La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Groupement de marche en Indochine

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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mar 5 Avr 2016 - 17:58

9 mai 1946 : Rien à signaler de sensationnel depuis le début du mois, la ville est relativement calme. Attentats dans divers quartiers mais on s’y est habitué.

10 mai 1946 : Nous touchons nos chapeaux de toile qui font sensation dans Hanoï. Cela ne fait pas très militaire mais remplace avantageusement le casque lourd. Ce sera le chapeau de brousse plus facile à ranger dans son paquetage.

12 mai 1946 : Dimanche, prise d’armes au stade Mangin devant le Général VALLEY, Commandant des troupes du Tonkin, présentation par MASSU. Pas de permission pour la section pendant 4 jours, car certains n’ont pas mis leurs décorations et d’autres leurs galons du 1er jus. Il fait bien chaud et les chemises collent à la peau. Belle ovation de la part des spectateurs, la D.B. dégage au poil, nous sommes très fiers !!

18 mai 1946 : Le BORGNE passe Sergent Chef et COUSIN n’a toujours qu’un seul galon. Depuis quelques jours, les chinois semblent vouloir déménager avec leurs petits chevaux de montagne qui n’en peuvent plus et peinent sous le poids de leur chargement, des choses les plus hétéroclites les unes que les autres : vaisselle, tuyaux, bidets, lavabos, ravitaillement, nattes…
                       Une scène se passe devant nous entre un soldat chinois qui laisse s’emballer son cheval et un de ses supérieurs, pendant ce temps un de mes camarade en profite pour lui faucher sa mitraillette.

19 mai 1946 : Aujourd’hui c’est dimanche, il fait beau et chaud. Défilé devant l’Amiral THIERRY d’ARGENLIEU, le Gouverneur de l’Indochine, la foule est moins dense qu’au dernier défilé. J’aperçois Claude BEAUCARNOT, ce qui me vaut une algarade de mon chef. Les Viet-Minh ont défilé devant nous avec leur baïonnettes en bois peintes en blanc.

20 mai 1946 : R.A.S. Lettres de France, ma sœur Nicole me raconte le mariage des O’JANSON au Portail, elle y a retrouvé Marie-Jo et Serge.

22 mai 1946 : Une fois encore je suis désigné pour rendre les honneurs à l’Amiral THIERRY d’ARGENLIEU qui vient en tournée d’inspection à la Citadelle, il est toujours avec son sourire au coin des lèvres, MASSU semble satisfait.

29 mai 1946 : Il ne se passe pas grand chose depuis 8 jours : manœuvres, exercices, parcours de combat pour nous maintenir en forme, cela nous occupe toute la journée. La sieste est quand même la bienvenue et tous le soirs nous patrouillons dans les rues alentours pour faire la police. Tout est calme, je me suis inscrit pour faire du tennis de table, je suis en forme en ce moment et cherche à m’améliorer dans mon jeu.
                       Je chope 8 jours d’arrêt pour avoir perdu mon chapeau de brousse.

30 mai 1946 : Aujourd’hui c’est l’Ascension mais avec notre emploi du temps, nous n’avons pas le temps d’y penser. C’est aux lavabos que j’ai entendu les camarades en parler. Messe à l’église des Martyrs et le soir visite chez les BEAUCARNOT, lui est parti pour la France via Saïgon. J’allai le voir pour tenter de me faire embaucher dans sa société. Les derniers chinois sont toujours en train de déménager et partent vers la frontière de chine toujours aussi chargés et dans le même accoutrement qui fait rêver.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 6 Avr 2016 - 18:07


9 mai 1946 : Rien à signaler de sensationnel depuis le début du mois, la ville est relativement calme. Attentats dans divers quartiers mais on s’y est habitué.

10 mai 1946 : Nous touchons nos chapeaux de toile qui font sensation dans Hanoï. Cela ne fait pas très militaire mais remplace avantageusement le casque lourd. Ce sera le chapeau de brousse plus facile à ranger dans son paquetage.

12 mai 1946 : Dimanche, prise d’armes au stade Mangin devant le Général VALLEY, Commandant des troupes du Tonkin, présentation par MASSU. Pas de permission pour la section pendant 4 jours, car certains n’ont pas mis leurs décorations et d’autres leurs galons du 1er jus. Il fait bien chaud et les chemises collent à la peau. Belle ovation de la part des spectateurs, la D.B. dégage au poil, nous sommes très fiers !!

18 mai 1946 : Le BORGNE passe Sergent Chef et COUSIN n’a toujours qu’un seul galon. Depuis quelques jours, les chinois semblent vouloir déménager avec leurs petits chevaux de montagne qui n’en peuvent plus et peinent sous le poids de leur chargement, des choses les plus hétéroclites les unes que les autres : vaisselle, tuyaux, bidets, lavabos, ravitaillement, nattes…
Une scène se passe devant nous entre un soldat chinois qui laisse s’emballer son cheval et un de ses supérieurs, pendant ce temps un de mes camarade en profite pour lui faucher sa mitraillette.

19 mai 1946 : Aujourd’hui c’est dimanche, il fait beau et chaud. Défilé devant l’Amiral THIERRY d’ARGENLIEU, le Gouverneur de l’Indochine, la foule est moins dense qu’au dernier défilé. J’aperçois Claude BEAUCARNOT, ce qui me vaut une algarade de mon chef. Les Viet-Minh ont défilé devant nous avec leur baïonnettes en bois peintes en blanc.

20 mai 1946 : R.A.S. Lettres de France, ma sœur Nicole me raconte le mariage des O’JEANSON au Portail, elle y a retrouvé Marie-Jo et Serge.

22 mai 1946 : Une fois encore je suis désigné pour rendre les honneurs à l’Amiral THIERRY d’ARGENLIEU qui vient en tournée d’inspection à la Citadelle, il est toujours avec son sourire au coin des lèvres, MASSU semble satisfait.

29 mai 1946 : Il ne se passe pas grand chose depuis 8 jours : manœuvres, exercices, parcours de combat pour nous maintenir en forme, cela nous occupe toute la journée. La sieste est quand même la bienvenue et tous le soirs nous patrouillons dans les rues alentours pour faire la police. Tout est calme, je me suis inscrit pour faire du tennis de table, je suis en forme en ce moment et cherche à m’améliorer dans mon jeu.
Je chope 8 jours d’arrêt pour avoir perdu mon chapeau de brousse.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Jeu 7 Avr 2016 - 19:03

Pour vous laisser apprécier le travail de retranscription effectué.. et encore , ce n 'est pas la pire!! Confused

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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Jeu 7 Avr 2016 - 19:21

30 mai 1946 : Aujourd’hui c’est l’Ascension mais avec notre emploi du temps, nous n’avons pas le temps d’y penser. C’est aux lavabos que j’ai entendu les camarades en parler. Messe à l’église des Martyrs et le soir visite chez les BEAUCARNOT, lui est parti pour la France via Saïgon. J’allai le voir pour tenter de me faire embaucher dans sa société. Les derniers chinois sont toujours en train de déménager et partent vers la frontière de chine toujours aussi chargés et dans le même accoutrement qui fait rêver.

31 mai 1946 : Ce matin, grand nettoyage du cantonnement car notre “oncle” HO-CHI-MINH vient nous faire une petite visite amicale avant son départ pour la France, pour les “accords de Fontainebleau”.
MASSU et VALLUY lui présentent les lieux et quelques blindés pour lui montrer un peu notre force et l’impressionner. Ils montrent aussi notre bar D.B. avec toutes ses peintures murales remémorant toutes les campagnes de la Division. Puis, il y a une conférence à la salle de lecture dans laquelle on vient de terminer les peintures et l’immense insigne D.B. très réussi. Dans cette salle, notre président du Viet-Minh nous exhorte à une franche camaraderie avec ses soldats et il saluera notre pays pour nous. Quand il sort, une pluie torrentielle mouille notre petit homme à la barbiche devenue à la mode. Il a un imperméable qu’il remet à MASSU et GIAP (son ministre de la guerre) remet le sien à VALLUY, c’est plutôt risible. Les pauvres…ils ne sont pas riches évidemment mais ils sont aisés.


1er juin 1946 : Quelle chaleur ! Les nuits sont presque aussi chaudes que les jours, ce n’est pas reposant. Tous les deux jours, je suis de permanence “radio” au bataillon. Je sors peu en ville. Ce n’est pas assez sûr en ce moment et puis il fait trop chaud pour faire quoi que ce soit.

9 juin 1946 : Grand Messe à la Cathédrale d’ Hanoï pour la pentecôte. Affreux monument mais qui possède une chaire ciselée de toute beauté. Bon déjeuner pour ce jour mais il fait une telle chaleur qu’il est difficile de faire la sieste sous notre moustiquaire, on semble manquer d’air en dessous.

11 juin 1946 : Le Général LECLERC est parmi nous et c’est toujours ma compagnie qui est de service pour l’accueillir. Je n’y coupe pas non plus pour les honneurs. Mais pour lui, rien n’est trop pénible même par cette chaleur étouffante.

14 juin 1946 : Nous touchons enfin une nouvelle tenue française, un peu comme celle des gourkas, l’armée n’est toujours pas très riche et jusqu’à maintenant c’était des tenues héritées des stocks japonais. En France, j’avais déjà touché une tenue anglaise quand j’étais aux F.T.P ! en Normandie. Ce soir, je vais au cinéma voir « Nous les gosses ».

15 juin 1946 : Nous entrons ces jours-ci dans des périodes de fêtes d’anniversaires et de cérémonies pour préparer « L’appel du 18 juin 1940 » du Général de GAULLE.
Aujourd’hui, c’est la remise du fanion de la Compagnie par le Colonel MASSU qui nous fait l’historique du 2ème bataillon dont est issue la 14ème Compagnie avec pour devise « Pas de mollesse » sur une face et un chameau (insigne du Tchad) sur l’autre face, avec liste de toutes les campagnes du « Régiment de Marche du Tchad ».
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Ven 8 Avr 2016 - 19:09


16 juin 1946 : Messe officielle en l’église des Martyrs pour les morts de la guerre, l’après-midi match de foot et le soir c’est un grand bal au mess de garnison. Nous sommes de patrouille et on se fait tirer dessus comme des rats route de Hué, devant le cinéma Olympique. Notre obusier entre en action et fait quelques dégâts, ce qui nous permet de rentrer sans encombre au quartier.

17 juin 1946 : Ce matin je vais au théâtre. C’est, en plus petit, le même que l’Opéra de Paris. J’y vais pour préparer la fête de cet après-midi où il y a une séance officielle. Je m’occupe du bar de la 2ème D.B., les enchères vont bien et nous encaissons plus de 5000 piastres avec les enchères à l’américaine. Le soir, quand nous rentrons, c’est sous une pluie torrentielle avec des coups de feu qui partent du boulevard pendant l’inauguration du Hall d’information par le Colonel MASSU. L’atmosphère est toujours pesante, on n’est pas très en sécurité en cette ville.

18 juin 1946 : Grand anniversaire de “l’Appel du Général de GAULLE”. Cérémonie au monument aux morts avec défilé mais seule la 14ème Compagnie y participe, il fait très chaud et les chaussures collent à la peau. L’après-midi, il y a kermesse, gâchée en fin de soirée par une pluie torrentielle mais bien reposante.

19 juin 1946 : Faux départ de la 15ème Compagnie, les camarades sont sur les dents, à toujours faire et défaire le matériel et le paquetage des voitures pour finalement être en alerte en fin de journée.

20 juin 1946 : C’est aujourd’hui mon anniversaire, un an de plus sur mes épaules, 24 ans. On me fait une petite fête mais il faut se préparer à partir pour Long-Son. Gare aux coups de soleil, il est ardent dans l’half track sur la route et il n’y a pas un souffle d’air. Pendant que nous monterons sur Long-Son, nos officiers Le BORGNE et MARCOUF partent se reposer à Dalat, dans la montagne, pour quelques jours.

23 juin 1946 : Le matin de bonne heures, nous sommes sur les dents, nos voitures sont prêtes et il fait très chaud, on est en nage et nous attendons les ordres pour démarrer. Pluie torrentielle toute la journée, nous n’avons pas grand chose à faire par ce temps là, c’est une chance. Nous n’avons qu’à attendre les ordres de départ.

24 juin 1946 : Aujourd’hui, ce sont les fiançailles de BERNE, notre Capitaine. Le soir, je vais chez les BEAUCARNOT où je retrouve Sabine de SAINT MARTIN, elle est toute belle pour les fiançailles, nous n’avons pas l’habitude de la voir ainsi ! Elle semble avoir retrouvé la vie civile.


14 juillet 1946 : Fête nationale à Hanoï, le Général LECLERC est là. Bien entendu cette fête a donné pour nous toute sa signification à Hanoï comme dans une famille lorsque le père, absent depuis longtemps, retrouve ses enfants réunis. Les hymnes français, américains, anglais, chinois et viet-minh sont joués successivement, cela devient un véritable concert interallié.
Puis le “Père” LECLERC remet les décorations, à LEFEBVRE qui reçoit la médaille militaire et aux capitaines BERNE et LEMIERE qui reçoivent la Croix de la Libération. Puis nous défilons une énième fois devant notre chef qui nous annonce sa 5ème étoile. Cela se fête le soir au Cercle Nautique où les hanoïens eurent quelques frissons avec les pétards chinois, ils crurent à une attaque viet. C’est la fête pour tout le monde avec aussi des émotions.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Sam 9 Avr 2016 - 17:58


J’ai retapé cette lettre de votre père car elle était écrite sur du papier « pelure » et était quasiment illisible.





Hanoï, ce 2.7.46


Mon vieux Serge,
Comme tu peux le constater, je viens de t ‘envoyer 5000 balles aujourd’hui. J’espère que tu pourras les employer utilement et qu’ils te rendront service. Tu me les rembourseras en piastres à la valeur du jour (17F la piastre) si tu viens ici. Si tu restes, tu les verseras à mon compte Caisse d’Epargne. Je ne peux encore te donner de réponse affirmative quant à ma situation, je n’ai pas le temps en ce moment de monter en ville pour m’en occuper mais j’espère que l’on s’en occupe activement car on commence à parler sérieusement de la quille. Nous quitterons le Tonkin à la fin de juillet. Ici, les évènements se calment malgré quelques incidents sans importance de part et d’autre. C’est aujourd’hui que nous recevons le courrier et j’attends de nombreuses lettres de chacun d’entre vous ainsi que de Marie-Jo dont la dernière lettre date du 12 mai, cela fait long mais elle semblait à bout. Ici, tous les civils espérant partir s’en vont ce mois-ci, c’est le moment de trouver quelque chose, y-arriverais-je ? Je pense que Maman ne va pas tarder à recevoir son café, je lui prépare du riz et suis en train de voir pour la soie, c’est assez cher : 50piastres le mètre pour la toile de soie et 70piastres la soie pure à raison, paraît-il 1m50 par blouse, cela fait pour deux blouses ou corsages 200piastres pour le moins. Déjà les 300 que je t’envoie sans avoir touché à mes économies des mois précédents sont pour ce mois-ci très dur pour faire la soudure mais je voudrais te dépanner pour que tu te décides à quelque chose. Il y a longtemps que tu traines sans rien faire et sans avoir prévu cela pécuniairement parlant. Remarque, il est possible que si je retournais en France immédiate-ment je sois quelques temps inactif, mais j’ai le temps de me retourner avec ce que j’ai.
Avant-hier, enfin, j’ai pu avoir toute ma journée de dimanche et suis allé chez des amis tchèques, directeur de la succursale Bata, jeune ménage de 3 enfants très mignons et qui s’entendent fort bien avec moi. Soirée très calme où j’ai rencontré un certain Roger de la Vallette qui avait été à Bray et Lu pour la garde des postes l’an dernier à notre retour d’Allemagne alors que j’étais à coté de Meaux. Evidemment, il avait entendu parler de moi et nous avons agréablement reparlé du village. Puis avant de diner tous ensemble, nous avons décidé d’aller danser au cercle de la D.B. ; précédemment installé chez les sœurs, le préau bien aménagé mais trop petit quoique très intime comme cercle, fut transporté à l’école des Frères dans une salle immense (probablement la salle des prix) : très grande piste de danse, belles décorations murales genre XVIIIème siècle, un monde fou, une chaleur irrespirable car on n’a pas eu le temps d’installer des ventilateurs. Bref, plein succès pour la D.B. mais manque total d’intimité qui est bien agréable. Enfin, devant une telle affluence nous sommes rentrés à la maison prendre, en tête à tête un paddis-soda (alcool de riz) avant de nous mettre à table. Tu vois, en somme, rien de bien spécialement neuf à te raconter, peut-être les nouvelles que j’attends seront plus intéressantes.

Bien à toi mon vieux Serge.




Jacques
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Sam 9 Avr 2016 - 19:30

Hanoï le 02 Avril 1946

Ma Chère Maman

Rien de bien neuf à vous signaler depuis ma dernière lettre.
Nous sommes toujours et pour longtemps cantonnés à la citadelle d’Hanoï ou nous retrouvons l’insupportable vie de caserne que beaucoup ignoraient , avec toutes les corvées,les gardes et les exercices…et les punitions !Enfin, la guerre semble terminée et une lueur d’espoir est arrivée ces jours-ci. En recevant de Saïgon la réponse officielle à ma demande d’entrée dans une plantation Cambodgienne.
Ma demande est allée directement à l’Amiral Thierry d’Argenlieu,Haut commissaire, et j’ai demandé à Madame de Rosny du secours social, de bien vouloir presser les démarches en vu de ma démobilisation.
Je toucherais 600 piastres par mois comme débutant, assistant +200,de vie chère + 100, + 100 par coolie avec un maximum de 5.A coté de nos malheureuses 226 piastres par mois,on croirait toucher une solde royale. Quand à Serge, il ne demande pas mieux, mais préfère qu’il attende mes premières impressions de débutant parce qu’ici un type qui vient d’Europe demandé par la société paye son voyage qui lui est avancé. Il doit le rembourser pendant la première année de son contrat. C’est déjà un avantage pour ceux qui sont arrivés ici du fait des événements. Le contrat est de 4 ans dont un an de stage aux taux indiqués ci-dessus. Voici la principale nouvelle que j’ai à vous signifier.
Ici à Hanoï la vie est relativement calme si ce n’est qu’un peu trop souvent pour ne pas dire tous les soirs, quelques camarades se retrouvent avec un « porte-manteau » dans les reins. Dimanche il y en a eu 5, Hier matin c’était les chinois qui en ville s’étaient emparés de notre Commandant. Le chauffeur a eu le temps d’envoyer pâr radio un sos. Il était déjà entouré de 2 compagnies chinoises, F.M braqués sur la jeep. Lorsqu’arrivèrent nos chars qui par leurs formes imposantes suffirent à disperser ces fanfarons de l »empire du milieu ». Vraiment ils y vont un peu fort et si nous ne rongions pas notre frein,il y a longtemps nous nous leur serions rentré dedans parcequ’à chaque fois ce sont eux qui commencent.
Le Viet-Minh (l’armée) semble assez disciplinée à notre égard , mais la masse qui meurt radicalement de faim nous attaque en nombre le soir à la nuit lorsque nous rentrons au quartier. Il nous déshabillent, nous volent, et bienheureux lorsque l’on s’en tire ainsi !(pour moi ce n’est pas encore arrivé)puis ils revendent le butin afin de se nourrir un peu .A Haïphong on voyait les gens mourir sur le trottoir, atteint par la faim. Se sentant partir ,ils se rangeaient dans un coin, entours dans une natte et les gens passaient à coté sans sembler y prendre garde. Drôle de pays que ce Tonkin : c’était avant un pays de cocagne , mais les gens sont préssés de quitter cette atmosphère et pourtant quoi qu’ayant beaucoup plus souffert surement qu’en Cochinchine, ils s’en plaignent beaucoup moins et sont moins démoralisés.
Ma santé est bonne malgré une légère bronchite ,Il fait sec depuis 3 ou 4 jours et la chaleur semble arriver lentement. Je pense que vous allez tous bien et attend de vos nouvelles . Vos dernieres datant du 07 Mars.
Je vous laisse ma chère Maman ainsi que toute la famille. Le moral est bon et ne vous inquiétez pas trop pour moi.
De tout cœur, je vous embrasse pour vous dire bonsoir.
Jacques
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Dernier échange épistolaire avant la reprise des aventures..   Lun 11 Avr 2016 - 15:01

le mal jaune , une belle Congaï,l'envie de continuer l'aventure ou de bien vivre loin des difficultés de la métropole??
Je ne sais pas, car je n'en ai jamais parlé.Dommage. Mais à part cette lettre, rien.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mar 12 Avr 2016 - 16:39

15 juillet 1946 : Nous apprenons par la radio de Long-Son que mon camarade FLEJO, parti hier avec MONTFREDY, BERNE et LEMIERE, ont dérouillé, d’ici je les sens heureux. Pour moi, je passe encore à coté.

22 juillet 1946 : Le deuxième détachement est parti pour Long-Son, quelque uns restent pour partir en détachement précurseur à bord du “Maréchal Joffre” le 17 août. Le soir, je faire mes adieux à des amis et rentre pour être de garde aux voitures qui sont chargées et prêtes pour le départ.

23 juillet 1946 : Nous attendons toujours les ordres de départ pour Long-Son prévu pour le soir et sommes impatients de changer d’air. Ce soir, patrouilles mixtes (avec des Viets) en H.T. place Bichat. Rien à signaler comme la plupart du temps et c’est mieux comme cela.

24 juillet 1946 : Je vais dire adieu à Nicole et Claude qui partiront peut-être bientôt. Nicole n’est pas bavarde et n’exprime pas sa joie. Quelle drôle de marraine j’ai eu là ! Enfin, avant de me quitter, elle m’offre quand même très gentiment (en cadeau souvenir) un étui à cigarettes en argent avec des motifs ciselés représentant les motifs des temples d’ Angkor au Cambodge où j’aurais tant voulu aller !
                           Nous apprenons que cela ne va pas tout seul à Dong-Dang. Chic, on va avoir de quoi s’amuser. Nicole me donne aussi un fanion tricolore en soie pour mettre sur mon H.T, à l’antenne de ma radio.







25 juillet 1946 : Fête de la Saint Jacques et de la St Christophe. C’est notre tour de partir, enfin et de monter sur Long-Son. Cela va nous changer, on va aller voir les chinois en Chine, fini cette discipline de caserne.
                           5h, branle-bas et à 5h30 nous quittons la citadelle, le Pont Doumer se passe assez facilement. La route est désastreuse, partout des rizières appartenant aux Missions catholiques. Les nha-qués qui repiquent le riz accroupis et je pense aux bineurs de betteraves comme quand je travaillais dans ma ferme du Val Corbon l’an dernier en Normandie mais nous n’avions pas de l’eau jusqu’au ventre comme eux. D’autres labourent leurs champs à l’aide d’une charrue préhistorique tirée par un énorme buffle avec de l’eau jusqu’au poitrail.
                           Devant nous, une de nos voitures avance lentement, nous essayons de la dépasser, elle a une durite qui fuit. Après plusieurs essais pour la dépanner, nous remorquons nos camarades jusqu’à Phulong-Thuong, où nous devons rester pour le temps de la réparation dans le village car l’équipe de la 15ème compagnie et le Capitaine COMPAGNON reviennent vers Hanoï. Enfin, nous repartons, il fait très chaud sur la route et, à 25km de ce village, on entend la bagarre alors nous stoppons et c’est à notre tour de tomber en panne.
Décidément nos véhicules commencent à être bien fatigués après six mois de campagne et ce n’est pas fini. Par quel miracle nous ne sommes pas tombés dans la rivière que nous venons de traverser, nos saints patrons nous ont bien protégé, j’avais l’intuition qu’il nous arriverait quelque chose.
                               Le groupe HENTZ reste avec nous pour nous protéger car nous devons passer la nuit dans cette brousse. Nous ne pouvons pas réparer nous-mêmes et il faut attendre l’arrivée du matériel de remplacement. Nous tendons notre tente pendant qu’une pluie diluvienne s’abat sur nous et transforme notre couche en un véritable marécage. Il faut faire avec, je couche sous ma guitoune avec WATEL. Il est 16h lorsque je m’étends enfin pour me reposer, je suis très fatigué de cette journée. Pendant ce temps, mes camarades organisent la garde et étudient les positions de défense, dans nos véhicules car le quartier est dangereux. Nos munitions nous permettent de tenir un bon moment en cas d’attaque et d’attendre les renforts. Nous démontons les phares pour en faire des projecteurs et permettre de surveiller les alentours. La sentinelle est en position à la mitrailleuse et moi je suis de garde de 2 à 4h. Dans cette brousse et dans l’attente, nous retrouvons l’atmosphère des bons moments que nous vivions en Cochinchine, ignorés de tous au milieu des singes, tigres et autres animaux sauvages. Ce moment que nous sommes heureux de vivre en ayant quitté l’air de la Capitale (Hanoï) où, chaque nuit, dans l’ombre, un poignard guettait certains d’entre nous. C’est SANGLEBOEUF qui devra cette fois se faire descendre quelques jours après dans la rue du coton à Hanoï.                          
                           Ici, sur le terrain, nous attendons le “gibier” qui a peur de se présenter. Notre guerre est trop dangereuse pour ces Viets qui préfèrent nous surprendre par derrière.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 13 Avr 2016 - 18:57

26 juillet 1946 : Vers 7h, nous sortons des tentes, tous trempés mais les moustiques ne nous ont pas ennuyé. MARCOUF essaie d’aller chasser pendant que nous préparons le petit déjeuner et que les autres vont faire leur toilette à la rivière. Les Nha-qués passent sur la route et vont au marché vendre leurs poules ou leurs légumes. Les cars réguliers Hanoï/Long-Son sont chargés jusque sur les toits.
A 10h, le camion dépanneur arrive avec le Lieutenant VALLAT qui change notre flèche et, à midi, nous sommes prêts pour redémarrer. La route est belle et bonne, cela se remarque et tout à coup…ça grille, c’est le couvercle de la boîte à accus qui traîne par terre, les boulons avaient été mal resserrés et nous les avons perdu. Heureusement que nous avons de la ficelle et du fil de fer pour remédier au mal et ainsi nous pourrons arriver à Long-Son. Pauvre H.T., Paris/Saïgon, elle en a vu de toutes les couleurs.
Nous sommes arrêtés au beau milieu de la route car deux cars se sont immobilisés et les chauffeurs tentent de parlementer mais, avec MARCOUF, ils ne savent pas à qui ils vont avoir à faire. Ils attendent et nous, nous prenons tout notre temps. Enfin, nous arrivons dans la montagne et admirons le paysage sous une pluie torrentielle, nous sommes trempés. Un abri en haut de la montagne nous offre quelques instants de répit. A 16h, nous arrivons enfin à Long-Son. A l’entrée, un Viet-Minh hésite à nous laisser passer, nous faisons semblant de dégoupiller une grenade et tout rentre dans l’ordre, il se fait tout petit et rentre dans son blockaus de terre.
Tout au bout de la ville se trouve le grand boulevard et le P.C. des Capitaines BERNE et SUZAINE. Devant le notre, nous stoppons. Dans l’H.T. derrière nous, le chauffeur regarde des copains arrivés la veille, il s’aperçoit trop tard que nous sommes arrêtés devant lui et son frein ne répond plus. Il fait un choc violent sur notre coffre et s’en tire avec son radiateur crevé et 8 jours d’arrêt. Décidément, il est grand temps que nous arrivions, nos voitures sont bien fatiguées, deux accidents en 24h, c’est beaucoup et pour le moral aussi !
Nous nous installons dans les baraquements et le Lieutenant TABUTEAU nous donne un aperçu de nos activités futures. La ville se trouve sur une large rivière, nous sommes sur ses berges dans la maison de la Société Electrique du Tonkin. Il semble y avoir ici encore bien des boutiques chinoises, il est vrai que la Chine n’est qu’à 20km d’ici. Toujours est-il qu’il fait moins chaud qu’à Hanoï.

27 juillet 1946 : Nous faisons un tour de patrouille dans le quartier, inspectons les lieux et la ville que nous n’avons pas eu le temps de visiter hier en arrivant. Il paraît que le plus gros du travail c’est la recherche de “Français/Viets” et de Japonais en vadrouille qui ne veulent pas se faire prisonniers.

29 juillet 1946 : Nous faisons une patrouille sur la route de Dong-Dang et portons le ravitaillement à la section LEVY, ils sont heureux dans ce bled presque chinois. Ils ont dérouillé avec MASSU et leur canon de 57 !



31 juillet 1946 : Le lieutenant TABUTEAU va en H.T. faire une sortie de reconnaissance sur la route de Loc-Binh à 7km de Lang-Son. Sa voiture tombe dans une trappe, fortes secousses, heureusement il n y a pas de blessés mais “Paris-Saïgon” a le pont avant bien près de ses chenilles !! la voiture est morte. (Une trappe en Indochine c’est un grand trou de 20m sur 20, profond de 2m et placé sur une route, un chemin ou un passage. A l’origine pour attraper des éléphants ou des tigres. Dans une trappe sont enfoncés des piquets en bambou bien acérés pour blesser voire tuer la bête qui tombe dedans. Le trou est fermé par un couvercle de bambou recouvert d’herbe, de mousse ou de cailloux, ce qui le rend invisible).
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Passage oublié lors de la traversée d'arrivée.    Mer 13 Avr 2016 - 19:49

6 Octobre 1945

Au rapport, une note du Commandant Foude ;ex capitaine de la 7°Compagnie intitulée : « Notre Devoir »
- Le monde entier connait les exploits de la 2°DB,dont le Général de Gaulle a dit le 25/12/44 :qu’aucune unité ; d’aucun pays, en aucun temps ; n’a fait autant.
- Pour un combat d’un jour, il y a 10 jours d’inaction relative, qu’l faut employer uniquement à se perfectionner.
- Il n’y aura jamais de repos absolu avant la fin de la guerre, sans sauf au cœur des permissionnaires auxquels il faut songer le moins possible.
- S’il s’agissait de se battre et après la bagarre, se reposer et s’amuser. Et alors la guerre serait le plus envié des sports. Il est à la porté de tous de risquer sa peau bravement dans un combat il est difficile et assez méritoire ,le combat terminé, de travailler à préparer le suivant sans relâche et avec obstination.
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MessageSujet: 1 Aout 1946   Jeu 14 Avr 2016 - 19:45


1er août 1946 : La section PASTOUREL part à Dong-Dang relever la section LEVY. LEMOINE ainsi que nos camarades MARTEL et GODIN sont désignés pour y aller. Il paraît que l’on y est tranquille, que l’on fait quelques sorties et que l’on mange bien. C’est la belle vie sans la discipline de la Citadelle. Je suis radio de la Compagnie, pour ce jour, je ne fais donc pas partie du convoi mais je suis à l’écoute à tout appel au secours.

2 août 1946 : Il fait beau, je vais chercher de l’eau à la rivière. A 6h, LEFEBVRE m’annonce que je pars demain comme radio sur l’H.T. de commandement pour escorter le convoi qui revient d’Hanoï. CAILLE est malade et c’est moi qui le remplace. Enfin une sortie sérieuse ! MILLET et les autres me font maintes recommandations pour le courrier et la solde de juillet. Je les rassure, je n’emporterai rien puisque nous devons être de retour dans l’après midi.

3 août 1946 : A 7h, nous sommes prêts et nous partons dans l’H.T. de MARCOUF et descendons en vitesse, direction Hanoï. On doit attendre un autre convoi à quelques kilomètres de là. Le piper nous survole au plus près et au col nous stoppons pour admirer les montagnes à 20km de Long-Son.
La route est belle, mon H.T. est précédé des jeeps du Général LECLERC. A un bout du convoi, l’ennemi se met à tirer, les nha-qués sont en train de faire des barrages avec les voitures. Quelques balles tirées suffisent à faire revenir l’ordre et nous poursuivons notre route. Le piper est là pour nous prévenir qu’il y a maintenant des arbres couchés sur la route et qui doivent arrêter notre progression, il y a danger. Alors nous prenons les dispositions de combat pendant que de toutes parts on commence à nous tirer dessus.


TABUTEAU fait appeler le lieutenant MARCOUF et c’est la déroute des Viets-Minh pour dégager le passage et protéger les avants avec l’H.T. Le chemin est vite ré-ouvert. Une fois les trous de la route rebouchés, les hommes regagnent leur véhicule quand, tout à coup…les Viet-Minhs nous tirent dessus en queue de convoi et MARCOUF réagit en tirant sur la citadelle située près de la route où mes camarades font sauter une position viet à la grenade. Nous repartons en vitesse car nous sommes en retard sur notre horaire mais, tout à coup, j’entends une explosion, le convoi est de nouveau arrêté dans cette forêt par plusieurs fortes explosions autour de mon véhicule qui se trouve recouvert de terre avant que nous puissions nous rendre compte de ce qui se passe. Nous voyons que c’est un mortier qui nous prend pour cible, nous nous protégeons sous le blindage et il était temps car la route est creusée en plein milieu du virage, encore des trappes.
Etant arrêtés, ils en profitent pour nous tirer dessus, ils sont perchés dans les arbres de cette épaisse forêt et leur position semble bien solide, nous ne pouvons pas les voir. Le Lieutenant LECLERC (fils du Général) est blessé de plusieurs éclats dans la cuisse. Nous lui faisons un pansement de fortune pendant que les camarades tirent dans toutes les directions pour nous protéger. TABUTEAU fait passer l’obusier devant nous et lui fait tirer quelques obus dans la colline. L’un deux explose dans les arbres et aussitôt le calme est rétabli ce qui nous permet de repartir. Tout cela ne nous a pas avancé et les grenades ont détérioré ma radio, qui fonctionne maintenant très mal. Je transmets les ordres par gestes au risque de me faire descendre, on entend les conversations ce qui gène beaucoup mes émissions et je ne peux plus envoyer de messages.
Au fur et à mesure que nous avançons dans la brousse, de nombreux fusils nous prennent pour cible, nos armes crachent sans répit, c’est un vrai plaisir et cela ne nous empêche pas de poursuivre notre route. Il faut que l’on passe, nous sommes attendus. Maintenant, c’est la rizière et derrière les buissons, les rebelles nous tirent comme des lapins ! C’est quand même dangereux de se promener dans ces parages. Quelques tirs de mortier pour intimider l’adversaire et leur montrer que nous arrivons. TABUTEAU, un biffin de la 1ère heure, de la D.F.L (Division Française Libre) n’est pas habitué à entendre autant tirer dans cette région et nous engueule parce que nous dépensons trop de munitions pour rien.
A Koï, l’asile de fous qui nous accueille est un vrai blockaus, on n’y voit pas un chat dans les alentours et nous avons laissé en panne un H.T. MARCOUF et HERNTZ envoient une automitrailleuse pour protéger ceux qui sont en panne. De plus, il ont un mort, c’est KRASLICH, c’était brave type et un bon camarade.
A 17h, nous arrivons à Phu-Long-Tuong, suivis de près par MARCOUF qui ramène le corps de KRASLICH (103 km en une journée !) Nous trouvons une partie du convoi plus ou moins bien installée à Bach-Ninh (130 km de Hanoï), certains véhicules ne sont pas beau, en particulier un command-car radio. On nous amène les morts dans une pièce, ils sont quatre pour le moment. A 20h, un dodge nous amène des Viets et deux Français qui furent faits prisonniers et étranglés à la main, un septième expirera dans la nuit. Les blessés râlent, quelques uns sont littéralement défigurés d’une balle retournée. Un lieutenant a une jambe très abîmée et craint que l’on ne soit obligé de la lui couper. Un toubib du convoi fait ce qu’il peut mais il n’a pas de lumière pour opérer ni un seul médicament pour prodiguer les premiers soins. Il fait appel à Hanoï pour qu’on lui parachute des médicaments. Tout le monde est fatigué. On essaye d’envoyer à Long-Son les blessés les plus touchés mais il est 18h et la nuit tombe vite, c’est de la folie de partir ainsi…
Un officier Viet (prisonnier) monté dans un dodge, à coté du chauffeur avec un grand drapeau rouge à étoile jaune (couleurs du drapeau Viet-Minh) sur le capot, espère par ce moyen faire le voyage sans trop de souci. Au bout de quelques kilomètres il est obligé de faire demi tour, on lui tire dessus et il ne va pas exposer les blessés ? Il pleut à torrent et il n’y a pas d’emplacement où coucher.
Je m’étend sur mon poste de radio et les moustiques s’en donnent à cœur joie, quelle nuit !!! Toute la nuit, le tam-tam n’a pas cessé de se faire entendre et tout cela au milieu des cris de souffrance, ce fut une nuit bien lugubre.

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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Ven 15 Avr 2016 - 10:35

Citation du Lieutenant Henri Leclerc de Hautecloque :
ORDRE GENERAL N°89 DU 25.02.1947 DU GENERAL DE DIVISION VALLUY, COMMANDANT SUPERIEUR DES TFEO. PORTANT NOMINATION DANS L'ORDRE DE LA LEGION D'HONNEUR AU GRADE DE CHEVALIER.
"JEUNE ET BRILLANT OFFICIER D'UN COURAGE ET D'UN ALLANT AU-DESSUS DE TOUT ELOGE, COMMANDANT DE L'AVANT-GARDE DE LA COLONNE ENVOYEE A LANGSON SUR BAC NINH LORS DE L'ATTAQUE DU 3 AOÛT 1946, A REUSSI, GRÂCE A SON SANG-FROID ET A LA SÛRETE DE SA DECISION, A SE DEGAGER D'UNE EMBUSCADE DANS UN TERRAIN PARTICULIEREMENT DIFFICILE, EN INFLIGEANT DES PERTES SEVERES A L'ENNEMI. A ETE BLESSE AU COURS DE L'ACTION".
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Sam 16 Avr 2016 - 18:24

4 août 1946 :  Couché sur mon poste de radio, j’ai mal aux reins. Ce matin je ne suis pas trop trempé mais c’est un vrai tour de force par cette pluie diluvienne. Un type est mort cette nuit à 2heures, j’ai entendu son dernier râle et le toubib m’a demandé l’heure exacte pour établir son acte de décès. Les autres blessés gémissent et le toubib n’en peut plus. A 9h, nous allons sur le terrain d’aviation mais l’avion ne peut pas se poser, le sol est trempé pour faire un atterrissage et il doit parachuter quatre containers de médicaments dont nous assurons la protection. On dirait que nous sommes assiégés. C’est très drôle.
                        Ce qui l’est moins, ce sont tous ces pauvres types qui sont de corvée pour creuser les fosses mortuaires. Il pleut tellement que la terre retombe dans le trou à chaque pelletée. A 3h, nous enterrons les corps de nos 7 camarades dont celui de KESLICK. Je suis avec les Lieutenant TABUTEAU et VERY pour représenter la 14ème Compagnie, les autres sont de garde ou font la sieste. Les cercueils surnagent dans les trous pleins d’eau, c’est bien triste à voir et dire que le Lieutenant assistait comme par anticipation à son prochain enterrement. Heureusement que les familles n’assistaient pas à ce terrible moment.

5 août 1946 : Le Lieutenant TABUTEAU nous annonce que nous ne partons que demain car la route que nous devions prendre est coupée, un pont a sauté et il faut attendre que le Génie arrive pour la réparation. Ils arrivent vers 9h, la journée se passe dans la boue et sous la pluie. Les sapeurs font ce qu’ils peuvent pour nous nourrir mais c’est maigre, nous touchons du biquet et du riz mais rien pour faire cuire. Le premier sera fait au grill et le deuxième mélangé avec du pâté. Il faut bien manger et l’indigène ne veut rien nous vendre et nous n’avons bientôt plus rien à manger. A midi, le reste du convoi arrive d’Hanoï, nous pourrons démarrer demain si tout va bien. Phu-Long-Thuong a tout à fait cet aspect de guerre, point de jonction des troupes montant au front et ceux qui descendent dans la boue la plus épaisse.

6 août 1946 : J’ai dormi dans la grande salle du Cercle. A 6h, branle-bas pour le départ. GODIN  nous fait un bon thé, TABUTEAU l’apprécie mais il ne semble pas dans son assiette. Il me donne ses derniers ordres de radio avant le départ et me demande d’aller lui chercher ses affaires dans sa chambre. Nous mangeons dans une épaisse boue un peu sur le pouce. Le lieutenant hésite à prendre une jeep ou un H.T. mais mon poste ne marche toujours pas, c’est la panne.
                        La voiture ferme donc le convoi avec le Lieutenant MARCOUF et “Grand-Père” VERY avec son lot de grenades autour du cou. Le Lieutenant THOMAS monte dans sa jeep blindée et, à 8 heures, le convoi s’ébranle. Derrière nous il y a l’automitrailleuse de PRIEUR qui peut émettre mais ne peut pas recevoir. Moi dans mon H.T. c’est tout le contraire, je peux recevoir mais pas émettre, on va essayer de se compléter. C’est un vrai problème de faire à nous deux le travail d’un seul poste. Par gestes, nous y arrivons tant bien que mal, en plein milieu de la bagarre.
                        Mais à 20km de Phu-Long-Thuong, l’automitrailleuse reste en panne et m’envoie un message pour me prévenir que nous ne pourrons plus transmettre les ordres que je recevais du convoi. Le convoi s’arrête aussitôt dans la montagne, les ordres nous donnent 20 minutes pour nous regrouper car nous sommes dans une zone réputée dangereuse et infestée de Viet-Minh. Une dernière inspection du Lieutenant TABUTEAU sur toute la longueur du convoi, il est dans sa jeep, ce sera la dernière fois que le verrai ! Puis nous démarrons.
                        A l’avant, SCHERDELIN semble être attaqué, je l’entend qui signale quelques mitraillages, c’est le moment d’attaquer suivant les ordres de TABUTEAU et nous devons foncer, « foncez ». Nous fonçons à 30miles, cela sent la poudre. En effet, on commence à nous tirer dessus. Dès lors, les mitrailleuses de 12/7 de GODIN et de FLEJO crachent tout ce qu’elles peuvent, tirent sur tout ce qui bouge et nos fusils en font autant. Le “Grand-Père” VERY est à son affaire, il tire sans arrêt car il a arrangé en FM son “garant” et les huit balles de son chargeur partent en rafale. Nous fonçons toujours, les balles sifflent autour de nous. VERY va et vient, il n’a peur des balles et veut venger  KESLICK, il balance une grenade au phosphore. C’est pour moi une grande émotion, la grenade s’accroche dans les bambous, nous sommes à bonne distance et de justesse lorsqu’elle éclate envoyant ses gouttes de phosphore dans toutes les directions.
                        Nous passons quand même, un H.T. est tombé dans le fossé et n’est retenu que par les bambous. Nous lui envoyons une jeep et une auto mitrailleuse pour sa protection en attendant que de Long-Son on vienne le tirer d’affaire. Heureusement, car ils sont attaqués à leur tour. Ceux du “Tchad” se défendent bien pendant que les jeunes sont planqués sous ou dans leurs voitures blindées en criant « nous défendrons notre auto mitrailleuse jusqu’à la mort. D’ailleurs, leur fanion rouge ne porte-il pas un scorpion avec la devise « plutôt crever », c’est risible mais ce n’est pas le moment. C’est notre H.T. qui ferme maintenant la marche et en terrain découvert. Le convoi s’arrête et c’est là que nous apprenons que le chauffeur de VERY est mort ainsi que GILBERT et que TABUTEAU a une balle dans le foie, on lui donne peu d’espoir de s’en tirer. Cette mauvaise nouvelle m’atteint profondément. Puis on me dit que DUCHENE est blessé et que L’HOTELLIER est lui aussi dans un mauvais état. C’est un rude accrochage !
                          Les fusillés marins lancent un message à Long-Son pour faire part des dégâts de l’embuscade et pour que l’on vienne dépanner l’auto mitrailleuse qui est en panne. Maintenant, nous devons foncer, non plus parce que l’on nous tire dessus mais pour essayer de sauver les blessés. Nous avons encore le col à passer dans la montagne et c’est le Lieutenant VALLOT des Spahis, qui prend le commandement du convoi. Il semble hésiter au moment où nous rejoignons la montagne mais celle-ci est habitée par des peuplades thaïs qui ne nous dirons rien, heureusement car nous n’avons plus le temps de nous attarder. Je revois les lieux où le Lieutenant LECLERC fut blessé à la jambe et où nous nous arrêtions avec TABUTEAU pour admirer le magnifique panorama montagneux qui s’étalait devant nous. Tout cela n’est plus maintenant qu’un mauvais passage.
Nous arrivons à 18h à Long-Son, tous sont en émoi, nous en avons perdu trois et deux  blessés graves : DUCHESNE et L’HOTELLIER. Nous sommes tous très fatigués et dispensés de garde en arrivant. Tout cela m’a valu d’être remarqué par mes officiers dans le feu de l’action et me proposer pour une citation à l’ordre de la Brigade.




              A droit au port de la Médaille Coloniale avec agrafe en argent “Extrême-Orient”.
             Décret du 5 août 1946
                                                                 Signé : Général MORLIERE
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Dim 17 Avr 2016 - 16:15


7 août 1946 : Je suis volontaire pour remplacer ZAMARIN qui est trop fatigué pour aller garder les corps de GILBERT et du Lieutenant TABUTEAU. Quatre heures de garde, au garde à vous, par cette chaleur sous la tente !! A 16h, c’est l’enterrement avec les honneurs militaires. Nombreux sont ceux qui vinrent leur rendre un dernier hommage.










8 août 1946 : Avec MARCOUF et HENTZ nous faisons le compte rendu des événements du convoi mais nous ne lançons pas de fleurs aux jeunes qui étaient dans les auto mitrailleuses et qui devaient nous protéger.

9 août 1946 : J’écris à la famille et à Marie-Jo pour leur donner de mes nouvelles et quelques détails sur la bagarre que nous venons de traverser et sur ma proposition de citation. A Marie-Jo, ce sera la dernière lettre si elle ne me répond plus ! J’en ai marre de lui écrire sans recevoir de nouvelles, c’est vrai qu’elle se marie bientôt en Amérique mais, quand même, elle pourrait penser un peu plus à moi !

11 août 1946 : Après la messe mortuaire pour tous les tués du convoi à la Cathédrale Saint Joseph de Long-Son, je vais à l’hôpital faire une visite à L’HOTELLIER et à DUCHESNE. Le premier est encore bien faible mais le second se porte mieux et commence à se lever.

14 août 1946 : Je suppure des jambes et de la figure et j’ai une forte adénite, alors je vais à l’infirmerie où l’on me donne un repos couché formel. Hier soir pendant ma garde je suis tombé dans les pommes !! Je vais voir à l’hopital l’HOTELLIER et DUCHESNE qui se remettent vite de leurs blessures .On vient d’extraire la balle du bras gauche du premier, elle était arrivée dans son bras gauche.
Une lettre de Monique MULTZER me fait mal, elle m’apprend le départ précipité de Marie-Jo pour l’Amérique. Je m’y attendais mais cela ne me remonte pas le moral, surtout en ce moment.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mar 19 Avr 2016 - 17:51

15 août 1946 : Fête de l’Assomption à Long-Son. La messe est présidée par l’évêque du lieu. Malgré son grand âge (il est octogénaire), son sermon est plein de bons sentiments et vraiment un ton de dominicain. Pour une fois c’est une bonne homélie.

21 août 1946 : Il faut nettoyer les locaux, raser les haies, il y a fort à faire, un gros travail mais je suis exempté de service et GOSSELIN se coupe le pied dans les ordures, il saigne beaucoup ce qui fait avoir 6 jours à Millet.

22 août 1946 : Nous avons une inspection des locaux par le Colonel SUZAINE de la 9ème D.I.E, ses éléments doivent nous remplacer.

23 août 1946 : Nombreux courriers avant de partir et surtout un colis de Monique HARDY avec du nougat de Montélimar et deux rouleaux de pellicules photo. Cela fait plaisir, je vais enfin pouvoir prendre quelques photos avant de partir, pour mes souvenirs.

25 août 1946 : Fête de la Saint Louis (Roi de France). C’est en même temps l’anniversaire de la libération de Paris, nous avons un bon repas avec un magnifique gâteau de…Chine et un vrai porto. L’après-midi, avec Marchi et Millet nous allons nous promener autour du Grand Lac et prendre quelques photos avec les pellicules que Monique vient de m’envoyer. Liegas m’a prété son appareil pour le moment.

26 août 1946 : Nous touchons des lits “picault” neufs avec des matelas, c’est une bonne nouvelle, nous qui ne savions plus ce qu’était un vrai lit depuis bien des semaines. Nous ne les garderons pas longtemps puisqu’ils sont destinés aux troupes qui vont nous remplacer, à nous d’en profiter !
Gros travail de nettoyage, le Général MORLIERE doit faire une inspection après-demain, il faut donc tout nettoyer et bêcher les plates-bandes de la Citadelle. Petit gueuleton pour l’anniversaire du ralliement des ”Français Libres” au Général de GAULLE en 1940.
Un convoi arrive avec les chasseurs de la 9ème D.I.C pour nous relever. Nous devions repartir pour Hanoï mais le capitaine trouve que ses hommes se portent bien et ne demandent qu’à rester ! Tu parles ! Le capitaine a quelque chose derrière la tête, peut-être un rendez-vous galant ?
Mes jambes ne guérissent toujours pas et pour faire sa toilette on doit aller se baigner dans la rivière, c’est agréable mais cette eau n’est pas faite pour soigner mes plaies purulentes qui ne veulent pas guérir.

28 août 1946 : Depuis ce matin nous attendons la venue du Général MORLIERE et il arrive enfin vers 17 heures. Toute la garnison est en place depuis longtemps et nous défilons dans un bel ordre impressionnant la population, pour moi c’est l’anniversaire de la libération de Paris que nous célébrons et en même temps l’arrivée des Anglais à Bray et Lu avec la famille HARDY sous le tir des mortiers. Je commence à me lever, MARDEL a été me chercher mes pellicules, j’en ai pour 51 piastres, cela fait rudement cher la photo mais c’est pour envoyer aux HARDY. Ce soir GUARRY nous arrive de Dong-Dang avec la diphtérie, pour une tuile c’en est une, juste avant de partir nous allons être mis en quarantaine ! Nous sommes consignés, demain nous irons à l’hôpital pour nous faire piquer encore une fois, il faut être prudent.


8 septembre 1946 : Je vais mieux et commence à me lever, mes jambes me supportent encore beaucoup mais mon adénite disparaît petit à petit. Heureusement que nous devons redescendre le 12 pour Hanoï, cela va nous changer. Je vais diner au Central, hôtel chinois où j’invite FLEJO et de GANAY. Je m’en tire pour 87 piastres pour un bon repas. La grande mode est de se faire des bons repas dans les restaurants pour…ne pas régler l’addition mais je ne peux pas me résoudre à cette solution et craints les représailles.
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 20 Avr 2016 - 18:36

10 septembre 1946 : Nous partons à Dong-Dang faire un tour à la frontière chinoise. La route est une vraie fondrière et nous fait descendre les boyaux, c’est vraiment le bout du monde.



                                           Dong-Dang, la porte de la Chine


11 septembre 1946 : Arrivée de la 13ème Compagnie et d’une section de spahis, pour nous c’est la perspective du départ. Mon poste radio a grillé pendant que le dépanneur changeait de quartz. Le Lieutenant MARCOUF s’en fout, alors moi aussi ! mais dans un convoi j’aime bien savoir ce qui se passe devant. Je ne suis pas tranquille pour le voyage, la montagne a ses pièges et il faut toujours prévoir les embuscades…

12 septembre 1946 : A 4h, branle bas. A 6h, nos moteurs tournent, GOSSELIN et moi nous nous fourrons au fond de l’halft track pour ne pas être reconnus devant le restaurant chinois. Au passage du col, mon chauffeur CALLION ne peut pas rétrograder et nous faisons une embardée qui est vite redressée mais non sans nous avoir causé une grande émotion, c’est que le ravin a une sacrée profondeur !!! J’ai encore en mémoire ma chute dans le ravin de Tu-Dau-Moth.

13 septembre 1946 : Nous arrivons à Phu-Long-Tuong où je prends une photo de la tombe de  KESLICK tué quelques temps avant dans l’embuscade où j’ai décroché ma citation et médaille d’Indochine.
                                   A 13h, départ et nous entrons dans cette citadelle de Hanoï à 15 heures. Ici, rien n’a changé depuis le 20 juillet si ce n’est que la ville est peut-être plus propre et pourtant il nous semble être partis depuis si longtemps !

15 septembre 1946 : Rien à signaler, remise en état de nos armes et de nos véhicules pour la relève que nous attendons avec impatience car on nous annonce un départ prochain. Madame BEAUCARNOT m’annonce le départ de sa fille Nicole sur “L’Ile de France”.

22 septembre 1946 : Après la messe à l’église des Martyrs je vais faire quelques achats, d’abord une valise en cuir (20 piastres après des discussions sans fin avec les Nha-Qués et Godin), puis ce sont les ivoires, les étoffes et les bibelots, le tout hors de prix. Il faut bien rapporter quelques souvenirs, nous nous faisons sûrement avoir mais nous ne tenons pas à nous faire écharper par la population.

23 septembre 1946 : Je vais rue Paul Bert pour acheter la “Mode à Hanoï”, je presse mon pousse-pousse pour arriver avant la fermeture des magasins. Juste devant chez le photographe où je dois m’arrêter, la roue babord de mon pousse perd son caoutchouc, bref j’ai juste le temps, la nuit tombe et déjà, dans l’eau du Petit Lac se reflètent les lumières du quartier de la citadelle.

26 septembre 1946 : Je vais voir les BEAUCARNOT, bonnes nouvelles de Nicole qui est rentrée de France, elle semble satisfaite de son séjour et serait bien restée. Elle me rapporte une lettre de mon frère Serge qui me fait très plaisir mais que puis-je faire pour lui, lui qui voudrait bien me rejoindre pour trouver un job. (voir annexe)

27 septembre 1946 : Veille du mariage du Capitaine BERNE, nous sommes d’alerte mais le Capitaine arrose la fête avec le Lieutenant LEMIERE au “Ciros” jusqu’à 3 heures du matin. La patrouille militaire lui fait un reproche, il ouvre la bouche, bref le “Ciros” est fermé jusqu’au 4 octobre et les deux officiers s’en tirent avec 20 jours d’arrêt.
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Eric de Vautibault
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Sam 23 Avr 2016 - 10:13

28 septembre 1946 : Aujourd’hui le Capitaine BERNE se marie avec Mademoiselle Yvonne MERLE, messe à la cathédrale d’Hanoï, le Colonel MASSU et Madame TORRES (sa future femme) sont les témoins. Après l’office, c’est un défilé de jeeps sur front de deux qui font enrager les M.P, du coup c’est au Lieutenant LEVY d’attraper 45 jours d’arrêt. Les punitions tombent en cette fin de séjour. Retour à la citadelle pour le gueuleton : hors d’œuvres, pâtés feuilletés, porc aux petits pois, poulet aux pommes, salade, crème au chocolat, St Honoré le tout bien arrosé : punch, pastis, vins divers, rhum, bières et café pour finir. Les esprits sont bien mais pas trop échauffés. Il n’en est pas de même pour nos officiers, l’un d’entre eux rentre dans un arbre avec son dodge, il en prend pour 4 jours par le colonel. Il est temps que la fête se termine sinon tous les officiers y passeraient. Seuls MARCOUF et FRANCHI passent au travers, le premier à la chance d’être hospitalisé pour son hérésipèle et le deuxième concurrence le chameau par sa sobriété.
                                   Il n’y a pas de fête sans lendemain. Je reçois du courrier de Monique HARDY et de Tante Colette. De plus, vrai cadeau de noce, nous apprenons notre départ pour le 6 octobre sur le paquebot “Le Pasteur”. Nous n’osons trop y croire, on nous l’a déjà tant annoncé tant de fois mais aujourd’hui cela semble très sérieux.




 29 septembre 1946 : Je vais au cinéma avec FLEJO et MILLET voir “Le premier rendez-vous”. Je rencontre un camarade qui  nous invite à diner mais il n’a pas de permission de sortie, il faut faire vite, nous repartons en pousse-pousse vite, « di maolen !! »
                                    Messe à l’église des Martyrs, nous sommes de service et, dans la soirée, arrive la 2ème équipe de la relève du 43ème Régiment. Mauvaise impression (mais souvenons-nous, nous n’étions pas beaux à voir à notre descente du “Strasbourg” il y a un an !) mais la relève est là, c’est notre départ qui est en vue.





30 septembre 1946 : Messe de Requiem pour tous les tués que nous laissons en Indochine. Cela fait beaucoup de monde.


3 octobre 1946 : Nous faisons nos adieux au Groupement du Tonkin et au Général MORLIERE. Fort soleil, pendant la parade trois camarades tombent dans les pommes. Appel des morts de la Division, discours de MASSU (très bien), très fier de nous, suivi du discours du Général MORLIERE qui nous fait penser à un adieu pour une distribution des prix.
                                  Ce soir, je vais voir les BEAUCARNOT pour leur faire mes adieux et les remercier de leur accueil. Ils sont très chics et me proposent de revenir en Indochine pour travailler à la Tuilerie à partir de mars 1947 jusqu’en juillet 1947. Nous apprenons le sinistre de deux péniches de débarquement chargées de malles qui gisent au fond du Canal des Bambous. En fin de journée, j’ai ma Croix de Guerre et je passe première classe !!!
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 27 Avr 2016 - 17:51

4 octobre 1946 : Diner d’adieu chez des amis avec Jean-Marie FLEJO et Claudie, repas à l’annamite avec des baguettes, charcuterie, salade, porc sucré et riz au curry.

5 octobre 1946 : Départ en train de nos amis et de leurs enfants avec Claudie, ils sont sinistrés. Les troupes de relève ont touché aujourd’hui armes et véhicules, ils ne savent plus où donner de la tête. Les entraînements commencent mais la conduite des engins laisse grandement à désirer, accidents dans les fossés ou entre véhicules, bielle coulée. Il est temps que nous partions et que les nouveaux fassent leurs preuves avant d’aller au devant des Viet-Minh.

6 octobre 1946 : Déjeuner chez les BEAUCARNOT mais, à 16h, branle-bas de départ. Dernières recommandations de MARCOUF, il nous fait embarquer dans les G.M.C pour aller à la gare. Tout le monde est en forme et chante sa joie du retour en France. Je reçois les dernières lettres de Monique HARDY, Nicole et Serge. A 20h30, arrivés à la gare nous nous dépêchons pour prendre les wagons d’assaut, deux sections par wagon et il est 22 heures quand le train démarre, il ne fait pas chaud et, après plusieurs arrêts, le convoi s’arrête pour faire le plein d’eau.

7 octobre 1946 : Il est 4 heures du matin quand nous arrivons en gare d’Haïphong. Rassemblement sur la place de la gare, ils nous libèrent et nous allons prendre un café au lait avec MILLET. De la terrasse, nous assistons à la levée des couleurs du drapeau Viet. C’est avec émotion que nous quitterons le Tonkin et l’Indochine mais avec beaucoup d’appréhension pour l’avenir. On sent qu’il se prépare quelque chose, l’avenir nous donnera raison !! Pour nous, il nous semble qu’il est temps de partir. A 9h, direction le port, il fait presque froid en ce début d’automne et un thé chaud nous est servi par la Croix-Rouge ainsi qu’un casse croûte en attendant l’embarquement.
A 11h, nous montons à bord d’un LCT qui nous conduit en Baie d’Along et, à 16h, nous retrouvons le paquebot “Le Pasteur” qui doit nous ramener en France. Pour une fois l’opération se fait assez vite, je suis avec la 14ème Compagnie à bâbord avant.

Nous admirons le paysage de cette Baie d’Along, ces rochers plus ou moins habités et qui ont dû abriter bien des brigands au cours des siècles, ces jonques aux immenses voiles triangulaires qui sont les demeures de familles nombreuses. A midi, nous appareillons et en route pour la France, cette fois c’est pour de bon. Le navire semble plus confortable que nos précédents bâtiments de transports de troupes.
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Sam 14 Mai 2016 - 17:57

9 octobre 1946   : Le bateau roule, quelque uns d’entre nous sont déjà malades et nous n’avons pas grand chose à nous mettre sous la dent. A 10h, exercice d’abandon du navire, je suis de service d’intervention. Arrivés dans le sud, nous mouillons au Cap St Jacques à hauteur de Saïgon, nous embarquons certains éléments d’armée, des morts que nous devons rapatrier et, vers 21h, nous repartons tout doucement et retrouvons les chaleurs tropicales. Je suis désigné pour être au poste central téléphonique du navire, c’est une bonne planque pour le voyage. Toujours seul et bien servi pour les repas dans mon carré, c’est un peu la vie civile qui commence.


12 octobre 1946 : Manifestation de la 2ème D.B. sur le pont pour y avoir libre accès mais sans résultats. Messe dans la salle de cinéma. Je vois de temps en temps Claudie et Maurette et nous passons de bons moments ensemble à contempler les îles de la Malaisie.

13 octobre 1946 : A 22h, nous mouillons à Singapour mais nous n’avons pas l’autorisation de descendre à quai, nous ne pouvons qu’admirer cette grande métropole illuminée de tous ses feux.

14 octobre 1946 : Il est midi, le plein de ravitaillement ayant été fait, il est l’heure de repartir, direction l’Ouest, les Indes et la France.

15 octobre 1946 : Rien à signaler à bord ou sur la mer jusqu’à Colombo (sur l’île de Ceylan : maintenant le Sri-Lanka). A Colombo, nous descendons à terre mais ici la monnaie c’est la roupie et elle est très chère pour notre pauvre bourse. Nous ne pouvons pas faire de gros achats et nous profitons du spectacle de toute cette population bigarrée et de ces femmes dont certaines sont bien jolies.
                              Il faut faire vite car nous devons être revenus à bord pour 23 heures et j’ai fort à faire avec mes fiches téléphoniques, heureusement que c’est l’heure où le service se termine. La mer est calme, il fait moins chaud que l’an dernier à la même époque et puis “Le Pasteur” est quand même plus confortable que notre “Ville de Strasbourg ”, c’est presque une croisière.
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 18 Mai 2016 - 18:08

16 octobre 1946 : A 15h, après la sieste, nous croisons un pétrolier anglais. C’est un peu notre seule distraction à bord.

17 octobre 1946 : Nous doublons quelques navires et je repense à notre voyage de l’année dernière, notre voyage actuel est quand même plus agréable. Les jeunes filles qui rentrent en France sont en petite tenue pour leur séance de gymnastique, certaines sont vraiment très mignonnes, d’autres sont moches comme des poux et pour beaucoup les robes longues leur vont mieux que le short qu’elles portent les après-midis.
Ce matin, nouvel exercice de sauvetage, un matelot nous distribue quelques effets, c’est n’importe quoi mais cela occupe notre temps au cas où nous rencontrions une mine.
Cette nuit j’ai rêvé à Sabine de ROUSSY et repensé à ma discussion avec Marie-Jo.

18 octobre 1946 : Mer calme et nombreux poissons volants. J’ai pensé à ma sœur Yolande qui est fiancée à un jeune officier des Troupes de Marine. Le temps semble long et ne passe pas vite c’est, peut-être, que nous sommes pressés d’arriver. Sur ce navire à 4 turbines et 4 hélices qui bouffent 350 tonnes de mazout par 24h !!!
Ce soir au dîner, grand scandale, on nous sert six haricots en garniture d’une belle tranche de jambon, or on nous avait déjà servi des haricots le matin même. Ils appellent les deux délégués de semaine, les maîtres d’hôtel, les chefs de cuisine pour faire part du mécontentement général. Quand tous ces appelés arrivent, les six haricots sont déjà mangés mais, pour calmer les esprits, on nous sert un plat de nouilles et tout le monde est content ! Je leur fait part de mon étonnement au sujet de cette histoire et eux de me répondre que du moment qu’il y a sujet à gueuler, même pour six haricots, ils doivent gueuler pour ne pas se laisser marcher sur les pieds. Curieuse mentalité !

19 octobre 1946 : On nous annonce officiellement que nous n’arriverons que le 27 octobre. La mer est d’huile. A 13h, nous apercevons les côtes d’Arabie après avoir traversé un épais brouillard, il fait chaud mais il y a un peu d’air. Le navire semble ralentir et, en effet, à 16h nous arrivons devant les rochers d’Arabie, quelques maisons couleur de la couleur des rochers, des camouflages de guerre, d’autres semblent en carton pâte.
Nous sommes stoppés et attendons qu’un bâtiment anglais sorte du port pour pouvoir aller à quai. Il y a beaucoup de femmes à bord de ce navire anglais et nous les saluons au passage. Je ne descends pas à terre faute d’argent, ce n’est pas grave, accoudés au bastingage nous admirons le coucher du soleil, les rochers sont de toutes les couleurs mais le coucher de soleil à Colombo était encore plus joli. A minuit, nous repartons. Il paraît qu’un militaire est mort à la suite d’une insolation, c’est bien dommage de partir si vite après la Campagne d’Indochine.

20 octobre 1946 : Deuxième dimanche en mer, messe dans la salle de cinéma du navire pendant que nous naviguons en Mer Rouge, nous perdons de vue les côtes de Somalie sous une chaleur accablante. Profitons en, nous approchons de l’hiver de chez nous ! Il y a un trafic intense, nous doublons “ Le Chantilly ”, parti de Saïgon le 23 septembre, cela nous rappelle “La Ville de Strasbourg ”. Nous croisons “Le Champollion ” qui se dirige vers Madagascar. Ce jour nous avons vu une quinzaine de navires, c’est un record. Le notre marche bien et brûle tous les autres, sa vitesse nous donne de l’air et heureusement car par ici il n’y en a pas beaucoup. C’est à peu près notre seule véritable distraction à bord. Heureusement que je suis bien occupé à la table du téléphone.
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Mer 23 Aoû 2017 - 20:10

Surprise de l'été. J'ai été contacté via la messagerie par Madame Bontoux , fille de Raymond Mathé , qui en plus d'etre le maitre du chien "Saïgon" (cf les messages de la "Petite Bourbonnaise") etait aussi camarade de combat de mon père au sein de la 14° compagnie.
grace à cela , je me suis rendu compte que je n'avais pas finalisé la parution du journal de mon Pere. Certes la periode de fin de "croisière" et le retour à la vie civile n'est pas d'un grand interet militaire, mais cela cloture d'une certaine manière, cette aventure du CEFEO.
De plus, cela m'a permis de retrouver une nouvelle photo, prise à Lang Son en 1946. Pas d'autre information.
mon pere etant sous le X.
si quelqu'un reconnait quelqu'un qui...Bad)
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Jeu 24 Aoû 2017 - 19:02

21 octobre 1946 : Mer mouvementée mais le navire ne tangue pas. Nous n’avons pas vu de bateau .Il fait un vent à tout casser .On a du mal à se tenir sur la plage avant.Dans cette Mer Rouge, les poissons volants sont tout petits. On aperçoit quelques très important bancs de poissons. Tout est calme à bord, on nous fait faire un peu de gymnastique pour nous détendre et passer le temps.
 
22 octobre 1946 : Beau soleil au lever du jour, on longe les côtes d’Arabie et les côtes d’Egypte. Nous croisons des navires de guerre qui remontent lentement vers la Méditerranée. A 9h, nous mouillons dans le port de Suez et sommes très vite entourés par des barques à voiles triangulaires qui viennent nous vendre des babouches, des sacs en cuir, des valises et des poufs. Il fait un vent très froid ce qui nous étonne sous cette latitude, chacun a remis sa tenue d’hiver, il paraît qu’en Méditerranée il y a la tempête. A 10h, l’oncle de Claudie qui travaille sur le canal de Suez est venu la chercher pour faire un saut jusqu’aux Pyramides et au Caire, elle nous rejoindra plus tard vers Port-Saïd.
                 
 
                                  A midi, nous appareillons à une allure de tortue entre le désert d’Arabie et la plaine sablonneuse et verdoyante d’Egypte qui est bien irriguée. Une route longe le canal où de nombreuses voitures, cars, jeeps et camions vont et viennent pour leur travail ou pour nous saluer. Les villages ou stations sont d’une propreté toute anglaise. Hier, l’HOTELLIER qui avait mis le nez au hublot a reçu une vague en pleine face, si fort qu’il est tombé dans les pommes. A 21h, nous sommes sur le Lac Amer où nous passons la nuit, le canal ne voulant pas prendre la responsabilité de faire naviguer notre bâtiment de nuit.
 
23 octobre 1946 : A 6h, c’est le départ pour être à 9 heures à Ismaïlia où des Français nous souhaitent bon voyage. Il faut dire que les distractions ne sont pas nombreuses dans le désert et que le passage d’un navire à cette époque d’après-guerre est presque un événement. Au lever du jour nous avons pu admirer le monument érigé aux Poilus d’Orient qui domine par sa hauteur l’immensité désertique. Un grand camp anglais semble garder ce monument.
                               A 14, nous mouillons pour faire un chargement de mazout et nous avons l’autorisation d’aller à terre. Je pars en ville avec FLEJO dans une vedette du port. Nous retrouvons la même animation que l’an dernier, l’indigène toujours aussi repoussant moralement mais semblant plus arrogant, un français et un anglais ont été tués ces temps derniers. Ils sont toujours aussi voleurs et se méfiant constamment d’être volés.
Beaucoup d’Anglais qui ne semblent pas décidés à partir d’Egypte, et ils ont raison. La vie a beaucoup augmentée depuis l’année dernière, mais piastre pour piastre, ne semble pas plus chère qu’à Hanoï. On trouve de tout absolument (chemise 70 piastres, babouches 70,chaussures 150,pellicule 15..) je prends quelques cafés turcs avec Roger de la Valette ,dont je raffole avec le verre d’eau glacé. A 06h30nous reprenons la vedette qui nous ramene au Pasteur ou nous appareillons à 23 heures. Nous voila maintenant voguant sur la mer Méditérranée -ohée-ohée..Ca commence à sentir bon le parfum de l’Europe sur cette nappe d’eau qui est un véritable miroir au grand étonnement de la plupart des passagers qui semblent en garder un mauvais souvenir.
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MessageSujet: Complement concernant l 'attaque du 3 Aout 1946 à Bac Ninh.   Sam 26 Aoû 2017 - 12:53

trouvaille du jour:

« Chronique d’Indochine » Mémoires de l’Amiral Thierry d’Argenlieu :
« Quelques jours auparavant, un serieux accrochage a eu lieu entre troupe Française et Vietnamiennes, sur la route de Lang-son ;poste militaire situé à la frontière Chinoise.
Plusieurs incidents avaient déjà marqué l’occupationde Lang-Son , le passage de nos convois que saluaient les coups de feu.
Le 3 Aout, un convoi d’une quarantaine de véhicules était pris à partie à son passage à Bac Ninh.Dès le début , la moitié de l’escorte était mise hors de combat.Le convoi fut pillé et les fonds destinés à la paye des troupes enlevés par les Vietnamiens.
Des renforts envoyés de Phu-Lan , Thang, et Hanoï furent également attaqués et les combats ne cessèrent qu’en fin d’après-midi.
De part et d’autres, les pertes furent sévères. »
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MessageSujet: Re: Groupement de marche en Indochine   Ven 1 Sep 2017 - 20:21

23 octobre 1946 : A 6h, c’est le départ pour être à 9 heures à Ismaïlia où des Français nous souhaitent bon voyage. Il faut dire que les distractions ne sont pas nombreuses dans le désert et que le passage d’un navire à cette époque d’après-guerre est presque un événement. Au lever du jour nous avons pu admirer le monument érigé aux Poilus d’Orient qui domine par sa hauteur l’immensité désertique. Un grand camp anglais semble garder ce monument.
                               A 14, nous mouillons pour faire un chargement de mazout et nous avons l’autorisation d’aller à terre. Je pars en ville avec FLEJO dans une vedette du port. Nous retrouvons la même animation que l’an dernier, l’indigène toujours aussi repoussant moralement mais semblant plus arrogant, un français et un anglais ont été tués ces temps derniers. Ils sont toujours aussi voleurs et se méfiant constamment d’être volés.
Beaucoup d’Anglais qui ne semblent pas décidés à partir d’Egypte, et ils ont raison. La vie a beaucoup augmentée depuis l’année dernière, mais piastre pour piastre, ne semble pas plus chère qu’à Hanoï. On trouve de tout absolument (chemise 70 piastres, babouches 70,chaussures 150,pellicule 15..) je prends quelques cafés turcs avec Roger de la Valette ,dont je raffole avec le verre d’eau glacé. A 06h30nous reprenons la vedette qui nous ramene au Pasteur ou nous appareillons à 23 heures. Nous voila maintenant voguant sur la mer Méditérranée -ohée-ohée..Ca commence à sentir bon le parfum de l’Europe sur cette nappe d’eau qui est un véritable miroir au grand étonnement de la plupart des passagers qui semblent en garder un mauvais souvenir.
 
24 octobre 1946 : Plus que deux jours en mer. Ce soir, représentation de music-hall dans la salle de cinéma, je suis toujours à ma table de communication téléphonique à me battre avec mes fiches.
 
26 octobre 1946 : A 17h, nous mouillons dans la rade de Toulon, le mistral souffle et nous empêche d’approcher du port.
 
27 octobre 1946 : Toute la nuit nous n’avons pas cessé d’aller et venir jusqu’à Marseille car la mer est mauvaise et ne nous permet pas d’approcher. Les vagues ont des creux de 5 à 6 mètres. Au matin, nous parvenons quand même en rade de Toulon où nous mouillons. Le temps est sombre et le vent froid.
                                Hier soir une mine a été signalée par un pétrolier français dans le détroit de Bonifacio, nous avons du contourner la Corse par l’ouest. Au matin nous sommes passés près de l’Ile d’Elbe (nous avons évoqué Napoléon) et admiré l’Ile de Beauté qui ne semble être qu’un tas de rochers abrupts sur la mer. Ses ressortissants engagés sur le navire ne peuvent qu’éprouver beaucoup d’émotion et refouler leurs larmes.
                                Le temps est bien sombre et on nous ordonne de fermer les hublots, quelques instants après la mer se déchaîne avec des creux de 7 à 8 mètres de haut !! Les cheminées du navire doivent bien être à 45°, dans les cabines tout dégringole. Les verres, les bouteilles, tout se brise et les garçons ont bien du mal à se tenir debout pour faire le service, des plats vont couvrir quelques cranes ou glissent d’un bord à l’autre de la salle à manger. Certaines personnes se retrouve avec un bras cassé, d’autres ont l’arcade sourcilière fendue ou le visage endommagé. Il fait toujours un vent glacial et une pluie fine se met à tomber dans une brume épaisse, les sirènes se font entendre. Ce n’est que maintenant que nous voyons ce qu’est une mer démontée où l’on sent le bateau se coucher sur le flan, je ne suis pas malade mais nous avons l’impression que le navire va se retourner.
                                A midi, un chasseur de sous-marins et un cargo anglais sortent du port. Le premier pique du nez dans les vagues et nous pensons à la manière dont il se serait comporté hier avec les creux qu’il y avait. A 13h, la mer se calme mais le navire ne bouge toujours pas, nous qui sommes si impatients de mettre pied à terre, c’est à désespérer !
 
                                  Enfin à 16h, les hauts parleurs réclament des hommes pour la manœuvre sur le gaillard d’avant, nous virons de bord vers la terre et, à 16h30, c’est le pilote qui monte à bord mais le bâtiment tangue sérieusement et l’accostage est pénible. A 17h, nous franchissons l’entrée du port où gisent encore, ça et là, de nombreux navires qui datent du sabordage de la flotte en 1943 et qui n’ont pas encore été renfloués. A 17h30, nous sommes à quai, quelques civils et militaires nous attendent, la Musique de la Marine et deux sections de marins ainsi qu’un détachement de tirailleurs sénégalais habillés de vert sont là pour présenter les Honneurs à une personnalité qui est à bord et peut-être à nous qui l’avons bien mérité !!
                                  Nous voilà arrivés, à la descente nous remplissons un tas de documents, de formulaires et il paraît que notre liquidation militaire sera très rapide. Personne n’est là à nous attendre, c’est mieux comme ça. Si nous pouvions être en permission pour la Toussaint, tout le monde serait heureux de rentrer dans ses foyers.
 
 
FIN DE MES AVENTURES COLONIALES
 Tout  cela fût, pour moi, une aventure qui se termine bien. Comme toute aventure, l’avenir est incertain : l’Allemagne, le Corps Expéditionnaire Français d’Extrême-Orient, avec la perspective de cette guerre au Japon qui n’en finissait pas et pour finir la reconquête de l’Indochine dans le giron de la France avec tous ses pièges. Nous y avons été les précurseurs, puisque c’est par l’attaque Viet-Minh du 19 décembre 1946 à Hanoï que la véritable guerre d’Indochine a commencé et s’est terminée en Dien Bien Phu en…1954.
                                  Il est maintenant bon de laisser la place à la relève et de rentrer définitivement et sérieusement dans la vie civile pour partir vraiment dans “ LA VIE”.
 
Mon père m’a toujours dit que l’armée ne lui avait laissé après sa démobilisation que ses sous-vetements et ses mouchoirs. Je ne sais si c’était une réalité ou une expression désabusée. Les quelques vetements militaires trainant dans les cartons avaient ils été les siens ou de la recup pour bricolage ? je n’en ai aucune idée.
Et aucun détail concernant cette période de la démobilisation : comment cela s’est il passé ?
 







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