air d'être des Allemands. Je pensais que c'était des Anglais ou des Américains. Mais quand le plus grand a crié: "Les vaches! Ils ont une drôle de façon de démonter les roues!", ce ne pouvait être que des français. Tout de suite, je l'ai annoncé aux occupants de la cave et je suis allé les voir».


Guy et moi logeons chez la famille BRULÉ, au 120 de l'Avenue Aristide Briand. Nos hôtes nous demandent les adresses de nos familles pour leur envoyer, quand ce sera possible, les photos prises en fin d'après-midi: deux de la "Simone" démolie et une avec leurs enfants Daniel et Françoise. Surprise de Monsieur BRULÉ quand il apprend que mes parents habitent PAGNY-SUR-MOSELLE. Un représentant de l'entreprise de son père y habitait avec sa famille. Nous n'imaginons pas alors que la famille SALOMON avait été déportée au Camp d'AUSCHWITZ pour ne pas revenir.

Pour la première fois depuis bien longtemps, nous couchons dans un lit. Nous mettons un certain temps pour nous endormir, car nos oreilles bourdonnent encore de l'explosion des 88.

Passant par là le 24 août 1984, pour le 40ème anniversaire, j'ai retrouvé des antoniens qui avaient vécu la Libération et qui m'ont appris qu'à quelques centaines de mètres de nous, le Général LECLERC avait refusé de coucher dans un lit: "Il n'y a pas de raison que je couche dans un lit quand mes soldats couchent par terre."

Je suis toujours resté en relation avec la famille BRULÉ. Peu avant la mort de Madame BRULÉ en 1971, j'y avais retrouvé le même accueil chaleureux. Monsieur Charles BRULÉ m'avait raconté ce qui s'était passé le 24 août 1944. Officier d'artillerie de réserve, son récit était précis, et serait précieux maintenant pour relater, sans fantaisie, les évènements de la Libération. Monsieur BRULÉ est mort le 23 mai 1983.

Son fils Daniel, bien que jeune en 1944, n'a pas oublié la façon dont nous étions arrivés. Ce qui lui a permis de réagir à la lecture d'un article de "Vivre à ANTONY" d'octobre 1984. Voici ce qui y est écrit à propos du canon de 88 installé à la CROIX DE BERNY:

«Il est impensable d'attaquer le carrefour de front et la colonne Leclerc est bloquée à hauteur de l'Auberge du Cheval Blanc, sur la RN 20. La parade est vite trouvée: déborder le carrefour par l'est et l'ouest grâce à la résistance intérieure qui va guider les troupes à travers ANTONY».
Daniel BRULÉ a fait savoir à la Mairie d'ANTONY que "si le canon était braqué sur la RN 20, c'est parce qu'une A.M. courageuse s'y manifestait", en donnant les photos prises par ses parents et en communiquant mon adresse. Je n'ai pu répondre à l'invitation du Maire d'ANTONY pour l'inauguration de l'exposition "40ème anniversaire de la Libération" le vendredi 30 novembre 1984. Daniel y est allé. La photo de la "Simone" démolie y était en bonne place et en grand format.

Revenons à la journée du 24 août 1944. Nous ne sommes qu'à 7 km de la Porte d'Orléans. Mais le peloton ne peut plus terminer sa mission en tête du G.T.V. En plus de la "Simone" rendue inutilisable, deux autres A.M. ont été touchées: celle du chef de peloton Bernard de LA MOTTE, et celle de son adjoint Georges BOUVIER. L'obusier de FERYN est sur un autre axe. Au moment de notre départ d'ÉCOUCHÉ il terminait de retourner ses chenilles. Il a rejoint la région parisienne pour bagarrer au CHRIST DE SACLAY.


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MessageSujet: 25 août 1944   Lun 25 Aoû 2014 - 8:10


Vendredi 25 août 1944

Vers 7 heures, nous quittons la CROIX DE BERNY, laissant la "Simone" dans son triste état. À regret, notre équipage se disperse. Je me retrouve sur la Jeep de Robert MAISONNIER, conduite par Georges CAËR. À l'arrière, Paul THOUEILLE et moi, de chaque côté du mortier.

René est avec GOUMY. Guy et P'tit Louis trouvent place sur d'autres véhicules du peloton.

Par moments, il faut se frayer un passage dans la foule en délire qui vit, en cette heure, la fin d'un long cauchemar.

Entrée dans PARIS par la Porte de Gentilly. Nous descendons la rue Saint-Jacques. Çà et là, des barrages de pavés.

Aprés avoir traversé le Boulevard Saint-Germain, nous nous engageons dans la Rue Dante. Au n° 2, deux photos, prises par la famille d'ENQUIN, rappellent notre arrivée au cœur de la capitale.
—————
La Jeep mortier "NICOLE" vers 8/9h00 devant le 2 Rue Dante.
De gauche à droite:
- devant: le Brigadier-chef Robert MAISONNIER et le spahi CAËR, au volant
- derrière: Paul THOUEILLE (avec les lunettes) et Roger MARION.


(Photo Roger MARION / Collection Laurent FOURNIER)

Vers 10h, au carrefour Boulevard Saint-Germain / Rue de Rennes.
À l’arrière-plan l’église de Saint-Germain-des-Prés.
Dans la tourelle de l’AM M8 "DUCHESSE ANNE":
- à gauche: l’Aspirant Bernard de LA MOTTE, commandant le 3/3/1RMSM
- à droite: le spahi RENUCCI, le tireur.
Le canon de 37mm pointe vers la rue de Rennes.


(Collection Laurent FOURNIER)

—————

Il est aux environs de 10h00: NOTRE-DAME est devant nous, de l'autre côté de la Seine. Moment d'émotion… vite troublé par une fusillade qui éparpille parisiens et parisiennes se réfugiant sous les bancs du square. Malgré le tragique de la situation, certains ne ratent pas le coup d'œil de cette partie de jambes-en-l'air inattendue!

Des coups de feu semblent partir des abat-son de la tour droite de Notre-Dame. Riposte de notre part.

Ensuite, c'est le Boulevard Saint-Michel. Effarement d'une concierge qui me voit débouler dans sa loge, lui demandant une glace et de l'eau. Avant de quitter l'Angleterre, à la suite d'un pari avec l'équipage, je devais laisser pousser les moustaches jusqu'à l'entrée à PARIS. Pari tenu. Je rase ces ridicules moustaches.

Si, pour quelques-uns, c'est la première fois que nous venons à PARIS, quelques camarades y ont leur famille, des amis. Et le téléphone fonctionne encore. Joie des retrouvailles après des années d'absence.

Je rejoins le peloton du côté du Palais du Luxembourg qui est encore tenu par les Allemands assez coriaces.
Le Général LECLERC vient voir ce qui se passe.
Le peloton patrouille dans les catacombes du Val de Grâce.

L'après-midi, Place du parvis Notre-Dame, je suis sur l'A.M. de Georges BOUVIER. Georges BOUVIER et Pierre MERCINIER sont quelque part dans le secteur. Gérard DESCOURS, le tireur, est dans la tourelle. Au volant, Roger VICTOR n'a pu résister à tous les "petits coups" de toutes sortes offerts depuis le matin. Bernard m'a dit: "Reste sur cette A.M., tu prendras le volant quand VICTOR n'en sera plus capable".
—————
On peut lire des récits des combats autour de la Place de la Concorde sur le site de Gilles Primout sur la
Libération de Paris
—————

Un officier du R.M.T., le Lieutenant (ou Capitaine?) SAMMARCELLI, arrive près de nous, flanqué d'un commandant Allemand. C'est l'un des "tandem" chargés de porter aux différents points de résistance allemande l'ordre de reddition signé par von CHOLTITZ. "Pouvez-vous nous conduire au Crillon?" demande le lieutenant à Gérard. Dans la tourelle, le lieutenant et Gérard de chaque côté du 37, le commandant allemand coincé entre l'arrière du canon et le blindage. Je me place sur la plage derrière la tourelle, mitraillette en bandoulière, un revolver en main. VICTOR fonce à travers une foule qui, à la vue de l'officier allemand, me crie: "Tue-le!" Réaction stupide qui, doublée de sentiments de vengeance, a causé plus d'un assassinat de la part de pseudo-résistants…

Après une course rapide, la Place de la Concorde est devant nous. Un duel de chars se termine. Des carcasses fument encore. Du Crillon, la cinquième colonne à partir de la rue Royale vient d'être abattue par un Sherman.

VICTOR reste dans l'A.M. à l'angle de la Concorde et de la rue Boissy d'Anglas. Des coups de feu nous claquent aux oreilles.

Le Lieutenant SAMMARCELLI et le commandant allemand se dirigent vers l'entrée du CRILLON. Gérard et moi, nous suivons.

Derrière les grilles, un gros capitaine allemand s'adresse à moi en anglais. "Parle français si tu veux que je te comprenne." Surprise du Schleu.

Je crois me souvenir que c'était von ARNIM qui commandait le CRILLON. Nous ne le saurons que plus tard, à notre modeste échelon. Il donne l'ordre de se rendre. Nous ne sommes que trois pour "réceptionner" quelques 175 prisonniers dont beaucoup d'officiers.

Dans "Paris brûle-t-il?", à la page 394, Dominique LAPIERRE et Larry COLLINS nomment deux Américains: le Lt-Colonel Ken DOWNES et John MOWINKLE qui auraient fait ces prisonniers au CRILLON: affirmation fantaisiste. Aucun Américain n'était avec nous.

Bras en l'air, la cohorte des victorieux de 1940 commence à sortir. Nous les désarmons au passage: révolvers d'un côté, fusils de l'autre. Je fais deux voyages jusqu'à l'A.M. pour y déverser P388, Lüger, Herstal et autres modèles que je bourre au fur et à mesure dans mon treillis. Une quarantaine au total. Que sont-ils devenus?

Je récupère aussi un immense drapeau nazi qui devait faire la hauteur des colonnes du CRILLON, une belle casquette d'officier supérieur. Je les range dans un angle, calés sous un magnifique révolver. Rapide inspection des lieux. Dans une salle à manger, les restes de leur dernier repas, surtout des pommes de terres: ce n'est pas du trois étoiles! En revenant près de mes trophées, plus rien. Des soi-disant résistants commençaient le pillage.

J'avais conservé sur moi un "Plan de Paris par arrondissement" sur lequel je note: pris au CRILLON sur un officier allemand qui n'en avait plus besoin. 40 ans après, je l'ai toujours, mais il n'est plus à jour.
À noter le passage du Général de GAULLE dans le secteur où nous sommes.
Mission terminée. Retour de l'A.M. avec le peloton en bas du Boul' Mich'.

Le soir, avec quelques camarades d'autres pelotons du 3ème, nous sommes reçus au 21 du Quai des Grands Augustins chez Madame ROBERT, veuve d'un Colonel, dont la fille est mariée à un notaire en Maine-et-Loire. Un camarade de l'escadron y retrouve un de ses cousines, Cécile VONDERSCHER.

Nous passons notre première nuit à monter la garde près des véhicules. Les trottoirs du Boul' Mich' sont moins souples que le lit d'ANTONY.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Mar 26 Aoû 2014 - 8:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Mar 26 Aoû 2014 - 18:22


Samedi 26 août 1944

Je suis un peu désemparé de me trouver sans automitrailleuse. Mais cela me laisse une certaine liberté. J'en profite pour visiter la splendide église Saint Séverin et même de faire la connaissance de son curé.

De retour au Boul' Mich', parisiens et parisiennes, jeunes et moins jeunes, manifestent toujours autant d'empressemet. Les embrassades n'en finissent pas. "On croirait que ce curé a l'air de te connaître. Il te regarde depuis un moment" me dit un camarade. En effet, à quelques mètres, un ecclésiastique d'une bonne cinquantaine d'années, un "vénérable" ecclésiastique à en juger par sa ceinture violette, vient vers moi: "Tu es bien Roger MARION, de PAGNY-SUR-MOSELLE?" C'est surtout à sa voix que je reconnais Monsieur l'Abbé Charles GEGOUT qui, dix ans plus tôt, nous avait préparés à la Communion Solennelle et que j'avais rencontré bien souvent quand il était responsable de l'œuvre des vocations au diocèse de NANCY. Depuis, j'avais grandi, et, malgré mes joues couvertes de rouge à lèvres, il m'avait tout de suite reconnu.

Nous nous retrouvon au 21 Rue du Cherche-Midi, où Monseigneur GEGOUT dirige, depuis 1937, l'Oeuvre de Saint François de Sales.

Repas rapide, car nous tenons à trouver place près de Notre-Dame pour la cérémonie d'action de grâces annoncée je ne sais par quel moyen.

Des coups de feu claquent dans la traversée du quartier Saint Séverin. J'escalade des escaliers et je me retrouve sur les toits d'où les coups ont semblé partir. À part un couple que je dérange dans ses ébats sous les combles, je ne découvre rien d'autre, ni milicien, ni soldat allemand.

Le Général de GAULLE vient de descendre à pied les Champs Élysées, parcours triomphal, et il arrive, en voiture, venant de l'Hôtel de Ville. Débordante d'enthousiasme, la foule se presse. Au moment où le Général descend de voiture, une fusillade retentit. Ça tire de partout et on ne sait d'où, ni pourquoi. Le Général, impassible, entre dans NOTRE-DAME. Des coups de feu éclatent encore à l'intérieur. Je suis bien incapable de dire d'où ils viennent.

Monseigneur BROT accueille le Général. Chant du Magnificat par toute la foule, chant accompagné non par les orgues, mais par les coups de feu. Le Te Deum n'a pas été chanté. Par prudence certainement, le Général abrège la cérémonie et quitte la cathédrale. Les claquements des détonations cessent.


Avec Monseigneur GEGOUT, nous sortons par le portail qui se trouve du côté des sacristies. Un galopin arborant je ne sais quel brassard me demande mes papiers. Il se retrouve à terre. Pendant qu'il se relève, je remets mon calot rouge. Et le jeune de s'excuser: "Je n'avais pas vu que vous étiez soldat!"

Dans ses souvenirs, le Cardinal SUHARD écrit que ce 26 août 1944 a été la journée la plus pénible de sa vie. Il lui revenait d'accueillir le Général de GAULLE dans sa cathédrale NOTRE-DAME, mais il avait été prié de rester chez lui. Un de ceux qui ont décidé d'écarter le Cardinal est le Père BRUCKBERGER, aumônier F.F.I.
Peu de temps après, le Père HOUCHET, notre aumônier divisionnaire (blessé mortellement au pont de KEHL le 23 novembre suivant) m'a raconté qu'étant au courant de cette interdiction, il était allé lui-même à l'Archevêché, 30 rue Barbet de Jouy. Deux voitures de F.F.I. en barraient l'accès. "Foutez-moi le camp d'ici, ou je vous botte les fesses" dit l'aumônier. Il voit le Cardinal qui préfère s'en tenir à ce qui a été décidé contre lui, voulant éviter une polémique.

En 1951, j'ai eu la confirmation de ce témoignage par Monseigneur MERREZ qui était secrétaire à l'Archevêché et avait vécu ces évènements.

Dans le tome II de ses "Mémoires de guerre" (page 134), le Général de GAULLE écrit ceci:

«Vers 4 heures et demie, je vais, comme prévu, entrer à NOTRE-DAME. Tout à l'heure, rue de Rivoli, je suis monté en voiture et, après un court arrêt sur le perron de l'Hôtel de Ville, j'arrive place du Parvis. Le Cardinal-Archevêque ne m'accueillera pas au seuil de la basilique. Non point qu'il ne l'eût pas désiré. Mais l'autorité nouvelle l'a prié de s'abstenir. En effet, Mgr SUHARD a cru devoir, il y a quatre mois, recevoir solennellement ici le Maréchal PÉTAIN lors de son passage dans PARIS occupé par les Allemands, puis, le mois dernier, présider le service funègre que VICHY a fait célébrer après la mort de Philippe HENRIOT. De ce fait, beaucoup de résistants s'indignent à l'idée que le prélat pourrait, dès à présent, introduire dans la cathédrale le Génénral de GAULLE. Pour moi, sachant que l'Église se considère comme obligée d'accepter "l'ordre établi", n'ignorant pas que chez le Cardinal la piété et la charité sont à ce point éminentes qu'elles laissent peu de place dans son âme à l'appréciation de ce qui est tempore, j'aurais volontiers passé outre. Mais l'état de tension d'un grand nombre de combattants au lendemain de la bataille et ma volonté d'éviter toute manifestation désobligeante pour Mgr SUHARD m'ont amené à approuver ma délégation qui l'a prié de demeurer à l'archevêché pendant la cérémonie. Ce qui va se passer me confirmera que cette mesure était bonne».

Monseigneur GEGOUT m'invite pour demain soir.

Dans le bas du Boulevard Saint Michel, je trouve l'hospitalité chez un avocat, Maître CHARPENTIER. Je suis à peu près certain que c'est chez cet avocat que s'est déroulée l'aventure que Pierre MERCINIER raconte à la page 40 de son "Journal de Marche d'un spahi":
«Je repris quand même assez vite mes esprits, car je me souviens que vers les 11 heures, je me disputai avec un avocat dans l'appartement qu'il occupait dans le bas du Boulevard Saint Michel, lequel voulait bien m'offrir l'hospitalité pour la nuit, mais en refusant de décrocher la photo du Maréchal PÉTAIN, accrochée dans la chambre qu'il me proposait, ce qui me fit lui dire en claquant la porte: "que pour bien dormir, il me fallait ne pas avoir de cauchemards!"»

Il m'est arrivé, à plusieurs reprises, d'enlever moi-même des photos du Maréchal. 40 ans après, certains me le rappellent. Mais chez cet avocat? Avait-elle disparu après l'altercation de mon ami Pierre? Je n'en ai aucun souvenir.
Un neveu de Maître CHARPENTIER s'est engagé dans notre escadron: Charles BIGNON. Le 29 mai 1977, au rassemblement de la 2ème DB, à TAILLY, il était député RPR de la Somme depuis 1964. Ce jour-là, il m'avait appris la mort assez récente de son oncle. L'année suivante, il était battu aux élections par un communiste. Et dans un journal du 1er avril 1980, j'apprenais sa mort accidentelle près de RAMBOUILLET, sur l'autoroute A10. "Percutée par un poids lourd sur le bas côté, sa voiture a pris feu et le conducteur a été carbonisé."

Je m'endors sans faire de cauchemards! Mais alerte peu avant minut. L'aviation allemande bombarde la capitale. Les parisiens gagnent leurs abris. Nous patrouillons pour faire éteindre des lampes restées allumées un peu partout. Quai des Grands Augustins, des appartements éclairés et abandonnés par leurs locataires. Depuis la rue, nous éteignons… à coups de revolver. Méthode efficace bien qu'un peu sauvage vue avec le recul du temps.

Du côté des Halles aux Vins, le ciel est tout rouge. Les Allemands ont fait mouche. L'alerte terminée, je regagne mon lit chez l'avocat.

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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Mer 27 Aoû 2014 - 18:58


Dimanche 27 août 1944

Vers 15h00, le peloton quitte le Boul' Mich' pour une patrouille à SAINT-GERMAIN-EN-LAYE. Patrouille sans histoire dont je n'ai aucun souvenir.

Nous rejoignons ensuite l'escadron qui bivouaque près du RACING au BOIS DE BOULOGNE.

N'est-ce pas ce jour que le "lance-patates" de FERYN, piloté par Jack STANISLAS avait battu un record de vitesse?

Bien que d'un prix élevé, le champagne du RACING n'est pas cher pour nous, offert involontairement par les Allemands de LONGJUMEAU.

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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Jeu 28 Aoû 2014 - 15:53


Du dimanche 27 au jeudi 31 août 1944

Le bivouac est plutôt théorique. En dehors des tours de garde, nous sommes plus souvent dans la capitale. Avec Roland LAMBOLEZ (Frère Roland de la Miséricorde, baptisé ainsi pour sa débrouillardise et son calme), nous passons la majeure partie de ce séjour au 7 Boulevard Raspail, dans la famille du Docteur CHEVALLEY.

Le 25 août, Place de la Concorde, Annie et Jacques avaient fait la connaissance de l'équipage de l'obusier de FERYN, qui cherchait à rejoindre le peloton depuis ÉCOUCHÉ. La famille CHEVALLEY est charmante. Autour de la table, nous apprécions les conversations autant que les repas. Deux de leurs quatre enfants sont en Suisse: Sylvain et Dora qui, en 1949, deviendra l'épouse de Roland.

Le docteur laisse à notre disposition sa traction 11 CV qu'il ne pouvait plus utiliser depuis plusieurs mois. Les épaves de la Porte Maillot sont un magasin bien fourni en pièces de rechange. Entre autres, une batterie est vite trouvée. Quant à l'essence, aucun problème!

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MessageSujet: 1er septembre 1944   Lun 1 Sep 2014 - 6:49


Vendredi 1er septembre 1944

La traction du docteur me permet de conduire, à la CROIX DE BERNY, Roland (qui était le 24 août au CHRIST DE SACLAY avec l'obusier) et, naturellement, Annie et Jacques.

La "Simone" a été récupérée par l'Atelier Divisionnaire. Pendant que nous nous offrons une "dolce vita", les mécanos ne chôment pas. Le lendemain, en allant respirer l'air au Bois de Boulogne, je retrouverai la "Simone" réparée. Les Américains se seraient moins fatigués. Dans l'état où était l'A.M., ils l'auraient tout simplement remplacée!

Je ne regrette pas de refaire, en sens inverse, le parcours du 24 août: SAULX-LES-CHARTREUX, VILLEJUST, LA POITEVINE: au retour Boulevard Raspail, vers 21 heures, sous l'œil admiratif, mais un peu envieux, et cela se comprend, des habitants du coin, nous déchargeons du coffre de la traction légumes de toutes sortes, poulets et autres victuailles dont nous avaient comblés les paysans libérés par le peloton.

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MessageSujet: 6 septembre 1944   Sam 6 Sep 2014 - 8:08


Mercredi 6 septembre

En la Chapelle du Val-de-Grâce, je suis de piquet d'honneur pour l'enterrement du Maréchal des Logis Chef Joseph GOUMY, décédé accidentellement. Avec lui disparaît un des anciens, dont j'avais apprécié la gentillesse et la discrétion comme chef d'A.M. intérimaire quand, de WELLINGTON (Shropshire) j'avais rejoint l'escadron à HORNSEA.

Le peloton subit quelques modifications d'effectifs:
FRENDO nous avait déjà quittés avant ÉCOUCHÉ.
GOUMY n'est plus.
BOUBAKER et les autres marocains dont je ne me souviens plus du nom nous quittent
ainsi que l'Adjudant LE GUILLOU ("Gogo" pour les initiés),
le Maréchal des Logis Chef Kléber DESTREZ,
Roger VICTOR.

Mais les renforts parisiens affluent:
Vincent BRUGERE, qui n'a pas encore 18 ans,
Claude CHEVALLIER-APPERT,
Édouard DELFORGE, qui avait déjà "fait" 39-40,
Didier FOURET,
Jacques GUYON,
François JARDEL,
Jacques LOMBARD,
Bertrand LARCHER,
Bernard LATAPIE,
Henri MASSON d'AUTHUME,
Pierre PERRAULT de JOTEMPS,
Bernard PORTE,
Pierre REVERCHON, lui aussi a connu 39-40 et avec ses 33 ans s'il est le doyen d'âge, il reste d'une jeunesse remarquable,
Jean SERVOT.

Il est possible que quelques uns de ces camarades ne pourront nous rejoindre qu'au cours de la campagne des Vosges.

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MessageSujet: 8 septembre 1944   Lun 8 Sep 2014 - 5:53


Vendredi 8 septembre 1944

À 7h15, nous quittons le Bois de Boulogne.
Direction: vers l'Est. Ce qui me fait dire à René: "Je t'avais toujours dit que j'arriverais à NANCY avant que tu n'aies revu BREST".

Le Journal de Marche du Capitaine LUCIEN permet de retrouver l'itinéraire suivi: Porte de PASSY, Boulevards extérieurs, Porte de Bercy, ALFORT, BONNEUIL. À CHENNEVIÈRES, nous suivons la R.N. 4 jusque ROZAY-EN-BRIE. Certains véhicules de la D.B., véhicules en tous genres, se trouvent déjà à court d'essence! Ce genre de panne due aux libéralités du séjour parisien ne se produit pas au peloton de La MOTTE.

Direction sud: GASTINS, NANGIS, MONTEREAU, CHEROY, COURTENAY.
Nous reprenons la direction est: VILLENEUVE-SUR-YONNE, CERISIERS.
Je ne me souviens pas de VILLENEUVE-L'ARCHEVEQUE, mentionnée comme fin d'étape pour le 3ème peloton. Par contre, le soir, je fais la connaissance du curé d'ARCES. Rien à voir avec Saint Jean-Marie VIANNEY, curé d'ARS. C'est un religieux que les hasards de la guerre ont conduit dans cette forêt d'OTHE. Si mes souvenirs sont exacts, ce prêtre se retrouvera plus tard un des aumôniers de la 2ème D.B.

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MessageSujet: 9 septembre 1944   Mar 9 Sep 2014 - 6:46


Samedi 9 septembre 1944

Le matin, nous quittons ARCES pour BUSSY-EN-OTHE, où notre peloton s'installe dans la cour de l'école. Village très accueillant. Nettoyage de l'A.M. (moteur). Repas de midi chez le maréchal ferrant du pays, ce qui me rappelle la famille, c'est la profession de grand-père et de papa.

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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Mer 10 Sep 2014 - 14:29


Dimanche 10 septembre 1944

À 9h30, avec quelques amis, nous allons à la messe dans la belle église gothique de BUSSY. Église bien grande pour l'assistance. Ce qui fait dire à P'tit Louis: "Les gens d'ici ne se cassent pas. Il y a un curé qui vient leur dire la messe, et ils n'y vont même pas!" Gros éclat de rire. "On pourrait en dire autant à ROANNE quand tu y étais — Comment? Mais j'y étais tout à l'heure. Tu étais dans tel banc avec BEYLER, Guy et Coco." Et c'était vrai.

Après la messe, lavage des A.M. sans fatigue: nous utilisons la pompe des sapeurs pompier du village.

L'après-midi, Monsieur le Maire organise une petite cérémonie en l'honneur des libérateurs. Si l'on peut dire, car nous sommes arrivés ici sans aucune difficulté. Discours à la Mairie. Cérémonie au monument aux Morts. Et un petit défilé: nous sommes huit, sous la conduite du Brigadier Chef Robert MAISONNIER, comme en témoigne la photo, qui, avec quelques autres, rappelle notre court séjour dans ce village bien sympathique.

Monsieur MERCIER, qui dirige une exploitation forestière, nous invite à quelques-uns pour la soirée.

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MessageSujet: 11 septembre 1944   Jeu 11 Sep 2014 - 5:46


Lundi 11 septembre 1944

De BUSSY-EN-OTHE, nous partons vers TROYES, VENDEUVRE, BAR-SUR-AUBE, COLOMBEY-LES-DEUX-ÉGLISES (ignorance totale de "La Boisserie" à cette époque), VIGNORY.

Le Capitaine LUCIEN signale l'envoi de la patrouille BOUVIER en liaison, au GTV, sur RIAUCOURT et ROCHEFORT (vers le Sud). Compte-rendu: "ANDELOT semble fortement tenu".

Nous traversons le canal de la Marne à la Saône.
REYNEL. NANCY n'est plus qu'à 125 km.

Le soir, nous couchons près de nos A.M., à la sortie de REYNEL.
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 12 Sep 2014 - 8:15


Mardi 12 septembre 1944

REYNEL. Nous attendons.

Une dédicace sur le menu du banquet offert par la Ville de STRASBOURG le 23 novembre 1969, à l'occasion du 25ème anniversaire de la Libération, rappelle un épisode de cette attente:
"En souvenir de la balle de mitraillette Sten que tu m'as foutue dans la patte". Signé: Georges SCHLAEFFER, Maire d'UHRWILLER.

Ce 12 septembre 1944, SCHLAEFFER, de l'Échelon, vient vers moi, brandissnt une arme inconnue. Avec son bon accent alsacien: "Regarde ce que je viens de trouver. Ça doit être une mitraillette. Mais comment ça marche?" Dans un premier temps, je baisse le canon vers le sol. Avec Georges, nous "bricolons" cet engin. Brusquement, le bloc percuteur me glisse de la main. Détonation. Georges s'agrippe à mon épaule: "Aie! Mon pied!" Une balle lui avait traversé le pied et la chaussure pour s'écraser sur la route. Cette arme, inconnue pour nous, était une Sten, probablement parachutée à l'intention d'un groupe de F.F.I. Mais pourquoi traînait-elle ici?

Je rends compte de cet accident au Capitaine LUCIEN. N'ayant commis aucune imprudence, je m'en tire sans punition.

Quant à SCHLAEFFER, il est évacué et termine ainsi la campagne.

Dans l'après-midi, direction VITTEL.
La Simone part en tête du peloton.
SAINT-BLIN, BOURMONT, VRÉCOURT, BULGNÉVILLE.
La traversée d'un bois à près de 120 km/h prouve la bonne qualité du matériel. Vitessse pour éviter les tireurs éventuels. Arrivée à MANDRES-SUR-VAIR. Joie de retrouver la saveur des mirabelles.

Vers 19h30, nous sommes envoyés sur SAINT-REMIMONT distant de 3 km environ. Avant le départ, les gens du pays nous mettent en garde: "Il y a des boches à la blanchisserie". La blanchisserie en question est un petit ensemble de maisons que nous apercevons devant nous, au carrefour de la route qui mène à VITTEL. Je stoppe peu avant le carrefour. Un barrage en chicane nous paraît suspect. René et Guy descendent de l'A.M. et vont vérifier si le passage est miné ou non. Resté à MANDRES, le chef de peloton s'impatiente. Par radio: "Allo C1. Ici, Bernard. Pourquoi vous arrêtez-vous? — Il y a une chicane sur la route. René et Guy sont allés voir s'il y a des mines. — Ne perdez pas de temps. Je te demande d'avancer. — Et moi, je te dis m…" Et je coupe la radio. René et Guy reviennent à l'A.M. "Pas de piège à c…, me dit René. Tu peux y aller." Nous traversons la chicane. Aussitôt après le carrefour, sur notre droite, la "blanchisserie". Dans la cour, deux tombes toutes fraîches surmontées chacune d'un casque allemand.

Ici, j'ouvre une parenthèse.

Ce n'est qu'après la guerre que j'ai eu l'explication de ces deux morts.
Rentré au Grand Séminaire de NANCY, je retrouve mon ami Louis BARBESANT avec qui j'étais passé par l'Espagne et qui était lui aussi dans la forêt de TÉMARA, tireur sur char au 1er Escadron du 12ème R.C.A. Une piste séparait nos deux escadrons.

Au cours de la campagne de France, Louis notait, lui aussi, jour après jour, les différentes localités traversées. Ce qui permet d'apporter certaines précisions. Étant A.M. de pointe de notre peloton, nous avions la naïveté de nous croire les premiers arrivés partout où nous partions en reconnaissance.

Avec le recul du temps et certains renseignements comme ceux de Louis et de quelques autres, j'admire l'État-Major qui orchestrait ce ballet de blindés en route vers le même but, mais par des routes bien modestes parfois et qui s'entrecroisaient.

C'est ainsi que le samedi 9 septembre, quand nous partions d'ARCES cantonner à BUSSY-EN-OTHE, le 1er Escadron du 12ème R.C.A. partait de NOGENT pour traverser ROMILLY, LA BELLE ÉTOILE, MÉRY, TROYES, VENDEUVRE, ARSONVAL et arriver à BAR-SUR-AUBE à 22h00.

Le lundi 11 septembre, cet escadron passait à VIGNORY, DOULAINCOURT, contournant par le nord ANDELOT et REYNEL (où nous n'arrivons que dans l'après-midi), BUSSON, LEURVILLE, LAFAUCHE, GONCOURT, SOMMERÉCOURT, OUTREMÉCOURT, MALAINCOURT, VAUDONCOURT et AUZAINVILLIERS (au nord de BULGNÉVILLE). Par la D18, le char de Louis [NDLR: le M3A3 VEXIN] arrive en vue de ce carrefour près de SAINT-REMIMONT. Résistance ennemie. Louis fait son carton et le char revient à AUZAINVILLIERS.

Quand nous arrivons le mardi 12 septembre, en fin de journée, à MANDRES-SUR-VAIR, le 1er Escadron du 12ème R.C.A. avait quitté AUZAINVILLIERS le matin, en évitant soigneusement MANDRES et SAINT-REMIMONT, car leur commandement connaissait l'existence d'une sérieuse poche allemande à SAINT-REMIMONT, que notre chef de peloton ignorait totalement: personne ne lui avait dit. Les Chasseurs de LANGLADE passent par BULGNÉVILLE, DOMBROT-LE-SEC, VIVIERS-LE-GRAS, PROVENCHÈRES-LES-DARNEY, THUILLIÈRES, DOMMARTIN-LES-VALLOIS, PONT-LES-BONFAYS, PIERREFITTE, LES ABLEUVENETTES, DAMAS-ET-BETTEGNEY pour participer à la célèbre bataille de DOMPAIRE.

Pendant ce temps, ce 12 septembre, en fin de journée, nous continuons les quelques centaines de mètres qui séparent le carrefour de la Blanchisserie et la petite route qui conduit à SAINT-REMIMONT. Au moment où je m'engage sur cette route, depuis l'entrée du village, un antichar ouvre le feu sur nous. Le plus rapidement possible, je me retire de l'axe de tir. René descend pour mieux reconnaître. Je remets la radio en route: "Allo C1, j'appelle C7". C7, c'est l'indicatif de l'obusier de FERYN. "C7, envoie des fumigènes à l'entrée du patelin sur la pièce qui vient de nous tirer dessus!" Bernard fulmine: "C1. Tu n'as pas d'ordre à donner!" C'est vrai. Mais je ne tiens pas à ce que René, et nous aussi, laissions notre peau. L'obusier se met en place, un peu à flanc de coteau, et expédie quelques 75 fumigènes au bon endroit. Ce qui nous permet de repartir, après avoir récupéré René. Les tireurs allemands ont certainement abandonné leur pièce grâce à ce que Poupon (le tireur de l'obusier) leur a envoyé.

À l'entrée du village, une chicane vite traversée car "ils" n'ont certainement pas eu le temps d'y placer des mines.

À gauche, une rue presqu'en face de nous. Silence inquiétant. Des véhicules allemands un peu partout. Mais "pas un chat dans la rue". Et la nuit commence à tomber.
Jacques DEMARLE nous rejoint. Il descend de sa Jeep. Sur la gauche, une porte de maison s'ouvre, puis se referme. Jacques ouvre la porte, envoie une rafale de mitraillette, referme la porte et attend. De nouveau, la porte s'ouvre. Une "petite vieille" passe la tête: "Qu'est-ce qu'y a, M'sieur?". Si elle n'était pas sourde, elle devait en avoir plein les oreilles!

Nous progressons lentement vers le haut de la rue. Une route arrive, venant des champs sur notre droite et conduit probablement à l'église. Pas prudent de s'y engager. Nous attendons. Brusquement, Guy pointe sa carabine derrière moi, en hauteur. Une détonation. Je me retourne et je vois un Allemand dégringoler d'un toit. C'est un capitaine qui, naturellement, visait le conducteur que j'étais. Mais il ne se doutait pas des réflexes de Guy, à qui je dois la vie ce jour-là.

Lors de notre "pélerinage" à SAINT-REMIMONT le 22 novembre 1984, nous avons appris qu'il avait été enterré au cimetière communal, avec d'autres Allemands, et qu'ils avaient été remmenés ensuite dans leur terre natale.

Voici que, sur notre droite, une A.M. arrive. C'est Georges BOUVIER. Mais sur la gauche, une mitrailleuse allemande l'accueille. L'A.M. s'arrête. La mitrailleuse tire toujours. Je vois les balles s'enfiler en-dessous de l'A.M. Et nous sommes là, sans pouvoir museler cette saloperie de mitrailleuse installée dans la rue perpendiculaire et hors de notre portée. Je crie à GAULIER de se rabattre sur nous. C'est sa première patrouille (il avait été le premier à s'engager au peloton en Normandie, lors de notre passage aux LOGES-MARCHIS et à SAINT-HILAIRE DU HARCOUËT les 7 et 8 août). Le conducteur GAULIER perd littéralement les pédales. Pierre MERCINIER, radio de cette A.M., raconte la suite à la page 48 de son Journal de marche d'un spahi.
Georges BOUVIER et Pierre MERCINIER sont sérieusement blessés et seront dirigés sur une antenne chirurgicale… après avoir rempli leur mission jusqu'au bout. La nuit tombe de plus en plus.

Que se passe-t-il du côté de l'église?

L'A.M. BEYLER et la Jeep BEINOSCH s'y trouvent, ayant pris la rue à gauche à l'entrée du village. La nuit est tombée. L'ordre nous est donné de nous replier sur MANDRES. C'est la première fois que nous faisons demi-tour. Au moment de reprendre la route, nous constatons qu'il manque une Jeep, celle de BEINISCH.
Bilan de cette patrouille: deux blessés, trois disparus: Jacques BEINISCH, Jean SERVOT et Claude CHEVALLIER. Du côté allemand: des morts, des blessés et du matériel détruit.
Nous reprenons tristement la route de MANDRES où nous montons une garde sérieuse en direction de SAINT-REMIMONT.
Claude CHEVALLIER nous rejoint dans la nuit.
Jacques BEINISCH et Jean SERVOT — lequel avait été considéré comme mort par les Allemands — seront dirigés, eux aussi, sur un hôpital américain. Jean SERVOT a l'intention de mettre par écrit ses souvenirs de cette patrouille jusqu'au moment où un panzerfaust y a mis fin. Ces souvenirs rétabliront la vérité déformée par le film fantaiste "Une nuit en Lorraine", réalisé par Claude CHEVALLIER-APPERT, passé à la télévision le samedi 8 novembre 1975.

Nous apprendrons plus tard que les Allemands étaient en nombre bien supérieur à l'effectif du peloton. Malgré les pertes énoncées ci-dessus, nous nous en sommes relativement bien tirés.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Sam 13 Sep 2014 - 14:45, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Ven 12 Sep 2014 - 14:45


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