La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Evasion de mon oncle en 1942.

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franchi
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Date d'inscription : 31/10/2013

Evasion de mon oncle en 1942. Empty
MessageSujet: Evasion de mon oncle en 1942.   Evasion de mon oncle en 1942. EmptyMer 27 Nov 2019 - 12:37

Ci-dessous transcription de l'évasion de mon oncle, en 1942 d'un camp de prisonniers de guerre en Allemagne. Il a ensuite rejoint la Corse, monté un réseau de résistance, participé à la libération de la Corse en 1943, puis a rejoint l’Afrique du nord, à réengagé à la 2 DB (RMT), participé à la libération de la France, à rejoint l’Indochine fin 1944, et a été tué à Hanoï en décembre 1946.

Transcription du récit de l’évasion d’Antoine FRANCESCHETTI, d’Ascu, et de Jean FRANCHI, d’Oletta, d’un camp de prisonnier Allemand, en 1942.



On me demande des détails sur mon évasion, tels qu’ils se sont produits, je te les raconte. Écrit en cours de route du premier jour :

‘’Tout d’abord, je te dirai que de l’Oflag il était impossible de s’évader, et j’ai toujours refusé de travailler parce qu’il existait une convention internationale qui disait que les s/officiers n’étaient pas tenus de travailler à moins d’être volontaires, par contre il existait des contrats de travail pour une durée de 3 mois. Avec mon camarade d’Oletta (à côté d’Olmeta) après une minutieuse préparation, nous avons signé un contrat et sommes allés travailler dans des fermes, à seul fin de tenter notre chance.

Nous voilà donc en train de travailler comme des forçats pour ces salauds, nos ennemis.
Le matin et le soir, nous étions escortés par la sentinelle de la maison ou nous étions enfermés, à la ferme ou nous travaillions. Donc nous pouvions tenter l’évasion que la nuit. Encore un inconvénient, le soir le soldat boche nous retirait les pantalons et les souliers. Pour cela nous nous sommes débrouillé avec des Polonais civils déportés, ils nous ont fournis, et le soir de l’évasion nous avons tout camouflé, dessous les paillasses.’’

Ici commence le récit de l’évasion.

‘’Évade d’Hebrazafen (Sud ULM, Wurtenberg), dans la nuit du 26 au 27 juin 1942, avec mon camarade Jean FRANCHI d’Oletta’’.

Première étape :

‘’Dès le soir après avoir été enfermés, pendant que les autres membres du commando (nous étions 13 en tout) faisaient du bruit, nous avons scié un barreau de la fenêtre, chose terminée à 11 h, tout était près, mais nous avons attendu minuit, car la chambre de notre gardien se trouvait en dessous de la nôtre, et en plus il fallait passer devant sa fenêtre. Donc nous avons attendu minuit, moment ou nous pensions qu’il dormait du plus profond sommeil, heure interminable d’attente, voilà minuit, c’est l’heure, la corde est prête, le camarade POGGIOLI, nous fait passer les sacs et les souliers, tout est passé...

Nous voilà en route, nuit calme avec un beau clair de lune, petite étape sans incident. Journée du 27, camouflés de bonne heure, dans un petit bosquet, de sapin à proximité de Immiziole, belle journée, temps couvert, embêtés par les agriculteurs qui travaillaient dans les champs, pas loin de nous, un homme s’est même rendu à 5 pas de nous, pour faire ses besoins, il ne nous a pas aperçu, il est reparti, nous avons commencé à respirer. Vers midi statistiques de vivre : 400 biscuits de guerre, 17 tablettes de chocolat de 25 grammes, 375 morceaux de sucre, un peu de fromage et de saucisson, tout cela réglementé pour une durée de 15 jours, 2 paquets de cigarettes, 1 paquet de gris, et une trentaine de cigarettes en mégots. Sur le coup de 13 h, nouvelle alerte, un homme approche dans les sapins, direction sur nous, grande émotion, aussitôt rassuré, car le nouveau venu était un prisonnier russe qui travaillait dans les champs avec son patron, et qui venait lui aussi au WC dernier confort, après lui avoir recommandé le silence ( par des gestes naturellement), nous lui avons fait cadeau de 2 paquets de cigarettes)’’

Deuxième étape :

‘’Décampé vers 11 h du soir, car dans les champs les gens travaillaient très tard, et le matin vers 4 h il faut se camoufler. Au début de l’étape beaucoup de parc à bestiaux donc beaucoup de barrières, de barbelés, avec le chargement que nous portions, tous ce chargement, parce que nous avions en plus des vivres, le maximum de linge, car si nous étions repris, on ne retournerait pas au camp, on nous renvoyait dans un autre camp de discipline à Rowarustra (petite ville située sur la frontière Russo/plonaise). Beaucoup de marécages à contourner et nous les avons même traversés carrément, car on ne s’en sortait plus. Point de repère cette nuit-là, la voie ferrée Rasbert-Walsée, que nous avons atteint vers 2 heures et que nous avons longé jusqu’à Walsée, ou le jour commençait à pointer, nous avons été contraints de chercher un endroit pour nous camoufler et passer tranquillement cette deuxième journée qui était un dimanche, enfin bien caché dans un fourré des plus épais au sud-est à environ 2 km de Walsée, temps pluvieux, une courte apparition du soleil le matin, et l’après midi pluie fine, décampe ce jour-là, vers 10 h 30 après avoir passé la journée sans embêtements’’.

Troisième étape :

‘’Comme c’est dit plus haut départ 10 h30, temps pluvieux quelques gouttes insignifiantes de pluie, point de direction Attshausen, très bien marché cette nuit-là (20 km environ) malgré des fourrés des plus épais que nous avons du traversé sur notre passage, à l’aube beaucoup de difficulté pour trouver une cachette, il faisait grand jour quand nous avons trouvé enfin un endroit à la lisière d’une forêt dans un marécage, hautes herbes, tout ce qu’il nous fallait, journée tranquille malgré le va-et-vient des gens sur les routes qui nous encadraient, temps couvert, mais le soleil faisait quelques rares apparitions, surtout dans le courant de la matinée, ce qui nous a permis de sécher notre linge. J’ajoute également pour les précédentes nuits, et certainement les suivantes, que toutes les nuits il y avait de la rosée, et de ce fait ont étaient trempés jusqu’aux os tous les matins. Nous avons marchés jusqu’à présent qu’à travers champs et forets. La journée s’est passée magnifiquement et nous voilà prêts à attaquer la quatrième étape après un maigre repas vite liquidé (6 biscuits, 2 bâtons ½ de chocolat, le tout arrosé de la petite provision d’eau de notre bidon provenant de bonne source)’’.

Quatrième étape :

‘’La lune se levait juste à notre départ, point à atteindre cette nuit-là, si c’est possible Hostroeb (14 km à vol d’oiseau), nous avions une soif insupportable, et impossible de trouver de l’eau, une source ou quoi que ce soit en cours de route pendant deux pauses toujours sans résultat, après avoir cherché autour des fermes et dans les villages, et la soif se faisait sentir, et nous poussait à des imprudences, que nous avons commis en entrant dans l’étable d’une ferme, en escaladant une fenêtre. Après avoir assouvi notre soif et rempli nos bidons, nous voilà pleins d’entrain, pour reprendre notre route. L’itinéraire que nous avions choisi était propice, et nous voilà au petit jour au de Hostraech. Voilà qu’a plusieurs km à la ronde on aperçoit que du terrain à découvert, et non seulement un petit bosquet pour nous cacher, l’étoile du berger qui se lève à l’aube était déjà très haute et là, la bonne idée nous est venue de rentrer dans un champ de seigle situé sur un mamelon, les épis nous dépassaient en étant debout de 20 cm. Nous voilà couchés et bien comme il faut, une journée splendide, un soleil éclatant pendant toute le journée, nous avons été obligés de monter un gourbi de fortune, car on ne pouvait résister à cette chaleur accablante. Nous avons très bien séché notre linge ce jour-là, et pris un bon bain de soleil… 1 bâton de chocolat, et fromage corse, avec de l’oignon volé dans un jardin, et de nouvelles pousses de petits pois, qui étaient délicieux’’.

Cinquième, sixième, et septième étape  :

‘’Point à atteindre Waldawie, que nous avions dépassée de quelques centaines de mètres, donc beaucoup marché cette nuit-là, malgré la pluie qui ne cesse de tomber, vers 2 h du matin aux environ de Stokach, nous nous sommes cachés un peu puis à l’heure habituelle au milieu de petits sapins, fourrés très épais ou il y avait beaucoup de ronce au seuil de Wadawie. Journée du 4 juillet : très camouflé, des bûcherons au travail dans le courant de la matinée, à quelques mètres de nous, silence complet, mais vers 11 h ou midi, grosse pluie qui les fait partir, mauvaise journée tout notre linge, même le rechange est trempé, parce que j’ajoute ici que tous les matins en nous arrêtant nous changions de linge, et le soir, avant de nous mettre en route nous remettions celui qui était mouillé de façon d’avoir un jeu d’échange sec le matin à la halte. Nous nous préparons pour la huitième étape’’.

Huitième étape :

‘’Petite étape, endroit à atteindre le fleuve l’Aache, que nous devons passer à la nage, parce que d’après nos renseignements les ponts sont gardés. Marche un peu dure à cause du passage de nombreux marécages, il y en avaient tellement que nous avons fini par les passer sans les contourner, nous sommes passés aussi près d’un tunnel. Au départ, fine pluie, et dans le courant de la nuit changement, ciel clair, et vers 2 h du matin un clair de lune magnifique, nous avons atteint l’Aache à l’aube, ou nous avons eu des difficultés pour nous camoufler, finalement un petit buisson de plantes qui poussent dans les marais, mais je ne pourrai en citer le nom, n’étant pas très fort en botanique, à sembler faire l’affaire, nous nous y sommes cachés. Journée du 5 juillet, nous voici en train de faire les grenouilles dans les marais de la rive gauche de l’Aache, la journée s’est passée tranquille, rien ne nous a dérangé, sauf les moustiques qui bouillaient à cet endroit’’.

Neuvième étape :

‘’Nous étions à 20 m de l’Aache, nous nous sommes préparés sur place, c’est-à-dire, mis nos effets dans une toile de tente et transporté sur la rive gauche à 11 h environ. Mais après avoir tenté de nager, nous avons jugé qu’il était impossible, car le courant était trop rapide et nous emportait, nous avons contourné vers l’est, il y avait un pont qu’on croyait gardé, heureusement pour nous il ne l’était pas, et nous avons pu reprendre notre direction sud, pour atteindre cette nuit-là Cheinnen (Singen?), qui est située à 4 km environ de la frontière, de là nous tacheront s’il est possible de bien observer pendant la journée de façon à reprendre l’endroit le plus propice pour le passage de la frontière, la marche très dure cette nuit-là aussi constamment en forêt, et difficile pour s’orienter, car on ne pouvait pas voir plus loin que son nez. Enfin nous avons atteint ce matin de bonne heure, nous sommes cachés au sud de cette ville, entre 2 petits ruisseaux se reliant, un peu plus bas, et que nous allons prendre comme guide pour nous rendre à la frontière ce soir.
Anxieuse attente car c’est ce soir que se joue le sort de notre évasion, si nous sommes repris, c’est le retour en captivité, 30 jours de cellule pour moi, parce que c’est ma deuxième évasion, 15 pour mon camarade, c’est sa première, et pour tous les deux le camp de Rowaruska sur la frontière Russo-polonaise. Si l’on passe, alors s’est la joie de vivre la liberté, tant aimée, la joie de revoir sa petite mère, son père, tous ceux qu’ont aiment, tout ce qu’on tient le plus au monde, oui c’est la décision de tout, oui c’est cela ce soir, et les gardiens de la frontière ont besoin eux aussi de serrer les souliers, car ils ont leurs devoirs professionnels à remplir. Nous, nous avons plus que ça, qui savons que derrière cette barrière d’hommes, il y a tout pour être heureux, il y a tout pour vivre, la liberté’’.

Dixième étape :

‘’Donc cette nuit c’est la décision, voilà la nuit qui nous arrive, nous démarrons avec prudence, très tard, car ce n’est plus une question de marche vite, cette nuit-là, nous nous sommes rapprochés de la frontière pour pouvoir prendre toutes les précautions nécessaires, atteindre de suite l’embranchement des 2 petits ruisseaux qui forment une petite rivière, et que cette rivière nous mène en Suisse. A un moment donné, on touche sur une petite agglomération, des maisons ou il y avait de la lumière aux fenêtres, nous avons dévié un petit peu, et voilà que nous passons à deux pas de deux amoureux, qui eux aussi sont aussi surpris que nous, sinon plus, car notre allure n’était pas rassurante, pour donner confiance nous sommes passés à deux pas d’eux, ils n’ont pas cherché à nous barrer la route, d’abord on ne se serait pas laissé faire, car nous étions munis de bons bâtons, en cas de rencontre de chiens qui ne manquent pas le long de la ligne frontière. Nous voilà arrivés ou confluaient les 2 ruisseaux, nous décidons de longer la rivière, car il fait une nuit tellement noire, et nous marchons sous bois, les boussoles ne sont pas lumineuses, et nous risquerions des erreurs d’orientation, et au point ou nous allons passer la frontière, nous risquons de rentrer en Suisse, et de ressortir en Allemagne. Grande difficulté à se suivre l’un et l’autre, la rivière ne faisait aucun bruit, après avoir parcouru une centaine de mètres, nous avons décidé de marcher carrément dans l’eau, ce qui a été fait sur un parcours de 6 à 7 km, après nous avons quitté la rivière et marché dans le rayon de la forêt en direction ouest pour atteindre la voie ferrée qui rentre en Allemagne en traversant toute la boucle de Stein du sud au nord. En quittant la rivière nous étions sûrs que nous étions en Suisse, d’après le ruisseau que se jetait dans la dite rivière à environ 200 m de la frontière, mais nous avons continué à marcher jusqu’à la voie ferrée, avant de montrer notre joie, qu’on ne pouvait déjà plus contenir, arrivés à la voie ferrée, là alors ça été le comble, je ne pouvais pas traduire ce moment d’allégresse, nous sommes tombés dans les bras l’un de l’autre, les larmes aux yeux, et les rires joyeux, après nous être remis de cette émotion joyeuse, nous avons continué à marcher sur la voie ferrée pour passer le front du Rhin que se trouvait à environ 1 km 500 environ de là, mais cette fois plus de silence observé, nous projetions ce qu’on devait faire à l’arrivée et cela à haute voix, nous avons passé le pont (200 m de long) en chantant la Marseillaise, lorsque nous avons été arrêtés par ses mots : ‘’halte verda’’ et le bruit d’un fusil que l’on arme, et une lampe électrique qui s’allume, à la lueur de celle-ci nous avons pu aperçevoir une silhouette de soldat, identique à celle d’un Boch. Mon camarade a posé la question suivante : ‘’ nous sommes bien en Suisse’’, on nous a répondu : ‘’mais certainement’’ (on se demandait si les fridolins n’avaient pas occupés la Suisse pendant ce laps de temps). Nous avons été rassurés par cette réponse, c’était un soldat suisse, qui gardait le pont, à proximité il y avait tout le poste de garde, ou nous avons passé le reste de la nuit en compagnie des militaires et sur la même couchette, ils nous ont fait manger, fumer et pour tout dire nous étions chez des amis, le lendemain ils nous ont remis aux autorités de la police locale, qui eux nous ont conduit, et internés dans une prison civile à Chaffeuse (chaffhouse), ou nous avons passé trois jours en prison, nous avons rencontré notre grand ami de maintenant, l’aspirant Raymond Breton, évadé comme nous et qui avait marché seul pendant 21 jours après avoir égaré ses deux autres camarades, dans une poursuite avec les policiers, il était malade et n’en pouvait plus car les derniers jours il n’avait plus rien à se mettre sous la dent, c’était un squelette vivant qui nous est apparu, en plus il avait attrapé une dysenterie bien carabinée, que nous avons réussi à arrêter avec le chocolat qui nous restait encore, à mon camarade et à moi. Trois jours passés dans cette prison, le temps, soi-disant que les autorités suisses fassent une enquête à notre sujet, et nous voilà dans le rapide en direction de Genêve, la Suisse est belle à tous les points de vue, et surtout ses habitants d’une hospitalité considérable, ils ont été très gentils partout ou nous sommes passés. A Genève ils nous ont remis aux autorités françaises, juste à la frontière, heureux de retrouver cette douce France, ce beau sol français tant regretté, pendant ces deux années de bagne hitlérien. A Lyon, nous sommes séparés de notre ami Raymond, il nous a dit : ‘(mes deux bandits corses, je vous dois une forte chandelle)’’ .




Deux évadés d’Allemagne
     FRANCESCHETTI et FRANCHI


PS : Ce récit m’a été communiqué le 15 mai 2017, par Madame Marie Catherine TROJANI, route de saint Lucie de BIGUGLIA, nièce germaine de monsieur Antoine FRANCESCHETTI, évadé de l’Oflag (camp de prisonniers de guerre) de Wurzach, en Allemagne dans la nuit du 26 au 27 juin 1942, en compagnie de mon oncle Jean FRANCHI.

Transcription du récit écrit par Antoine FRANCESCHETTI,
Septembre 2017.(Jean FRANCHI Piazzili 20217 Oletta).
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