La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 10 novembre 1944   Lun 10 Nov 2014 - 10:49


[Vendredi 10 novembre 1944]

Le vendredi 10 novembre, vers 15 heures, au 1er étage de la maison de Mr Maurice CLAUDON (le tympan de la porte indique la date de 1720), l'arrivée d'obus interrompt une partie de cartes. Le temps de dégringoler au rez-de-chaussée, la douzaine d'obus s'est abattue sur BROUVILLE. Le tir est terminé. Dans la grande pièce du bas, chacun s'est réfugié le long des murs. "Il y a des blessés? — Non, pas ici, mais il doit y en avoir au premier étage." Je ne réalise pas tout de suite, car les joueurs de cartes sont tous descendus. Puis, je me souviens que, dans la pièce voisine de la nôtre, juste avant le tir, Jean BEYLER enfonçait des pointes dans les murs pour fixer un fil destiné à sécher sa lessive. Ses deux équipiers, Papa WION et Coco ASLAN étaient occupés sur leur A.M. Depuis la fenêtre, à l'arrivée du premier obus, Jean leur demande de se mettre à l'abri. Ce sera ses dernières paroles. Un obus, au lieu de s'écraser dans le tas de fumier, arrive sur les pavés du caniveau en bordure de la route (Quarante ans après, l'impact de cet obus se voit encore). Un éclat blesse Jean, mortellement.
Quand nous arrivons dans la chambre où il se tenait, on ne voit que les jambes, le haut du corps est affalé sur la fenêtre. Je le relève. Le sang a fini de couler par la carotide. Il n'y a plus rien à faire.
Un artilleur du G.T.V. trouve aussi la mort par le même tir à l'autre bout du village. Comme j'ai connu la maman de Jean lors de mes "expéditions" à NANCY, je propose à notre nouveau Capitaine d'aller lui annoncer la mort de son fils et de lui rapporter ses affaires personnelles.
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MessageSujet: 11 novembre 1944   Mar 11 Nov 2014 - 20:06


[Samedi 11 novembre 1944]

Le lendemain, samedi 11 novembre 1944, à 14 heures, je quitte BROUVILLE en stop. Au passage dans les ruines d'AZERAILLES, je retrouve Jean MELLÉ, qui avait été cinq ans plus tôt mon chef sacristain au petit séminaire. Une première voiture me conduit à GERBÉVILLER, une autre à LUNÉVILLE, une troisième à NANCY. En arrivant 19 rue de l'Orme à MALZÉVILLE, l'angoisse me saisit: comment annoncer la nouvelle à la maman qui est, de plus, sans nouvelles de son mari, prisonnier dans son Oflag?
Puissent toutes les mamans accepter avec la même foi le sacrifice de leur fils!

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MessageSujet: 12 novembre 1944   Mer 12 Nov 2014 - 21:58


[Dimanche 12 novembre 1944]

Le dimanche 12 novembre, après avoir passé la nuit au Grand séminaire, j'arrive à PAGNY où je vois mon grand-père pour la dernière fois: il mourra le mercredi suivant. Papa me reconduit à NANCY. En stop jusqu'à CHENEVIÈRES et le reste du trajet à pied. À 21h30, j'arrive à BROUVILLE.

À l'occasion du 40ème anniversaire de la Libération de STRASBOURG, le peloton de LA MOTTE a refait l'itinéraire de 1944 depuis VITTEL. Nous étions 30, sans compter plusieurs épouses et "descendants". Le 23 novembre 1984, nous nous sommes recueillis devant la plaque de marbre qui venait d'être mise en dessous de la fenêtre où Jean avait été tué. Comme à SAINT-REMIMONT, à REMONCOURT et à HAILLAINVILLE, l'accueil de la population est inoubliable. À BROUVILLE, les trois survivants étaient là. André CLAUDON n'avait que 15 ans, mais il pourrait ajouter bien des souvenirs à ce récit.
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MessageSujet: 13 novembre 1944   Jeu 13 Nov 2014 - 14:52


Lundi 13 novembre 1944

La première neige fait son apparition. Il n'y a pas de quoi skier. Mais ce peut être l'annonce d'un hiver plutôt rigoureux.
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MessageSujet: 15-17 novembre 1944   Mar 18 Nov 2014 - 16:15


Mercredi 15 novembre 1944

L'après-midi, nous prenons la direction de LUNÉVILLE, champ de tir de la forêt de MONDON. Exercice au 37, probablement pour les renforts qui nous sont arrivés depuis PARIS. Le retour nous donne la chance de récupére la Jeep "CROISÉL-LAROCHE" que des Américains nous avaient volée la nuit précédente à BROUVILLE. Elle est facilement reconnaissable à tous les bidules ajoutés par son équipage. Avant SAINT-CLÉMENT et jusque CHENEVIÈRES, la route bien droite permet de lancer les A.M. à une vitesse supérieure à celle des Jeeps. C'est à quelques 120 km/h que nous encadrons la CROISÉ-LAROCHE, l'A.M. du Chef de peloton en avant et la "SIMONE" à l'arrière. Nous confions nos voleurs à un poste de M.P. En relevant le pare-brise, le nom "CROISÉ-LAROCHE" est la preuve indéniable. L'exercice de tir n'a pas été inutile.

Jeudi 16 novembre 1944

Présentation individuelle au Capitaine DA. Et préparatifs de départ. Pour René, départ bien mérité en permission. Parti de BREST en juin 1940, il est sans nouvelles de sa famille.

Vendredi 17 novembre 1944

À midi, nous quittons BROUVILLE… sans René.
MERVILLER. Au carrefour de MONTIGNY (célèbre pour le peloton depuis le 1er novembre), direction BADONVILLER à droite.
À SAINTE-PÔLE, des oies orphelines sont recueillies dans l'A.M. (sur la plage arrière) de "BANBAN" (MASSON D'AUTHUME) qui remplace Jean BEYLER, avec Papa WION et


Coco ASLAN,
fidèles à leur poste.

La "SIMONE" est envoyée en reconnaissance sur la route de PEXONNE. Mais, nous sommes rappelés pour foncer sur BADONVILLER qui vient d'être libérée par le 501, USKUB en tête. Panique chez les Allemands.

Le peloton s'arrête près de la gendarmerie, à cette époque, à gauche dans la rue qui monte vers BRÉMÉNIL. Sur un prisonnier que je fais, je récupère deux petites photos de la cathèdrale de STRASBOURG, notre objectif. Je les glisse derrière les cables contre le blindage, à droite de mon siège.

Raphaël PAVIA nous donne un intermède comique qui aurait pu être sérieux pour lui. Camouflé quelque part pour "se couvrir les pieds" selon l'expression biblique, un éclat d'obus lui arrive sur l'épaule, par ricochet. "Je suis blessé" hurle-t-il en revenant près de nous. Sa tenue vestimentaire déclenche l'hilarité, car la blessure n'est pas grave.

À la sortie de BADONVILLER, le "MORT-HOMME" du 501 se fait "allumer". Il y est toujours, soigneusement entretenu par la Municipalité pour rappeler aux générations futures la libération de leur cité.

Accompagné de la 9ème Compagnie du R.M.T., nous traversons les CARRIÈRES de BADONVILLER.

Je retrouve encore un camarade d'études, Roger SERGENT, originaire de BADONVILLER. À la vue des premières maisons de BRÉMÉNIL, il commence à faire sombre. Les gars du R.M.T. se faufilent devant nous jusqu'à la première maison, à droite.

À gauche de notre A.M., dans un fossé, Zezette (Robert BOISDRON) est pris comme cible par un tireur plutôt vicieux, qui profite de la position désavantageuse de notre ami. Comme pour Raphaël à BADONVILLER, il y a un côté comique, qui ne l'est très peu pour Zezette. La combinaison américaine, pratique pour bien des points, ne l'est pas pour ce genre d'occupation. Une plainte monte du fossé: "Bande de cons! Vous ne voyez pas qu'il va me tuer?" — "Sors comme tu es, tu te rhabilleras après". Ce qui est rageant, c'est que le tireur, camouflé derrière la première maison, est hors de notre vue et nous ne pouvons pas lui faire cesser son tir. Finalement, Zezette arrive à nous rejoindre.

La nuit tombe vite. Notre patrouille d'A.M. se replie sur les CARRIÈRES, d'où je suis envoyé en liaison au P.C. de BADONVILLER, porter un message, la liaison radio ne fonctionnant pas.

Les Allemands sont de part et d'autre de ce hameau. La garde est sérieuse pendant la nuit, et il fait froid. Jiji, de garde avec moi, me demande si j'ai encore de la gnôle de la mère COSSERAT. Croyant prendre dans l'A.M. ce bon jus d'HALLAINVILLE, je me trompe et nous nous sommes réchauffés avec une espèce d'alcool plus apte à dérouiller les armes qu'à servir d'antigrippe. Il fait si froid que, malgré la quantité absorbée par petites doses au cours de la nuit, nous avons tenu le coup… sans gueule de bois.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Mer 19 Nov 2014 - 21:40, édité 3 fois
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MessageSujet: 18 novembre 1944   Mar 18 Nov 2014 - 16:46


Samedi 18 novembre 1944

Au numéro 7 de l'unique rue de ce hameau "LES CARRIÈRES DE BRÉMÉNIL", une plaque du Souvenir Français rappelle:
Ici, le 18 novembre 1944
le Lt-Colonel de La HORIE
libérant le territoire
est tombé au Champ d'Honneur.

Et voici comment:
Dès qu'il commence à faire jour, Bernard de La MOTTE va prendre les ordres. Passant près de moi, il me demande de l'accompagner. Arrivés à la maison où le Lt-Colonel de La HORIE a installé son P.C., nous entendons siffler des obus. Un coup de mortier entre par une fenêtre. Le capitaine MAZIERAS est tué et le Lt-Colonel blessé mortellement. Il meurt presque aussitôt.
"SIMONE" en tête, le peloton reprend la route de BRÉMÉNIL. Personne dans les rues. Nous arrivons à la sortie en direction de CIREY-SUR-VEZOUZE.
Un antichar nous attend, tire sur nous et nous rate. P'tit Louis n'arrive pas à le faire taire. Il serait inutile de recommencer comme à LA CROIX-DE-BERNY. Au bout d'un certain temps, un T.D. du R.B.F.M. (controversé par ?: lettre du 2/9/85, mais je suis sûr que c'est un T.D. et non une A.M. de notre peloton) viendra nous délivrer de cette dangereuse position.

Pendant ce temps, le reste du peloton subit des accrochages et nettoye BRÉMÉNIL.
Maurice LECOMTE et Édouard DELFORGE sont blessés.
BRÉMÉNIL est libéré. Mais les Allemands sont tout autour dans la forêt.
Nous revenons au village. Les habitants sortent de leurs caves.

Près de la "Brasserie" où nous sommes arrêtés, une dame, cabas au bras, va sans doute faire ses courses. Je lui demande: "Pardon, Madame. Connaissez-vous l'abbé Paul PAILLET?" C'est encore un de mes amis de séminaire, originaire de BRÉMÉNIL. — "Mais, oui, très bien. Il a dit sa première messe il y a quelques mois. Mais depuis, on ne l'a plus revu au village." — "Dommage…" Et la dame se dirige vers le centre du village. À son retour, son cabas rempli, la dame s'approche de l'A.M. "Il y a un soldat qui m'avait demandé après l'abbé PAILLET? Je viens de le voir. — C'est moi, Madame. Lui avez-vous dit qu'il y avait ici un de ses amis? — Ben, non. Je n'y ai pas pensé." À la suite des beaux vocables que je lui adresse, la dame pose son panier et repart… pour revenir peu de temps après avec Paul PAILLET. Joie des retrouvailles. Paul pensait retrouver un de ses amis qu'il aurait connu en 39-40, alors qu'il était jeune officier de réserve. Il ne s'attendait pas à moi. Il a tout simplement disparu après sa première Messe au village pour devenir aumônier du G.M.A. Vosges (Groupe Mobile d'Alsace-Vosges), dont le maquis de VIOMBOIS (entre VACQUEVILLE, PEXONNE et NEUFMAISONS) connut une fin tragique le 4 septembre 1944: 57 tués.

À BRÉMÉNIL, il y a aussi des habitants de BACCARAT, venus se réfugier au moment des bombardements. Je retrouve encore des amis parmi eux: Gaston JEHL et les deux frères KUHN.

Que je retrouve des amis et des coins connus avant la guerre, il n'y a rien d'extraordinaire puisque je suis un peu de la région. Mais P'tit Louis est étonné de retrouver des noms cités par son père, venu de ROANNE pour combattre dans les Vosges en 14-18. Et il n'y comprend plus rien: "LA CHIPOTTE et LA CHAPELOTTE, c'est pas la même chose? Mon père y était. — Tu suis les traces de ton père: les deux existent. À XAFFEVILLERS, nous n'étions qu'à une vingtaine de km de LA CHIPOTTE, col entre RAMBERVILLERS et RAON L'ÉTAPE. Ici, les gens nous disent que les Allemands tiennent le col de LA CHAPELOTTE, dix kilomètres à peine. Ton père s'est trouvé aux deux. — J'espère que mes gosses n'auront pas à revenir ici à la prochaine dans 25 ou 30 ans. On va "leur" donner envie de ne plus revenir!"

Dans l'après-midi, nous reprenons la direction de CIREY-SUR-VEZOUZE. À côté de ce qui reste de l'antichar démoli par les fusiliers-marins, le corps du Lieutenant allemand qui n'avait pas voulu abandonner sa pièce.

Peu après, la route présente une fourche. Nous prenons à droite vers PETITMONT. Arrêt. Le 6ème Escadron de notre régiment s'y engage (à gauche, vers PARUX). Guy nous dit: "Yves doit y être. J'aurais bien aimé le revoir. J'ai l'impression qu'il va arriver quelque chose à l'un de nous deux." Son frère avait quitté notre Escadron, ainsi que le MdL/Chef Kléber DESTREZ (baptisé au peloton "gouveneur de l'île Djerba" en souvenir de l'île qu'il avait quittée pour rejoindre le régiment) au moment de la formation du 6ème Escadron à PARIS.
Peu de temps après ce pressentiment de Guy, son frère Yves et le Chef DESTREZ étaient tués à PARUX. Nous arriverons à ne lui annoncer que le lendemain de la prise de STRASBOURG.

Sans y prendre part, nous assistons à un sérieux combat dans la vallée devant nous. L'ordre nous est donné de revenir à BRÉMÉNIL où nous passons la nuit dans la "Brasserie".
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MessageSujet: 19 novembre 1944   Mer 19 Nov 2014 - 21:08


Dimanche 19 novembre 1944

Paul PAILLET vient dire la Messe dans la cave de la "Brasserie". Deux servants de messe: Roland et moi. Dès les premières prières, on vient me chercher: "A.M. de pointe, en patrouille tout de suite". Je me retrouve avec la "SIMONE" à la sortie de BRÉMÉNIL direction ANGOMONT. Celà ne me dit rien de m'enfoncer dans une forêt occupée par les Allemands. J'arrête. J'apprendrai, plus tard, que je m'étais arrêté peu avant un passage truffé de mines.

Repas prévu chez Paul PAILLET, où je retrouve, en plus, Jean KASTNER d'ANGOMONT. Mais l'ordre de départ arrive à midi. Repas au lance-pierre et à 15h30, c'est le départ vers CIREY, via PARUX.

CIREY-SUR-VEZOUZE vient d'être libérée. Un de mes camarades de cours, Pierre ALEXANDRE, me conduit dans la maison où se trouve mon directeur de Séminaire, le Père DENIS. Lui non plus ne s'attendait pas à me retrouver de cette façon. Je propose à Pierre de s'engager avec nous. Il y a des vides à combler. Je ne serais pas un bon sergent recruteur.

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MessageSujet: 20 novembre 1944   Jeu 20 Nov 2014 - 16:22


Lundi 20 novembre 1944

À 8 heures, nous quittons CIREY pour BERTRAMBOIS.
Georges PICOT remplace René jusqu'à son retour, mais comment pourra-t-il nous rejoindre?

Le soir, Bernard, fou de joie, nous annonce: "En route pour STRASBOURG!"
À 22 heures, nous nous élançons sur la route déjà ouverte par le G.T.L. Il pleut, et nous roulons tous phares allumés.

Depuis le matin, le G.T.L. fonce sur les routes de la forêt vosgienne, libérant LAFRIMBOLLE, SAINT-MICHEL, SAINT-QUIRIN, ABRESCHVILLER, VOYER, HARTZVILLER.
Çà et là, des véhicules allemands détruits ou abandonnés.

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MessageSujet: 21 novembre 1944   Ven 21 Nov 2014 - 8:33


Mardi 21 novembre 1944

À 2 heures du matin, toujours phares allumés et sous la pluie, nous arrivons au carrefour du REHTHAL. Il semble que nous avons doublé le G.T.L.

Nous nous installons dans une espèce de ferme-bistrot. Le patron n'a pas l'air à l'aise avec nous. Nous nous étendons à même le plancher.

La nuit, — ce qu'il en reste,— est plutôt mouvementée: de temps à autres, nos camarades de garde ramènent des prisonniers, qui, passant de la nuit noire à la lumière, nous écrasent de leurs bottes, sans le faire exprès, il faut le reconnaître. Les réactions des dormeurs réveillés de cette façon ne sont pas appréciées des nouveaux prisonniers.

Au petit jour, un capitaine allemand est fait prisonnier: il parait qu'il venait prendre la défense du REHTHAL. Trop tard!

Raphaël ajoute une aventure de son crû: en ouvrant la porte d'une cabane de jardin derrière la maison, il y découvre deux Allemands, terrorisés, qui se cramponnent à leur fusil. Lui-même n'ayant pas d'arme sur lui, braque sa main vers eux, pouce et index tendus: "Haut les mains!". Il revient vers nous, un fusil dans chaque main, le canon au bas du dos des deux Allemands qui lèvent les bras, pendant que Raphaël nous clame: "Hein, vous voyez: je les ai eus "au pif".

Un escadron du 12ème Chasseurs reprend la progression devant nous en direction du DABO. De l'un des Sherman, l'aide-pilote ouvre son couvercle pour me saluer au passage. C'est l'ami Georges CAREME, cultivateur de MAMEY (près de PONT-À-MOUSSON), qui avait fait partie de notre expédition "espagnole" l'an dernier et qui s'était engagé à la 2ème D.B. avec son frère René (à l'E.M. du G.T.L.) et Louis BARBESANT (tireur au 1/12 R.C.A., dont j'ai déjà parlé au 12 septembre).

Nous ne savons où sont passés ces éléments du 12ème Chasseurs après DABO, car nous ne les avons par revus, après avoir pris leur suite, traversé DABO et dévalé le versant alsacien, par une route encombrée de véhicules et même de quelques cadavres.

Nous traversons BIRKENWALD sans nous y arrêter.
À DIMBSTHAL et SALENTHAL, l'accueil de la population est encore plus chaleureux que ce qu nous avons trouvé jusqu'ici. Il est vrai que l'Alsace n'était pas seulement occupée, mais annexée, et cela depuis plus de quatre ans!
Vin blanc et schnaps coulent généreusement.
Il nous faut continuer, car la nuit ne va plus tarder.

Vers 17 heures, nous atteignons les premières maisons de SINGRIST. Pressés de couper la Nationale entre SAVERNE et STRASBOURG, nous refusons vin blanc et autres liquides (qui ne nous ont pas manqué cet après-midi): "Ya-t-il des Allemands par ici? — Pas beaucoup: ils sont plus loin sur la grand' route, dans le village." Au bout de cette petite route, c'est la Nationale: à 30 km, c'est STRASBOURG!

Une A.M. file à droite, en direction de STRASBOURG. Raphaël fait un remarquable carton sur un convoi allemand qui arrive tranquillement vers nous, sans se douter de notre présence.
Je tourne à gauche, entrant dans le village. La Nationale n'est pas très large. Il commence à faire sombre. Sur ma gauche, des Allemands s'affairent autour d'un chariot attelé d'un cheval. Canon et mitrailleuses sont inutilisables: à bout portant, nous risquons de recevoir nos projectiles par ricochet. Une paire de mètres nous séparent. Guy vide le reste du chargeur de sa carabine. J'extirpe deux chargeurs de mitraillette de leur sac. Debout sur mon siège, je vide le premier, puis je termine le deuxième dans l'arrière-train du cheval. Ainsi, le chariot ne pourra pas s'échapper en direction de MARMOUTIER tout proche. Côté allemand: ça ne bouge plus.
Nous descendons de l'A.M. Entre le chariot et l'A.M.: deux tués, quatre blessés et cinq prisonniers. Nous récupérons les armes. Il fait nuit maintenant. Mission accomplie: la R.N. 4 est coupée. Il nous reste à rejoindre le reste du peloton et de l'escadron à SALENTHAL (et DIMBSTHAL). Mais SINGRIST n'est pas abandonnée: dans son ouvrage "Quand j'étais Rochambelle", page 213, Madame MASSU mentionne "la nuit de SINGRIST": Marie-Thérèse et Marie-Anne se trouvent avec un détachement d'artillerie arrivé après notre départ.

24 ans plus tard, en novembre 1968, au cours d'un arrêt casse-croûte au café-épicerie LUX, à l'entrée de SINGRIST quand on vient de MARMOUTIER, j'apprends que les Allemands étaient revenus peu après notre départ. Découvrant leurs deux tués et leurs blessés, ils ont vite compris que ce n'était pas le fait de la population. Il manquait aussi les prisonniers que nous avions emmenés.
On peut imaginer la surprise des Allemands qui nous croyaient encore de l'autre côté des Vosges. Ils n'insistent pas à SINGRIST et laissent la place à des éléments du G.T.V., dont parle Madame MASSU, ce qui n'empêche pas d'autres Allemands de se faire piéger.
Mais, en même temps, j'apprends qu'une jeune fille du village s'était trouvée dans l'axe de ma mitraillette (j'avais été le seul à utiliser cette arme). À la lettre que je lui avais alors adressée, voici sa réponse du 3 décembre 1968:
«Je vous remercie de votre gentille lettre qui m'a très émue, car je l'ai eue le 21 novembre, anniversaire de la libération de notre village. Je n'ai pas été trop surprise puisque Madame LUX m'avait déjà renseignée sur votre intention de m'écrire. Votre lettre a été comme un rappel du passé, comme un film ces jours angoissants sont passés devant mes yeux.
Le soir de ce 21 novembre 1944, je sortais de l'épicerie LUX où j'avais encore fait quelques emplettes, vers 17 heures. Je m'attardais avec quelques jeunes à discuter de la libération prochaine, car un disait que les Français n'étaient plus qu'à quelque kilomètres. À peine avions-nous commencé à causer que déjà l'un de nous criait: "Les voilà!" et déjà la fusillade commençait. Nous, adolescents de 15 et 16 ans, inconscients du danger, restions imprudemment plantés sur le bord de la route. Quand le cheval avec le chariot arrive sur nous, nous nous mîmes à courir et c'est alors qu'une balle perdue entra dans mon genou directement entre l'articulation du fémur avec le tibia. Le lendemain, une ambulance m'emmena à l'hôpital du camp américain de VINCEY près de CHARMES dans les Vosges. C'est là que je fus opérée et après 8 jours, on me transporta à l'hôpital civil d'ÉPINAL, d'où mes parents après 9 semaines me ramenèrent à SINGRIST. Deux années durant, je dus encore me faire soigner par un médecin. C'est à peu près mon histoire de guerre.
Je n'aurais jamais cru que j'allais, après tant d'années, faire la connaissance d'un des premiers libérateurs de SINGRIST. Je me ferai un plaisir de vous accueillir dans ma famille.
Veuillez… »
Lina ZAHNBRECHER, née HALFTERMAYER

En 1969, ayant écrit à Lina mon intention de venir, des F.F.A. (où j'étais aumônier militaire) pour participer aux cérémonies du 25ème anniversaire de la libération de l'Alsace et de STRASBOURG, j'ai reçu cette invitation: "Avec ou sans mitraillette, vous êtes le bienvenu chez nous".
J'y ai répondu, sans mitraillette évidemment.
Le 21 novembre 1969, dans l'après-midi, j'arrive à SINGRIST. Rues décorées. Des E.B.R.! [Engin Blindé de Reconnaissance] J'ignorais que notre ami François JARDEL avait mis sur pied une expédition depuis PARIS avec le feu de la flamme du Soldat Inconnu pour refaire l'itinéraire de 1944 avec ces E.B.R. et un groupe d'anciens conduit par le Général GRIBIUS.
Édouard, le mari de Lina, m'accueille: "Vos amis vous attendent à la mairie". Un vin d'honneur est déjà commencé. Je retrouve tout un tas d'amis.
Le détachement d'anciens est attendu à MARMOUTIER. Avant de m'y rendre, je vais faire connaissance avec ma "victime". Rapidement; je reviendrai après les cérémonies de MARMOUTIER. J'emmène Édouard avec moi. Nous sympathisons tout de suite. Nous sommes du même âge. Comme beaucoup d'Alsaciens de notre génération, il a été embarqué par les Allemands et a dû servir sous l'uniforme feldgrau. Heureusement, il en est revenu, il a épousé Lina et ils ont trois enfants.
Après MARMOUTIER, retour chez la famille ZAHNBRECHER: j'ai revu "ma" balle de mitraillette sur les radios que Lina a conservées!
Depuis 1969, c'est toujours un accueil familial que je trouve au 17 de la rue du 21 novembre. Le 3ème peloton s'en est rendu compte le 24 novembre 1984.
… Le 3 avril 1985, leur fille Dominique m'apprenait la mort du Papa Édouard!
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MessageSujet: 22 novembre 1944   Sam 22 Nov 2014 - 8:49


Revenons au mercredi 22 novembre 1944 .

Les Alsaciens n'ont pas ménagé schnaps et vin blanc. Malgré une garde de 2 à 4 heures du matin, lever à 7 heures et nous quittons SALENTHAL. DIMBSTHAL. Le calme de MARMOUTIER nous rend prudents. Nous nous faufilons dans les rues étroites et nous arrivons sur la place. Le moment serait mal choisi d'admirer la belle église abbatiale à notre droite, car, sur notre gauche, un antichar de 50 nous attend et, d'un obus explosif, démolit la roue gauche avant de l'A.M. conduite par "Papa" WION qui venait de passer devant nous. Telles les oies du Capitole, les oies de SAINTE-POLE (voir au 17 novembre) poussent des cris sur la plage arrière. Sans perdre son sang-froid, le chef d'A.M., depuis la tourelle calme les volatiles. C'est BANBAN (MASSON d'AUTHUME) qui remplace Jean BEYLER.
Le 50 continue à tirer pendant que Papa essaye de sortir de l'axe de tir et que des éléments du peloton font la patrouille à pied.
Un perforant traverse le vantail gauche de la porte d'entrée de l'église. Nous verrons ensuite qu'il a terminé sa course à la hauteur de la chaire à prêcher, après avoir traversé tous les bancs sur son passage.
Jacques GUYON, engagé avec nous après PARIS, est sérieusement blessé à la main par l'éclat d'un des obus de cet antichar.
Petit à petit, les Allemands se font sortir des maisons et se rendent.
Le nettoyage de cette petite ville terminé, P'tit Louis, grimpé sur la tourelle de l'A.M., muni de je ne sais quelle arme blanche, arrache la pancarte "Adolf Hitler Platz" qui indiquait la place de l'église.
Je récupère une paire de bottes en excellent état qui remplace mes chaussures américaines un peu fatiguées.
Vers 16 heures, au cours d'une petite cérémonie "militaire" nous rebaptisons cette place: "Place Colonel de la HORIE". Évidemment, nous n'étions nullement qualifiés pour prendre cette décision. La municipalité a dédié cette place au Général de GAULLE, et a donné à l'une des rues le nom de notre chef tué 4 jours plus tôt aux CARRIÈRES de BADONVILLER.

Il est curieux de constater comment la relation de certains évènements se trouve déformé avec les années. À l'occasion du 25ème anniversaire de la libération, MARMOUTIER a très bien accueilli le petit détachement conduit par le Général GRIBIUS. Parmi les cérémonies, une prière d'action de grâces à l'église. Après avoir apprécié les orgues de Silbermann, nous entendons Monsieur le Curé SCHMIDT saluer les premiers soldats qui ont libéré MARMOUTIER, en limitant la casse. Mais nous apprenons que l'obus qui était entré dans l'église avait été envoyé par nous! En sortant, le Général GRIBIUS me dit plaisamment: "Ainsi, vous envoyez une balle de mitraillette dans le genou d'une jeune fille à SINGRIST. Le lendemain, vous envoyez un obus dans l'église de MARMOUTIER. Vous avez eu raison d'entrer dans les ordres pour expier vos méfaits!". À quoi je lui ai répondu: "La balle de mitraillette, d'accord; mais l'obus d'ici a été envoyé par un antichar allemand. Ce que vous allez constater, puisque Monsieur le Curé vient de dire que le menuisier qui a fait les réparations a remis l'obus, retrouvé sous la chaire, dans le trou qu'il avait fait dans la porte."
En effet, quand nous sortons de l'église, nous pouvons admirer l'obus replacé dans le vantail: le Général n'a pas eu besoin d'un pied à coulisse pour constater qu'il s'agissait d'un 50 et non d'un 37 de notre A.M.
Monsieur le Curé n'avait fait que transmettre ce qu'il avait entendu au sujet de la libération. La vérité historique a été rétablie au vin d'honneur qui a suivi à l'Hôtel de Ville. Les anciens de MARMOUTIER qui avaient vécu le 22 novembre 1944 pensaient que les Allemands n'ayant pas de char, — ce qui était vrai, — l'obus ne pouvait venir que de nos blindés. Depuis les fenêtres de la Mairie, je leur ai montré où était l'antichar. La légende a-t-elle pris fin?

[Retour au début des mémoires]


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Dim 4 Oct 2015 - 15:16, édité 2 fois
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MessageSujet: 23 novembre 1944   Dim 23 Nov 2014 - 13:51


Jeudi 23 novembre 1944

À 7 heures du matin, en route pour STRASBOURG.
Le temps est couvert.
Notre axe est légérement au nord de la R.N. 4.
De MARMOUTIER, nous nous dirigeons sur LOCHWILLER, MAENNOLSHEIM, LANDERSHEIM, WOELLENHEIM, ROHR, GOUGENHEIM, DURNINGEN, KLEINFRANKENHEIM, WIWERSHEIM, STUTZHEIM.
Nettoyage de ces villages sans trop nous attarder à faire des prisonniers. Nous n'avons même pas à nous servir de nos armes.
Il m'arrive, dans une ferme, de boire un bol de café préparé pour un Allemand qui n'en a pas eu le temps avant de lever les bras.
À STUTZHEIM, il est 9 heures et quart et nous ne sommes plus qu'à 9 km de STRASBOURG, dont on devine la flèche dans la brume. L'émotion est grande. Qu'est-ce que celà doit être pour le Général et les anciens de KOUFRA?

Un souvenir d'enfance me revient: au cours d'une visite de la cathédrale de STRASBOURG, il y a une dizaine d'années, mon père, avec raison, n'avait pas apprécié mes talents d'équilibriste inconscient sur la ballustrade de la plate-forme. Elle n'a pourtant que 66 mètres de haut. Ce 23 novembre 1944, à 14 heures, Maurice LEBRUN, du 5ème Escadron du 1er R.M.S.M., hissera le drapeau français sur la flèche, à 142 mètres!
À noter au passage, que ce n'est pas un du Tchad comme l'écrit le Général VÉZINET, page 174, article sur le Régiment de Marche du Tchad, dans le volume "La 2ème D.B. Général Leclerc en France, combats et combattants" qui nous a été offert en fin de campagne (achevé d'imprimer en juin 1945).
Dans le numéro 249 du 7ème trimestre 1984, page 41, la "Revue de la France Libre" rétablit la vérité.

De STUTZHEIM, nous sommes dirigés vers le Sud: HURTIGHEIM. Nous traversons la R.N. 4 à ITTENHEIM pour arriver à BREUSCHWICKERSHEIM. Dans un tournant, l'A.M. se trouve nez-à-nez avec un tramway rempli de soldats allemands qui n'ont pas l'air de nous attendre. Un vieil alsacien saute de joie, en se désarticulant comme un pantin: "Les Vrançais! V!là les Vrançais!". Nous ne pouvons nous charger de cette cargaison et des autres Allemands qui sortent d'un peu partout.
Nous laisson ACHENHEIM à notre droite. À OBERSCHAEFFOLSHEIM, l'ordre nous est donné d'arrêter. Le commandement a certainement ses raisons. Les forts qui ceinturent STRASBOURG sont encore défendus.
Enfin, vers 15 heures, en route pour la dernière charge.
Brusquement, un tir part de notre droite. C'est le fort Kléber. Nous voyons les traceuses nous passer devant le nez. Et voici que mon moteur cale. Je continue au point-mort pour ne pas rester dans l'axe de tir. Arrêt. Je ne vois aucun impact qui aurait pu atteindre le moteur. C'est tout simplement l'arrivée d'essence qui s'est bouchée à un mauvais moment, comme à LONGJUMEAU.
Pendant que je nettoie filtre, carburateur et tuyauterie, le reste du peloton continue, et fonce sur STRASBOURG.
Un quart d'heure après, au moment de reprendre la route, P'tit Louis a disparu. Nous savons qu'il se débrouillera pour nous rejoindre. Je double toute une colonne, à plus de 60 miles, le pouce sur le bouton de la sirène. Les Alsaciens nous acclament, mais dégagent la route. KOENIGSHOFFEN est traversée. Nous sommes dans STRASBOURG.
Après le pont du chemin de fer, un peloton de l'escadron s'est dirigé vers la gare. Nous retrouvons le peloton Boulevard de Lyon. P'tit Louis est là: nous avons bien fait de ne pas l'attendre! Il est là et "en forme": "Roger, nous sommes à STRASBOURG. Tu n'as plus besoin de conduire. Prends ma place dans la tourelle. Je veux aller voir ce qui se passe dans cette foutue caserne". Inutile de le retenir. Armé d'une épée récupérée on ne sait trop où, stimulé par le vin blanc et le schnaps, P'tit Louis arrive à grimper après le mur de cette caserne et s'engouffre dans une fenêtre pourtant haute. Il disparait à l'intérieur. Ce n'est qu'après un long moment qu'il réapparait, nous expliquant qu'il avait mis un point final à la garde d'une sentinelle allemande.

Sur le pont Pasteur, tout proche, des chars du G.T. sont mal en point. Le secteur se calme en fin d'après-midi.
Nous commencons alors à patrouiller dans la caserne de droite (caserne des Gardes Mobiles), caserne occupée avant notre arrivée par la Polizei, certains disaient même par des S.S. Le bâtiment que nous fouillons servait de logement à des familles, logements très bien meublés. Les "locataires" ont dû partir précipitamment, car les armoires sont remplies de linge, d'habillement, et le ravitaillement ne manque pas; si nous restons ici, celà nous changera des boites de "beans" et autres denrées américaines.
Au cours de la fouille d'un appartement, j'entends frapper à la porte d'entrée. C'est un civil, d'une quarantaine d'années. Je lui demande ce qu'il vient faire: tout naïvement, il m'explique qu'il habitait ici et me demande s'il pourrait rentrer chez lui. Je le conduis à notre capitaine. Je crois que c'est le seul prisonnier qui ait été fait dans ce bâtiment, prisonnier qui n'avait pas l'air bien méchant et que j'ai retrouvé, au cours d'une garde de nuit, dans une cave, où il était en piteux état.

Le soir, nous sommes reçus dans une famille J. SPEICHER, au 14 de la rue de Saales que les Allemands avaint baptisée Hafenwalstraße, et qui ne tardera pas à retrouver son nom. STRASBOURG est libérée.
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MessageSujet: 24 novembre 1944   Lun 24 Nov 2014 - 17:53


Vendredi 24 novembre 1944

Le matin, le Chef de peloton apprend à Guy CONUS la mort de son frère Yves, tué au cours de la prise de PARUX dimanche dernier, 19 novembre (voir à cette date). Étant passé par la même épreuve il y a deux mois, près de CHÂTEL-SUR-MOSELLE, avec la mort de son frère Jacques, Bernard est le mieux placé pour annoncer cette pénible nouvelle à notre radio et lui demander de ne pas partir en patrouille ce matin.

Plusieurs véhicules du peloton ne sont plus en état. Une petite partie du peloton rejoint le 1er peloton et quelques T.D. des Fusiliers Marins: en route vers MOLSHEIM et OBERNAI.

Nous traversons LINGOLSHEIM, ENTZHEIM, DUPPIGHEIM, DUTTLENHEIM, ALTDORF.
Partout, des soldats allemands lèvent les bras, comprenant que la guerre est terminée pour eux, mais nous n'avons pas le temps de nous en occuper.

Nous arrivons au carrefour de DORRLISHEIM.
Le début de la patrouille se dirige vers MOLSHEIM.
Nous restons, peu avant le carrefour, dans l'axe de MUTZIG.
Tout à coup, je vois l'éclair de ce qui ne peut être qu'une Panzerfaust, partir de devant la maison qui se trouve à droite de l'autre côté du carrefour.
Marche arrière déjà engagée, je recule brutalement. La Panzerfaust éclate sur la route à peine à un mètre devant l'A.M. Prudemment, je me place derrière un T.D.
Voici que des Allemands sortent des fossés de notre droite, bras en l'air… mais deux d'entre eux brandissent une Panzerfaust: pour se rendre ou nous allumer??? Je ne perds pas de temps à connaître la raison et je vide mon chargeur de mitraillette dans cette direction. Un des porteurs de Panzerfaust se retrouve avec une balle dans la main et une autre dans la région du bas-ventre. Les autres se rendent sans difficulté. Tout celà prend place sur la plage arrière.
Roland, qui a remplacé Guy pour aujourd'hui, comme radio, m'engueule: "Pourquoi tires-tu sur des gars qui se rendent?" C'est peut-être vrai, mais il oublie que ces gars se rendaient, munis de leur Panzerfaust et qu'ils étaient capables de nous descendre. "Ils se sont rendus, parce qu'ils nous avaient ratés!"

La patrouille partie en direction de MOLSHEIM ne revient pas.
Au bout d'une heure, nous partons en direction d'OBERNAI.
À BISCHOFFSHEIM, nous quittons l'axe d'OBERNAI pour rattraper la Nationale qui nous conduit en direction de NIEDERNAI.
1500 mètres avant NIEDERNAI, demi-tour. Et nous revenons par INNENHEIM, DUTTLENHEIM et DUPPIGHEIM déjà traversés le matin dans l'autre sens, ENTZHEIM et LINGOLSHEIM.

Nous ramenons un bon nombre de prisonniers et la photo en haut de la page 275 du livre déjà cité "La 2ème DB en France" représente un T.D. passant dans l'eau sous un pont de chemin de fer. Ce doit être au retour de cette patrouille, à l'entrée de STRASBOURG. Mon A.M. était devant ce T.D. J'avais des prisonniers sur l'A.M., dont à l'avant, et je voyais le niveau d'eau sur la route en-dessous du pont. Il était tentant de foncer dans l'eau, mais je ne pensais pas que l'eau allait gicler sous l'avant du blindage, épargnant les occupants feldgrau pour remonter sur le blindage et nous arroser copieusement les genoux et les jambes, au radio et à moi. Les prisonniers n'ont pas osé se payer notre tête!

Nous envoyons les blessés se faire soigner et les autres rejoindre les nombreux prisonniers que la Division a faits ces jours derniers.

Les amis restés à STRASBOURG ont attribué un logement par équipage dans la caserne de la Polizei (ou autre ancienne affectation). C'est la "vie de château"! Celà ne m'empêche pas d'entretenir l'A.M. et de m'occuper cette fin d'après-midi du réglage des bougies. Il y a intérêt, car les véhicules en état de marche sont susceptibles de partir en patrouille les jours suivants.
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MessageSujet: 25 novembre 1944   Mar 25 Nov 2014 - 15:11


Samedi 25 novembre 1944

L'A.M. en état de marche, je pars encore aujourd'hui en patrouille.
Nous traversons les villages libérés avant-hier: WOLFISHEIM, OBERSCHAEFFOLSHEIM, BREUSCHWICKERSHEIM, puis HANGENBIETEN et nous rejoignons ENTZHEIM.
Dans cette localité, à l'angle de la maison Vogel, nous prenons la direction sud: GEISPOLSHEIM que nous traversons sans aucun incident pour arriver à LIPSHEIM. Explosion assez proche. Nous apprendrons que les Allemands ont fait sauter le pont du chemin de fer. Mais nous n'avons pas à utiliser nos armes.
Des soldats allemands se rendent sans difficultés, certains aux propositions de Raphaël: "Kommen! Chocolat!" Et il leur tend en effet des plaques de chocolat!
Nous arrivons dans la rue principale de LIPSHEIM. Accueil de la population. Le curé de la paroisse s'approche de l'A.M. et me dit: "Je suis heureux de serrer la main au premier soldat français qui arrive dans ma paroisse". Celà rappelle le Président LEBRUN ou ses prédécésseurs qui serrait la main du conducteur de locomotive! Et le bon recteur continue: "D'où êtes-vous?". Malicieusement, je lui réponds: "Du diocèse de NANCY." Ce qui est vrai, puisqu'ayant déjà reçu la tonsure, je fais partie de ce diocèse. Étonnement du curé: "Vous êtes prêtre? — Non, vous voyez bien que je suis trop jeune, mais je suis séminariste." Monsieur l'abbé SCHMITT n'a pas oublié quand le peloton est revenu dans sa paroisse en février 1945, et tout au long des années après la guerre quand je revenais dans la famille WALTER qui a logé notre équipage en fin de campagne.

Peu avant le passage à niveau, une fillette d'une dizaine d'années, Odile MEYER, nous offre un bouquet de fleurs que je place dans le support de la sirène.

Nous continuons sur FEGERSHEIM.
Les Allemands font sauter maintenant le pont de la nationale vers ERSTEIN et COLMAR. Au passage, nous ramassons quelques prisonniers que nous faison monter sur l'A.M. Les prisonniers ne sont pas rassurés. D'après eux, la route est minée.
Ces villages ont la particularité d'avoir des rues non pas toutes droites, mais présentent un ou plusieurs angles droits. Avant de m'engager à gauche dans cette rue de FEGERSHEIM, je stoppe. Il en reste un souvenir: un des riverains, le boulanger François MUTSCHLER, nous prend en photo depuis le premier étage.


Collection Laurent FOURNIER

Au premier plan, des habitants du coin. Jiji, cigarette au bec, Banban qui était chef de voiture à la place de René, un paquet de prisonniers sur la plage arrière, dans la tourelle Roland LAMBOLEZ, je suis debout sur mon siège et devant l'ouverture du radio, un prisonnier qui venait de prendre un coup de pied dans le derrière pour avoir écrasé les fleurs de la petite Odile. C'est la seule photo où nous avons été pris en pleine progression. À la CROIX DE BERNY, c'était après avoir reçu les obus du 88. À PARIS, rue Dante, j'étais sur la Jeep de Robert MAISONNIER.
Pour le 40ème anniversaire de la libération, j'ai eu la joie de revoir Monsieur MUTSCHLER, toujours propriétaire de la boulangerie-patisserie avec le Restaurant des Deux-Clefs. Il est décédé le 10 novembre 1987.

Il nous faut rentrer à STRASBOURG. Les prisonniers sont aussi verts que leur uniforme, persuadés que tous les ponts sont minés.
Je fonce, laissant à droite la petite fabrique CA-JO-FE.
À l'entrée d'ILLKIRCH-GRAFFENSTADEN, pour ne pas avoir à traverser le pont, je tourne à gauche et j'emprunte des petites routes. Un pont se présente un peu plus loin. Je le franchis le plus vite possible. Un kilomètre plus loin, ou peut-être plus, ne voyant pas la 2ème A.M. nous rejoindre, nous arrêtons. Comme rien ne vient, nous rentrons à STRASBOURG, dans notre "caserne". Nous apprendrons plus tard que le pont a sauté après notre passage. Le reste de la patrouille est rentré par un autre chemin.

Dans la soirée, nous récupérons, dans les parages des Hospices Civils, une Opel 6 cylindres qui nous rendra grands services… même après la guerre! Il y a aussi une Mercedes.

Les appartements que nous occupons sont plus confortables que le cantonnement du bosquet de REHERREY. Et le ravitaillement ne manque pas, solide et liquide.
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MessageSujet: 26 novembre 1944   Mer 26 Nov 2014 - 18:25


Dimanche 26 novembre 1944

Lever à 6 heures, mais nous ne partons qu'à midi. Objectif: ERSTEIN.

LINGOLSHEIM, ENTZHEIM, GEISPOLSHEIM, BLAESHEIM.
Route obstruée par les arbres que les Allemands ont coupés. Le temps de dégager ces obstacles, il fait nuit quand nous arrivons à HINDISHEIM. Le Génie est en train de refaire le pont à la sortie du village. Enfin, nous pouvons foncer, dans la nuit, avec simplement les "yeux de chat". Aperçevant un véhicule peu après HINDISHEIM, je pense que ce ne peut être qu'un allemand. Je fonce dessus. Manque de pot. C'est MURAT, de l'Echelon, qui était passé avant nous avec sa Jeep. Je lui propose de continuer la patrouille avec nous, mais il tient à réparer son véhicule, ce qu'il parviendra à réaliser. Chapeau!
Sans encombre, nous traversons la Nationale 83 STRASBOURG-COLMAR et nous arrivons à l'entrée de NORDHOUSE vers 22h00. Accueil délirant. Tout se passe à l'entrée le long du cimetière. Un accordéon accompagne les danses sur le trottoir. Et la boisson ne manque pas. Le village est en fête.
Mais il nous faut prendre position pour la nuit.
Un peloton reste à NORDHOUSE. Un autre rejoint des éléments du 501 et du R.B.F.M. au carrefour de la gare d'ERSTEIN-SCHAEFFERSHEIM.
Quant à nous, nous revenons au carrefour de la Nationale et de la route qui vient de nous conduire à NORDHOUSE.
À minuit, le carrefour de la gare est encercleé: l'automitrailleuse de Bobing (DESSAUGE) un T.D. et deux Half-tracks sont en flamme. Un Sherman du 501 revient sur nous, la tourelle trouée par une Panzerfaust. Nos Rochambelles soignent les blessés que nous avons pu en retirer. Les rescapés du carrefour reviennent à notre poste. Nous recevons quelques obus, probablement du 88.
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MessageSujet: 27 novembre 1944   Jeu 27 Nov 2014 - 16:32


Lundi 27 novembre 1944

À une heure du matin, les éléments qui se trouvaient à NORDHOUSE se replient aussi sur nous. Nous apprendrons plus tard que les Allemands étaient encore nombreux dans ce village et qu'il y en avait même dans le cimetière, alors que nous dansions sur le trottoir voisin!

À deux heures du matin, nous nous replions sur HINDISHEIM. Il gèle. Nous restons sur la route.

Vers huit heures, quand le jour est enfin levé, nous revenons dans HINDISHEIM. Une de nos Rochambelles nous invite à prendre un café pour nous réchauffer. Engourdis, nous nous extirpons de l'A.M. Au moment ou Guy sort de sa place radio, BANBAN, qui remplace René, met le pied sur la pédale de la mitrailleuse. La sécurité n'est pas mise. Comme Guy prend appui sur le canon de la mitrailleuse pour sortir, il a le bras gauche traversé. Je l'aide à sortir, à retirer ses vêtements. Les Rochambelles lui mettent un garrot. La blessure est sérieuse. Guy doit nous quitter pour un hôpital. Serrement de cœur. Nous étions côte à côte depuis un an, avec tout ce que celà représente, surtout depuis la Normandie. Et, de plus, il nous faut remonter le moral de BANBAN, complètement atterré.

Plus tard, patrouille vers LIMERSHEIM. Des arbres en travers de la route. Et sous les arbres, sert Telermines que P'tit Louis se charge de désamorcer à coups de 37. Reconnaissance à pied dans LIMERSHEIM et retour à HINDISHEIM où nous passons le reste de la journée, puis la nuit.

Le soir, des Américains partent en direction d'ERSTEIN avec un matériel bien supérieur au nôtre. Ils reviennent dans la nuit.
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MessageSujet: 28 novembre 1944   Ven 28 Nov 2014 - 10:15


Mardi 28 novembre 1944

Dès qu'il fait jour, départ, pour la seconde fois, en direction d'ERSTEIN, via NORDHOUSE. Nous arrivons sur la Nationale. Nous = 2 A.M., 2 T.D. et une vingtaine de gars du R.M.T.
De l'équipage d'origine, je me retrouve seul: René n'a pas encore pu nous rejoindre, Guy est remplacé par Roland LAMBOLEZ, P'tit Louis, malade, par Coco ASLAN. Je fonce. Au carrefour que nous avions dû quitter l'autre nuit, un obus éclate devant l'A.M., c'est un 88. Rapide marche arrière sur plus de 200 mètres où je rejoins les autres blindés. Le Lieutenant des Fusiliers Marins envoie les fantassins à travers champs, en direction de NORDHOUSE. Et je repars. Au carrefour, je prends la route de NORDHOUSE le plus vite possible. Le pointeur du 88 doit s'affoler: ses projectiles n'arrivent pas sur l'A.M. Dans NORDHOUSE, je me sens plus en sécurité. Les habitants se sont camouflés, avec raison. Une fenêtre s'ouvre: "Vous revenez? Attention! Les boches doivent revenir à midi pour chercher du ravitaillement."
Nous patrouillons dans le village. Les Allemands se sont repliés de l'autre côté de l'ILL. Les ponts sont coupés. Nous attendons.

À midi, nous sommes invités par les familles. Quelques obus éclatent encore. La maison voisine de celle où nous nous trouvons voit son toit s'écrouler subitement. Pour la première fois, je descends dans une cave, avec les copains. Et je m'endors sur un tas de pommes de terre. Depuis le départ de BROUVILLE, il y a du retard de sommeil.

À 15 heures, réveil brusque: "A.M. de pointe, en route pour ERSTEIN." Au carrefour près du cimetière, un T.D. vient d'allumer une voiture allemande qui arrivait d'ERSTEIN. Sur le siège arrière de la voiture, il y a les restes d'un "passager". Les deux autres occupants ont pu se sauver et regagner ERSTEIN.

Notre mission et de protéger les gars du R.M.T. qui progressent dans la nature sur notre gauchen, et bien sûr, d'entrer dans ERSTEIN.

Nous ne tardons pas à trouver les arbres coupés en travers de la route, certainement depuis le passage de la voiture allemande. Les amortisseurs de l'A.M. sont mis à rude épreuve. Et le 88 continue à tirer dans notre direction. De la tourelle, Coco gémit: "N'avance plus. Ils vont nous tuer". Celui qui prétend n'avoir jamais eu peur est un inconscient, ou un menteur. Pour moi, le souvenir de LA CROIX DE BERNY n'est pas si loin. Chacun de nous ressent ce qu'exprime Coco. Il a raison, mais il ne faut pas le dire tout haut. Roland se lève de son siège radio. Lui, toujours imperturbable, enserre Coco: "Non de Dieu, tu vas te taire, ou je te casse la gueule!" Il serait téméraire de poursuivre: nous faisons appel à plus gros que nous. Deux Sherman passent devant nous, dont le "BACCARAT" si mes souvenirs sont exacts. Leurs trente tonnes écrasent les arbres couchés en travers de la route. Et je peux suivre.

Les premières maisons d'ERSTEIN sont proches maintenant. La nuit ne va plus tarder. Une baraque en bois brûle à l'entrée de la ville. À droite, le 88 que les Allemands ont enfin abandonné. Au milieu de la rue, un barrage fait de billes de bois. Les deux chars passent. Mais c'est encore trop pour l'A.M. J'avise des prisonniers sur notre droite: main d'œuvre peu enthousiaste qu'il faut stimuler "manu militari". Je peux enfin continuer dans cette rue où la progression se fait lentement. Une maison prend feu.

La nuit tombe. En face de nous, le clocher est tout illuminé. Il faut nous arrêter. Deux chars sont devant nous, ainsi que les gars du R.M.T. Je reviens un peu en arrière pour placer l'A.M. dans une petite rue "Blumengasse", en marche arrière, tourelle tournée sur le moteur, en direction de l'autre bout de la rue encore tenue par les Allemands.
Nous trouvons un accueil chaleureux dans la ferme voisine. Papa et maman RINGEISEN ne parlent que le dialecte. Le fils Paul fait partie des jeunes gens que les Allemands allaient embarquer et que notre arrivée a permis de rester au pays. L'aînée, Marthe, sert d'interprète et, comme une certaine Marthe de l'Évangile, nous prépare un excellent repas dans des conditions assez peu pratiques. Repas à la chandelle, car il n'y a plus d'électricité. Entre les heures d'une garde sérieuse, nous venons prendre un peu de repos dans cette ferme.
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MessageSujet: 29 novembre 1944   Sam 29 Nov 2014 - 11:08


Mercredi 29 novembre 1944

Pendant la nuit, les Allemands ont décampé "en douce".
Cependant, nous continuons le nettoyage de la ville.
Après l'église et le monument aux morts, vers 9 ou 10 heures, nous sommes arrêtés au carrefour. Le Général LECLERC vient nous voir. Il est acclamé par les habitants qui nous offrent café… et pousse-café.
Les Allemands ont fait sauter le pont de l'ILL à la sortie de la ville.
Nous revenons à la Rathaus (Hôtel de Ville) qui était le siège de l'Ortskommandantur. Un buste d'Adolf Hitler se retrouve du premier étage, depuis le balcon, sur les pavés de la place. Je m'attribue un bel aigle, en espèce de fonte d'aluminium, 1 mètre de haut, 1,70 mètre d'envergure, enserrant la croix gammée dans ses pattes.
Je fixe cet oiseau à l'arrière de l'A.M. C'est symbolique d'avoir la croix gammée… quelque part. De plus, le haut des ailes retiendra le bidule invraisemblable qui se trouve sur le moteur.
La veille de Noël, il me faudra retirer cet emblème pour une mission dont je parlerai. C'est ainsi qu'il a terminé la guerre en Alsace et que j'ai pu le récupérer pour l'offrir au Fonds Historique Leclerc à SAINT-GERMAIN-EN-LAYE.
Nous patrouillons aussi à la filature où différents éléments du Q.G. s'installeront en décembre.
Retour à la ferme. Quelle n'est pas notre surprise de voir que la "Blumengasse" est redevenue "Ruelle des Fleurs". Les braves alsaciens, comme en beaucoup d'endroits, n'ont pas perdu de temps pour remettre en place les plaques françaises soigneusement camouflées pendant les sombres années d'occupation.
Dans une école, les Allemands avaient entreposé d'abondantes réserves de ravitaillement. L'après-midi, nous allons nous en occuper. Celà nous permet d'être très généreux avec les civils, surtout avec la famille qui nous a si bien reus: sucre (et on est à ERSTEIN!), tabac (encore une des productions de la région, mais dont les Allemands s'occupaient), des boites de thon, beurre par petits tonneaux, etc…
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MessageSujet: 30 novembre 1944   Dim 30 Nov 2014 - 14:54


Jeudi 30 novembre 1944

Notre A.M. est envoyée à la sortie d'ERSTEIN, au pont sauté.
De l'autre côté, environ à un kilomètre, des Allemands qui n'ont pas envie de se rendre.
Nous restons là, toute la journée, toute la nuit.
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MessageSujet: 1er décembre 1944   Lun 1 Déc 2014 - 15:40


Vendredi 1er décembre 1944

L'ordre nous arrive de rejoindre la base arrière de l'escadron à STRASBOURG.
Une fausse panne, d'ailleurs prévue, devant la ferme RINGEISEN nous permet des agapes sérieuses avant de quitter ERSTEIN, où nous serions restés bien volontiers.

À STRASBOURG, dans la caserne que nous avions occupée dès notre arrivée le 23 novembre, nous nous installons dans le logement "affectée" à notre équipage.

Jusqu'au lundi 4 décembre, c'est la dolce vita et même le "cirque" dans ces confortables appartements qui permettent à certains de recevoir de gentilles petites amies.
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MessageSujet: 5 décembre 1944   Ven 5 Déc 2014 - 11:27


Mardi 5 décembre 1944

Il est question d'un défilé, d'une prise d'armes Place Kléber.
Finalement, l'escadron part, sous la pluie, à NORDHOUSE.
Convoi héréroclite: ce qui reste en état de marche est complété par des véhicules récupérés sur les Allemands. L'Opel fait partie du voyage. Mais le 2ème peloton est plus fort que nous: 4 A.M. sur les 5 ont été mises à mal au cours des derniers combats. C'est en autocar, armé de mitrailleuses, qu'une partie du peloton prend la route.
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Sam 6 Déc 2014 - 10:34


NORDHOUSE

NORDHOUSE est sans aucun doute la bourgade dont le peloton a gardé le meilleur souvenir et qui nous voit revenir chaque fois que l'occasion nous en est donnée aux anniversaires de la libération de STRASBOURG qui rassemblent les anciens de la 2ème D.B.
Bien sûr, ÉCOUCHÉ nous reçoit aussi très bien, mais notre cantonnement "extra muros", en août 1944, ne nous avait pas permis de connaîtr la population, à part Maurice LECOMTE qui avait pris place au peloton jusqu'à sa blessure à BRÉMÉNIL.
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Dim 7 Déc 2014 - 15:42


À NORDHOUSE, chaque équipage loge dans une famille. Et les familles n'oublient pas l'arrivée de plusieurs d'entre nous le soir du dimanche 26 novembre et la libération définitive du mardi suivant.

La "SIMONE", devenue "CHANTILLY" depuis quelques temps, est reçue chez Armand BLANCHÉ et sa famille.
Une bonne partie du peloton se retrouve souvent chez AUGUSTA, "auberge" des plus sympathiques qui nous réunit encore, 40 ans après.
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Dim 7 Déc 2014 - 16:13

Jean PFLIEGER a écrit:

La "SIMONE", devenue "CHANTILLY" depuis quelques temps, est reçue chez Armand BLANCHÉ et sa famille.

Il semble que les véhicules du 3/3/1er RMSM aient tous été rebaptisés du nom d'un champ de courses pendant la campagne des Vosges.

salut LGD-501 salut
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MessageSujet: Re: Spahi Roger MARION (3/3/1er RMSM)   Dim 7 Déc 2014 - 16:20

Oui, LGD-501, c'est ce que Roger Marion dit dans les préliminaires de ses mémoires, que vous trouverez en page 1 à la date du 2 août 2014 sous les 4 *.
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MessageSujet: 8 décembre 1944   Lun 8 Déc 2014 - 10:17


Le vendredi 8 décembre, nous avons la joie de revoir avec nous notre bon René TROËL, qui regrette d'avoir raté STRASBOURG, mais heureux d'avoir revu sa famille à BREST, dont il était sans nouvelles depuis son départ en juin 1940.
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