La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 RBFM -A propos des marinettes - from Lucile Clémens-Morisset

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Jean-Pascal
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MessageSujet: RBFM -A propos des marinettes - from Lucile Clémens-Morisset   Mer 13 Oct 2004 - 18:48



Extrait de « la Marine nationale au féminin de 1943 à nos jours »
de Lucile Clémens-Morisset
(éditions Alan Sutton)

L'Appel du 18 juin

18 juin 1940… L'appel du général de Gaulle.
Il est entendu par des hommes refusant le joug germanique, mais aussi par des femmes ne désirant pas se cantonner au seul rôle d'épouse et de mère de famille que la société veut bien leur assigner. Certaines vont prendre leur destin en main, et l'associer à celui de la France.
(…)
La branche marine comprend tout d’abord 115 femmes : les premières “marinettes”. Appelées “Sections Féminines de la Flotte”, le 9 septembre 1943, on les nommera finalement “Services Féminins de la Flotte”, plus connues sous le diminutif de S.F.F. Leur statut est fixé le 13 janvier 1944.

Le rôle des S.F.F. est avant tout de remplacer le personnel militaire masculin, qui, ainsi dégagé des postes sédentaires peut intégrer les unités combattantes qui luttent contre les forces de l'Axe.
(…)
Certaines d’entre elles ont expérimenté la vie sur le terrain, ayant eu la possibilité de partir en opérations.
On évoque souvent la très célèbre 2ème Division Blindée, ou division Leclerc qui arriva la première à Berchtesgaden après avoir effectué toute la campagne de France, mais peu connaissent l'existence en son sein d'un groupe de marins et encore moins des marinettes qui les accompagnaient.
Voici un résumé des circonstances qui les amenèrent à être enrôlées auprès d'un des plus grands maréchaux de France :
Le 15 août 1943 le chef d'état-major général de la guerre demande à la Marine la création d'un régiment de chasseurs de chars. La proposition étant acceptée, le Régiment Blindé de Fusiliers Marins, ou RBFM, est créé et placé sous le commandement du capitaine de corvette Maggiar. Ce régiment comprend environ 900 hommes. Le 8 avril 1944, le comité de défense nationale décide d'affecter le RBFM en soutien à la 2ème DB du général Leclerc. Quittant l'Afrique du nord, les hommes s'embarquent pour l'Angleterre où ils commencent leur entraînement de chasseurs de chars dès le début de mars 1944.
Le 7 mai 1944 une équipe d'ambulancières S.F.F. est constituée au poste de secours régimentaire du RBFM. Elles seront chargées de donner les premiers secours aux blessés et d'assurer l'évacuation de ceux-ci vers le bataillon médical situé plus à l'arrière de la ligne de front. J'ai eu la chance de retrouver (l’une d’entre elles), qui a accepté de me livrer son témoignage.
(…)
…Les jeunes femmes attendent de retrouver le Régiment Blindé des Fusiliers Marins. Le 16 mai, enviées par les autres filles, elles ont la joie de recevoir de beaux insignes de fusiliers marins. Dès le lendemain elles déjeunent à Assi Ben Okba avec le RBFM.
Le 20 mai, les ambulancières embarquent sur un navire anglais, le Cape Town Castle, qui fait partie d'un convoi de quinze bateaux, afin de se rendre dans un premier temps à Liverpool. Avec elles, se trouve une autre équipe d'ambulancières, les Rochambelles. (…)
Le 22 juin les marinettes entrent brutalement dans la vie du camp. On leur impose des exercices militaires qui débutent à 7h30, apprenant à marcher en ordre serré, à faire des demi-tours où elles se retrouvent souvent face à face ! On ménage tout de même le petit groupe pour qui les exercices ne sont pas trop ardus ! Elles ont regretté plus tard de ne pas avoir appris des choses plus pratiques : savoir reconnaître, par exemple, une grenade dégoupillée.
Les ambulancières attendent avec impatience le débarquement, mais redoutent par ailleurs de découvrir leur pays en partie détruit. Elles ignorent ce qu’elles vont trouver et se posent souvent la question…
Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 se fait entendre le vrombissement des moteurs : il y a un énorme passage d'avions au-dessus de leurs têtes. Elles se doutent alors que le moment approche. Mais elles doivent encore attendre.
Ce n’est que le 2 août 1944, par beau temps, qu’elles arrivent sur le sol de France. Elles s’échouent sur la plage de Grand Camp, autrement appelée Utah Beach. L'un des marins saisit son clairon et joue la Marseillaise. Le moment est émouvant.
La division Leclerc gagne le sud-ouest du Mans sur le flanc gauche de l'armée allemande. Le RBFM est réparti dans les trois groupes tactiques qui la composent.
Les S.F.F. remplissent leur périlleuse mission. Vêtues de tenues de l'armée de terre américaine, au volant de leurs ambulances, elles évitent de songer aux tirs de l'ennemi et aux mines qui jalonnent les routes.
La population les accueille chaleureusement.
Dans la nuit du 8 au 9 août à minuit, le groupement Dio est victime de bombardements et de mitraillages de la part de l'aviation allemande. (…) (Le groupe des marinettes) en sort indemne, alors que l’on compte par ailleurs 21 blessés et 3 morts. Peut-être mue par une intuition toute féminine, (l’officier SFF) avait sommé ses ambulancières de rester sous les pommiers où elles s’étaient d’abord garées, refusant l'emplacement qu’on leur avait attribué par la suite. Les pommiers furent épargnés alors que l’endroit refusé fut fortement touché.
Le rôle des ambulancières est de récupérer les nombreux blessés et de les amener vers un centre de “triage et traitement”. Par la suite les hommes sont envoyés vers un hôpital américain.
(…)
On peut quelquefois leur demander de porter des messages à l'état major. C’est ainsi qu’un jour elles prennent une carte et choisissent le chemin le plus court, peu informées des mouvements des véhicules ennemis ! Soudain, elles aperçoivent une Jeep des fusiliers marins qui arrive rapidement derrière elles. Intriguées, elles s’arrêtent et apprennent qu’il y a un Tigre, un de ces redoutables chars allemands, à deux virages de là !
(…)
Le 25 août elles ont la joie de participer à la libération de Paris. (…)
Les Parisiens les reçoivent formidablement bien. On les invite à manger et certains sortent même du foie gras et du bon vin, mets de choix qui ont pu échapper à l'ennemi !
(…)
Traversant la Moselle les ambulancières se rendent à Flins, au bord de la Meurthe. Leur médecin, M. Moretti se voit contraint d’amputer un blessé sans anesthésie, à même le sol, pas même recouvert de macadam, mais de simples cailloux. Le patient est terriblement choqué, son bras est très abîmé. Elles le récupèrent dans leur ambulance afin de l'amener au “triage et traitement”, mais il commence à s'évanouir. Le seul remontant dont elles disposent est de l’alcool de mirabelle ! L'une des ambulancières a retrouvé cet homme beaucoup plus tard, après la guerre, en parfaite santé. Il l'avait reconnue !
(…)
Le 1er novembre marque la prise de Baccarat. (…) Gœring s'était fait faire un service en verres de Baccarat que les Français récupèrent et remettent à un officier. Voilà une prise revenue dans le giron de la France !
Le 12 novembre les ambulancières participent à un déjeuner avec le RBFM durant lequel on octroie de nouveau au régiment la fourragère rouge, celle de la légion d'honneur. Leclerc, qui au départ avait une prévention contre les marins, les considérant comme des Vichystes, leur avait interdit de l'arborer. Mais il était revenu sur ses positions, constatant que les fusiliers avaient abattu de nombreux chars, et reconnaissant leur bravoure. Dès lors, il autorise de nouveau le RBFM, dont les marinettes font partie, à porter cette fourragère, que les fusiliers marins avaient gagné durant la première guerre mondiale, lors des combats sur l’Yser.
La campagne d'Alsace avec la prise de Strasbourg s'avère difficile mais le RBFM s’y distingue par son ardeur au combat. (…)
La résistance ennemie est terrible et les bombardements sévères : le 3ème escadron est bombardé à la cadence moyenne de 300 coups par jour à Gerstheim.
(Une ambulancière) passe Noël dans une cave, à Rhinau, en bordure du Rhin. Les marins y ont descendu une cuisinière pour faire cuire des aliments et se réchauffer. Le lendemain pourtant le lait est gelé ! Ils fêtent Noël du mieux qu’ils le peuvent, mais les Allemands ne sont pas loin et patrouillent.
(…)
Le 25 avril 1945 le RBFM au complet est acheminé vers l'Allemagne. Le 2ème escadron prend part le 4 et le 5 mai à la prise de Berchtesgaden, tandis que le reste du régiment va cantonner dans l'ouest de l'Ammerzee.
(Une ambulancière) est logée chez un couple Bavarois. Le mari fait prisonnier par les Russes, a eu les yeux crevés. Ils lui avaient fait subir cette torture avant de le renvoyer vers les siens, afin de montrer aux Allemands quel sort les attendait s'ils tombaient entre leurs mains.
(…)
Le RBFM a été cité deux fois à l'ordre de l'armée. Son 4ème escadron a été cité à l'ordre de l'armée pour son action à Dompaire, le 3ème escadron a été cité à l'ordre de la division pour son action à Royan.

Les hommes qui ont côtoyé les ambulancières ont d’abord été surpris de leur arrivée, puis conquis par leur bravoure, leur témérité et leur dévouement. Il y a eu d’ailleurs de nombreux articles de journaux à l’époque pour en témoigner. Mais j’ai préféré recueillir les éloges qui leur ont été faits de la bouche même d’un ancien fusilier du RBFM.
Il était second maître durant la campagne de France, chef de protection du peloton, c'est à dire aux côtés d'un blindé durant son avance, celui-ci étant “aveugle” et “sourd”: « Nous avons fait connaissance avec les marinettes en Angleterre. Nous avions été un peu surpris en apprenant que des femmes allaient se joindre à nous. Comme la plupart des hommes nous pensions que la guerre n'était pas une affaire de femmes, même si elles ne venaient pas pour se battre. Très vite nous avons été conquis par leur extrême gentillesse et leur grand courage. Nous avions beaucoup de respect pour elles, et jamais nous n'aurions touché à une marinette. Elles étaient nos « petites sœurs », c'est ainsi qu'on les surnommait. Elles nous apportaient un grand soutien moral, d'autant plus qu'elles n'avaient jamais peur, ou en tout cas, elles n'en montraient rien. Certaines étaient très croyantes et je me souviens que deux d'entre elles, au milieu d'un champ, vers Sées, ont prié Sainte Geneviève avec ferveur afin qu'elle protège Paris. »
C’était sans doute peu avant le 25 août !
(…)
…en 1945 une poignée de femmes persévère dans ce métier alors que la plupart mettent fin à leur carrière militaire : d’une part la Marine démobilise, d’autre part, il est peu courant en ces années-là qu’une femme mariée conserve son emploi. Il n'en reste plus que 700 début 1946, 125 en 1947. Pourtant la guerre d’Indochine se profile à l’horizon. La Marine nationale s'y engage.
Une équipe de vingt et une ambulancières embarque sur l'Eridan, en direction de ce qui est encore une colonie française. Leur contrat se prolonge afin de servir en Asie. Tout en affrontant un climat difficile les S.F.F. s’occupent non seulement des blessés et des malades, mais aussi des foyers où les hommes peuvent se détendre et boire un coup. De même, elles s'occupent de la correspondance et des expéditions de colis des marins, assurant même le transport du courrier jusque dans les stations fluviales les plus isolées. Elles ont en charge l'enterrement, sur place, des défunts ne pouvant être rapatriés.
La dernière marinette quitta le sol d'Indochine en 1956. Là encore leur présence maternelle et leurs attentions ont permis d'apporter soulagement et réconfort aux marins.

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