La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 15 Jan 2015 - 10:12


Notre séjour à KALHOUSE se prolongea jusqu'au 17 janvier, nous n'eûmes pas d'autres incidents. Nous y reçumes des renfors: le Maréchal des Logis PERRIGNON, que j'avais connu au 2ème Escadron au temps où j'étais stagiaire. Le MdL-Chef ALLOUIS qui avait remplacé KATZ de WARENS tué à DOMPAIRE quand j'étais au Val de Grâce, devint Sous-Officier Adjoint. LETURMY qui était Brigadier-Chef tireur sur l'ANGOUMOIS fut nommé MdL et chef de ce char. Avec ce renfort il nous arriva un jeune homme de 17 ans qu'on ne devait si possible pas trop exposer (sans que cela se voie) il s'agissait d'Hubert LECLERC de HAUTECLOCQUE. Il y avait aussi un Lieutenant, camarade de promotion de BAILLOU qui fut son adjoint jusqu'à la fin de la guerre et lui succéda ensuite: le Lieutenant puis Capitaine CANEPA.

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jean-yann
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 15 Jan 2015 - 21:09

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 17 janvier 1945   Sam 17 Jan 2015 - 8:50


[Mercredi 17 janvier 1945]

Le 17 janvier, départ précipité pour l'ALSACE. Il semble que les Allemands ont décidé de reprendre STRASBOURG. Profitant du retrait des unités américaines au profit de la BELGIQUE ils ont franchi le RHIN au nord de STRASBOURG et, avec une dizaine de Panther, détruit tout un bataillon de Sherman (55 chars) dans la plaine de GAMBSHEIM. Une sombre bagarre s'installa entre l'État-Major suprête allié et de GAULLE. EISENHOVER finit par autoriser de LATTRE avec toutes les unités françaises, à défendre l'ALSACE.

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MessageSujet: 18 janvier 1945 ?   Dim 18 Jan 2015 - 14:27


[Jeudi 18 janvier 1945?]*

Je partis en précurseur en Jeep au col de SAVERNE pour connaître notre destination. Vers 10 heures du soir je vis arriver BAILLOU et lui annonçai notre cantonnement: MITELHAUSBERGEN prés de SCHILTIGHEIM. Nous arrivons dans le milieu de la nuit. Je suis logé dans une belle maison bourgeoise confortable et chaude.
—————
Note:
* La datation des jours suivants est délicate à préciser. Le journal de marche de l'Escadron indique le départ de KALHAUSEN le 18 janvier à 22 h. Il arrive à FURDENHEIM le 19 au matin où il semble rester jusqu'au 22 janvier, date de départ pour KILSTETT.
—————



Dernière édition par Jean PFLIEGER le Lun 19 Jan 2015 - 13:08, édité 2 fois
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MessageSujet: 19 janvier 1945 ?   Lun 19 Jan 2015 - 13:08


[Vendredi 19 janvier 1945?]*

Après une courte et bonne nuit, je vais au P.C. Les nouvelles sont assez mauvaises. La tête de pont allemande de GAMBSHEIM est assez solide. Nous tenons encore KILSTETT où se trouve une unité de la 3ème D.I.A. du Général GUILLAUME. Je retourne à la chambre et mets un peu d'ordre dans mes affaires. Il faudrait renouveler mon linge mais les magasins d'habillement ne sont pas accessibles. Je lave quelques chaussettes en mauvais état et des mouchoirs; puis je vais voir mon peloton: tout le monde se repose au chaud, ils ne sont pas trop inquiets: du moment qu'on est là cela va changer!
Le soir en rentrant dans ma chambre, je trouve sur ma table deux paires de chaussettes neuves en laine avec un petit mot: — «Pour remplacer vos pauvres chaussettes!» Gentillesse alsacienne! Reconnaissance à leurs libérateurs. Malheureusement je ne verrai même pas ces hôtes charmants.
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MessageSujet: 21 janvier 1945?   Mer 21 Jan 2015 - 8:25


[Dimanche 21 janvier 1945?]*

Nous faisons un ridicule saut de puce de 2 km et je me retrouve dans un débarras de la salle des fêtes de NIEDERHAUSBERGEN: lit de camp et température fraîche. Cela tombe mal car je suis fatigué: la grippe?
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MessageSujet: 22 janvier 1945?   Jeu 22 Jan 2015 - 12:52


[Lundi 22 janvier 1945?]*

Nuit courte. À 4 h: Alerte! L'Escadron se rassemble en chars. Le Sous-officier de semaine est obligé de me secouer. Il part trop vite pour voir que je suis aussitôt retombé dans un sommeil morbide. Quelques temps après arrive NOUGARET (mon radio chargeur): — «Mon Lieutenant l'Escadron est rassemblé, je viens prendre vos bagages.» Il a l'air un peu scandalisé. J'essaye de ne pas montrer ma confusion. Bien sûr il fait nuit noire, moins froid, environ 0° mais il y a du brouillard.

La situation: KILSTETT est investi par les Allemands, un bataillon de la 3ème DIA encerclé est en voie de réduction. Nous gagnons LA WANTZENAU où on aura les ordres. L'aube se lève timidement; il y a du brouillard, visibilité 100 mètres. Nous dépassons une batterie de 105 qui tire à charge 0. On voit les obus sortir de la bouche des canons, ils doivent tirer à 2 km. Les Boches ne sont pas loin.

GRIBIUS qui vient de prendre le commandement donne ses ordres. Puis BAILLOU: — «MISCAULT, vous partez en tête; vous vous postez au passage à niveau au nord-ouest de KILSTETT. De là, vous interdisez toute nouvelle attaque allemande ainsi que leur repli éventuel.» Il semble qu'aucun canon antichar ne soit signalé. Il y a un groupe de combat du R.M.T. à ma disposition, je le mets sur le PÉRIGORD du MdL YVARS qui part devant moi et le reste du peloton.

L'ennui, c'est qu'avec la neige qui recouvre tout et le brouillard, on ne voit pas grand chose. Nous rencontrons sur la route le Général de LANGLADE qui nous fait de grands gestes d'encouragement et crie: — «Il n'y a pas de canon antichar.» YVARS est parti à toute vitesse. J'allais lui dire de ralentir un peu pour observer… Trop tard: une longue flamme part du côté droit de la route, aussitôt une vilaine flamme orange sort de la tourelle. Le PÉRIGORD touché s'arrête. Mon char s'est immobilisé à 20 m de lui. Je réalise qu'il faut tout de suite prendre un peu de champs. Je me retourne pour diriger le recul; 100 m environ. Quand cette manœuvre est terminée, tout est horriblement calme.

Je rends compte à BAILLOU. Mais je ne sais pas où je suis. À environ 2 km de LA WANTZENAU? On tire un peu à la mitrailleuse sur le côté droit, mais on ne voit rien et en outre il y a nos fantassins qui ont dû sauter du char. Bonne chose, le Half-track sanitaire, croix rouge déployée arrive. Il se met à côté du PÉRIGORD qui n'a pas brûlé, il évacue les blessés. Les Allemands, sympathiques, n'ont rien empêché. C'est à se demander s'ils sont encore là. Ce qui me gène, c'est que les Français ont posé un champs de mines sur le côté gauche de la route et je ne sais pas où je suis par rapport à ce champs de mines. BAILLOU pense que je puis sortir de la route. Nous exécutons. Je suis plus à l'aise. Nous ne craignons plus de tirer sur les nôtres: j'assaisonne avec mes 4 chars le côté droit de la route à la mitrailleuse.

DUFOUR va me dépasser et prendre à sa charge mon ancienne mission. Je dois l'appuyer quand il débouchera. Le voilà qui arrive; nous densifions notre tir et surprise: le paysage inerte s'anime; un drapeau blanc apparaît, une trentaine de verts de gris se lèvent bras en l'air et viennent sur la route. Les fantassins les prennent en charge. DUFOUR gagne ses emplacements. En outre le brouillard se lève un peu: on voit apparaître des clochers. C'est inouï que ce désert blanc ait pu contenir tant de monde. C'est 50 prisonniers qui sont rassemblés sur la route. CATALA accompagne des fantassins dans le village et délivre cave par cave les gens de la 3ème DIA.

Le peloton DUFOUR au passage à niveau ne perd pas son temps. Voici un groupe de 4 Panther qui veut nous contre-attaquer; deux chars ouvrent le feu, un Panther est tout de suite détruit, un autre réplique mais n'atteint un Sherman qu'au barbotin. Celui-ci peut donc continuer à tirer, un deuxième Panther est atteint. Un rayon de soleil permet à des avions d'intervenir, ils démolissent deux Panther. Bonne journée. Le nettoyage de KILSTETT est terminé, il y a 300 prisonniers.

BAILLOU me prescrit de rejoindre la route par le même chemin. Je ne comprends pas qu'il veut dire en marche arrière sur nos traces car il s'est aperçu que nous étions dans le champs de mines. Bêtement nous faisons demi-tour et le BORDELAIS et l'ANGOUMOIS sautent sur une mine. Je descends de mon char (en évitant de sauter): les dégâts du BORDELAIS sont minimes, la mine a éclaté sur le côté de la chenille, elle n'est pas complètement coupée, en allant doucement, elle tiendra peut-être jusqu'à la route. Je dis à KAISER d'y aller et moi je vais voir l'ANGOUMOIS. La situtation est plus grave, la chenille est complètement coupée; plus ennuyeux, le terrain qui était gelé dégèle sous l'effet de l'explosion et le char s'embourbe. Je fais venir le SAINTONGE et l'AUNIS, nous préparons des câbles.

Là-dessus les Allemands qui ont dû nous voir depuis le clocher de GAMBSHEIM nous envoient une dégelée de 105. Il y a un coup direct sur l'avant du SAINTONGE. La mitrailleuse de capot est détruite. Un des câbles que nous avions préparés est coupé. Le MdL PERRIGNON est légèrement blessé à l'oreille: ce n'est rien mais il saigne beaucoup, je lui prescris d'aller se faire soigner. Je rends compte à BAILLOU et lui suggère d'arrêter ce dépannage de jour et de le reprendre la nuit. Il est d'accord, ce sera l'occasion de récompenser les gens les plus méritants de l'Échelon. Nous rentrons au cantonnement.

L'affaire de KILSTETT eut une suite. Le 3ème Escadron (Cne de BORT) installe son cantonnement pour la nuit et à l'entrée de son village dispose un poste de garde. Vers 10 heures du soir une voiture conduite intérieure arrive à grande allure. La sentinelle essaye de l'arrêter au geste; elle force le passage; la sentinelle se retourne et tire avec sa mitraillette. La voiture disparaît dans la nuit. Le Sous-officier chef de poste relate l'événement sur le cahier. Une heure après une voiture arrive de la direction où l'autre s'était enfuie; descend un Adjudant qui se prétend être le porte fanion du Général de LATTRE. Il intime au chef de poste l'ordre de le suivre. Celui-ci répond qu'il ne peut abandonner son poste et fait prévenir le Capitaine de BORT. Celui-ci arrive, fait relever le chef de poste et accompagne celui-ci au quartier général. Immédiatement le Général de LATTRE entre dans une fureur noire hurlant qu'on a voulu l'assassiner, qu'il veut faire passer la sentinelle et le chef de poste au tribunal militaire. BORT qui perd rarement son sens de l'humour fait état d'une note de service (signée: de Lattre de Tassigny) reçue il y a quelques jours, du quartier général de la 1ère Armée, qui prescrit la plus grande vigilance, surtout la nuit, et rappelle que tout véhicule doit pouvoir présenter un ordre de mission. Ce qui a pour effet évident d'augmenter la fureur du Général qui s'attaque maintenant à BORT et lui dit avec hargne: — «Qu'est-ce que vous avez fait aujourd'hui? — Aujourd'hui, répond BORT, simplement, nous avons repris KILSTETT. — Bravo!» s'écrie de LATTRE; et il fait apporter une bouteille de champagne.

Le lendemain LECLERC annote le compte rendu de l'événement qu'on lui présente: — «Le pistolet mitrailleur s'avérant insuffisant pour arrêter un véhicule en infraction, il faut doter les postes de police d'un bazooka.»

Il est vrai que l'affaire de la reprise de KILSTETT qui a sonné l'arrêt de l'offensive allemande sur STRASBOURG avait marqué le Général de LATTRE. Deux ans après, alors que j'étais instructeur à SAUMUR, le Général, devenu Inspecteur de l'Armée, se faisait présenter les officiers. Arrivant devant moi, il avise la fourragère du 12ème RCA que je portais et m'apostrophe: — «Vous étiez à KILSTETT! — Oui mon Général. — Bravo!» En réalité, ce jour là, je n'avais pas été très brillant.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Ven 23 Jan 2015 - 7:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 22 Jan 2015 - 13:21

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Ven 23 Jan 2015 - 7:47


Nous passons ensuite quelques jours à DUPIGHEIM prés de MOLSHEIM. On y était bien pour se reposer pendant que les autres groupements de la DB et des unités de la 1ère Armée se cassaient les dents avec beaucoup de pertes, en cherchant à liquider la poche de COLMAR. BAILLOU qui n'avait pas pris de permission après sa blessure de LORRAINE nous quitta pour 15 jours.
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MessageSujet: 5 février 1945   Jeu 5 Fév 2015 - 8:24


Lundi 5 février 1945

Le 5 février CANEPA nous annonça que nous partions pour participer à la bataille finale de la poche de COLMAR. Nous gagnâmes la région de NEUF-BRISACH. Dans la nuit nous eûmes un beau spectacle alors que nous étions au nord de VOGELSHEIM: le ciel fut éclairé magnifiquement et nous entendîmes un bruit de combat: une Division américaine attaquait le village d'AGOLSHEIM et pour cela avait créé un jour artificiel avec de nombreux projecteurs de D.C.A.; l'affaire réussit assez bien.
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MessageSujet: 6 février 1945   Ven 6 Fév 2015 - 11:13


[Mardi 6 février 1945]

Le lendemain vers midi nous étions à la sortie sud de VOGELSHEIM attendant des ordres. Je vois arriver un motard: c'était Hérard de NAZELLE qui portait des ordres. Je le croyais encore à l'hôpital ou en convalescence car il avait été gravement blessé du côté d'AVRANCHES.

L'Escadron se met en route et on s'arrête à la sortie sud d'AGOLSHEIM. À notre gauche la terrasse de BRISACH nous domine et ils ne nous envoient pas que des coups d'œil car c'est sans doute le plus fort tir d'artillerie que nous ayons subi. Derrière un petit mur les chefs de peloton trouvent FONDE et CANEPA accroupis avec un artilleur. Nous recevons un tir allemand, d'accord. Mais ils ne perdent rien pour attendre, nous avons des batteries de 105 partout et nous ne voyons pas les 155 qui sont derrière. Pour le moment, il faut prendre OBERSASHEIM qu'on voit devant nous à 3 km. CANEPA: — «MISCAULT vous déployez vos chars à gauche de la route. DUFOUR vous progressez un peu en retrait sur la route puis vous pénétrez dans le village.» FONDE: — «Lt X vous accompagnez MISCAULT jusqu'aux lisières, puis vous pénétrez par les jardins. Lt Y vous accompagnez DUFOUR et vous nettoyez la rue principale.» L'artilleur s'adresse à moi: — «C'est vous qui déterminez le timing. Combien de temps vous faut-il pour arriver au village? — En raison du terrain qui commence à dégeler, je pense un quart d'heure. — C'est long mais on a beaucoup de munitions. Je propose ceci: dés le début du tir vous partez. Quand vous arrivez aux lisières, je lève le tir. À quelle distance de vous? — 25 m! — Ce n'est pas un peu court me lance CANEPA? — Vous savez, j'aime mieux prendre un 105 explosif sur un char qu'un perforant de 88. — D'accord me dit l'artilleur: arrêtez vous quand vous serez tout prés du tir de barrage qui va aveugler toute la lisière du village. C'est ma batterie qui tirera la dernière salve au rythme de: Pom Pom Pom Pom-Pom-Pom.»

Nous nous mettons en place: la Section d'Infanterie nous suivra en Half-track, mais le Lieutenant préfère monter sur mon char derrière ma tourelle; j'en suis ravi. Le tir d'artillerie commence. Je n'ai jamais rien vu de pareil, il doit y avoir une centaine de pièces qui tirent sur un front de 300 m. Du côté du terrain, ce n'est pas merveilleux, on ne dépasse pas beaucoup 10 km/h; devant nous la plaine toute blanche. J'espère que cette préparation d'artillerie empêche les antichars de tirer sinon nous sommes frits. Ah! Voilà quelque chose! À 500 m devant nous une dizaine de points noirs surgissent de la neige et fuient devant nous. À la jumelle il n'y a pas de doute, ce sont des Allemands. «Sans s'arrêter à la mitrailleuse!» BUGEÏA s'en donne; on voit les gerbes de traceuses qui se balancent et vont les chercher un par un. Ce tireur est vraiment bon. En voilà 4 ou 5 (les rescapés) qui se couchent sous un grand poirier. — «BUGEÏA tu as vu? Un explosif dans l'arbre. Celui-ci devient un buisson ardent. Il y en a 2 ou 3 qui repartent en courant. De nouveau la mitrailleuse. La plaine est de nouveau déserte. Nous arrivons sur les lieux, je me tourne vers le Lt du Tchad: «Voulez-vous envoyer voir, on ne sait jamais.» Il fait un geste, un groupe saute d'un Half-track et part voir au pas de gymnastique. Au bout d'un instant on apprend qu'ils sont tous morts.

À 100 m des lisières du village nous ralentissons, on s'aligne et on avance lentement. Le tir diminue d'intensité. DUFOUR arrive à ma hauteur. Voilà: Pom Pom Pom Pom-Pom-Pom c'est le signal: les fantassins s'élancent, pas de réaction ennemie. DUFOUR démolit deux Jagd-Panther, leurs équipages sont terrorisés dans la cave. Sans doute surpris par le tir d'artillerie ils n'ont pas osé sortir de la cave. Je lance mes 2 groupes: ALLOUIS au sud-ouest pour surveiller la plaine, PÉRIGNON au sud pour surveiller les anciennes fortifications et les bosquets, je mets mon char au centre du village. Avant de partir je dis à KAISER de faire tirer BUGEÏA sur le clocher de HEITEREN que l'on voit à 3 km, c'est peut-être eux qui nous surveillent. Il y a de temps en temps un obus qui éclate sur les toits; ce doit être des 88, on ne les entend pas arriver. Je vais donc voir, à pied, comment sont installés mes deux groupes. Comme prévu PÉRIGNON n'a que très peu d'espace devant lui mais il bloque les entrées sud du village. Je me rends chez ALLOUIS et je le rencontre qui venait vers moi à pied aussi. Il me dit que son char l'AUNIS [II], qui dépassait le coin d'une maison de moins d'un mètre a été démoli par un obus de 88 perforant qui l'a percé de part en part tuant le pilote et l'aide pilote. Nous allons voir sur place. Effectivement entre ce coin de maison et HEITEREN il y a un grand espace tout plat de 3 km et c'est des premières maisons de ce village qu'un Jagd-Panther a tiré et n'a pas raté une cible grande comme un timbre poste. Je m'approche de l'écoutille du pilote. ALLOUIS me retient: — «Ce n'est pas beau à voir vous savez mon Lieutenant.» Il a raison ce n'est pas nécessaire… Je reviens au BORDELAIS II pour rendre compte à CANEPA de cet événement funeste.

Mon équipage est allé casser la croûte dans la cave qui est juste en dessous. Je suis mécontent de ne pas les trouver dans le char. Je m'apprête à les réprimander. Mais je reçois dans un bruit tonitruant quelque chose qui ressemble à un formidable coup de pied dans le bas du dos. Je me retrouve par terre au fond de la cave avec mes gens autour de moi. Je n'ai pas l'impression d'être blessé mais mon pantalon est déchiqueté sur ma jambe gauche. On regarde dessous: j'ai le côté gauche du genou zébré d'une assez profonde estafilade qui ne saigne pas. Je juge qu'il me faut une évacuation. NOUGARET monte au char pour demander une évacuation en même temps qu'il rendra compte de la destruction de l'AUNIS [II]. Il revient aussitôt en me disant qu'une Jeep du R.B.F.M. (Régiment Blindé de Fusiliers Marins) est là et va à l'ambulance du groupement. Ils m'emmènent. KAISER prévient ALLOUIS de prendre le commandement du peloton et rend compte à CANEPA.

La Jeep nous ammène en longeant le Rhin vers le nord. Ce n'est qu'à moitié rassurant car voici qu'on nous prend visiblement pour cible: un obus éclate derrière nous, plusieurs devant. Le conducteur de la Jeep accélère, ce qui est judicieux, mais fait des zigzag, ce que je trouve inefficace et aussi dangereux que l'artillerie allemande. Le conducteur opine. Nous roulons tout droit à 50 milles/h et nous sortons rapidement de la zone dangereuse. Je crois me rappeler que le poste de secours était à JEBSHEIM. Un médecin-capitaine français me regarde. On m'enlève ma grosse canadienne peau de mouton et mon gros pull et ma chemise de laine! À chaque vêtement enlevé on entend de petits éclats d'obus qui tombent sur le carrelage. Je vois la mine des infirmiers qui s'allonge: que va-t-on trouver dessous pensent-ils. Eh bien dessous il n'y a rien, à peine quelques ecchymoses. Par contre le médecin regarde perplexe la plaie de mon genou. Je crois un moment qu'il va me mettre un sparadrap et me dire: "Je vous garde un jour ou deux pour vous reposer." Mais pas du tout: voyant mon air guilleret: — «Vous savez, me dit-il, c'est assez inquiétant: on voit à nu votre artère fémoral et votre nerf sciatique. Je vous envoie tout de suite à SARREBOURG.» Il y a énormément de blessés. Le médecin me demande si je peux faire un voyage de 3 heures assis car on manque d'ambulance. Je lui dis que cela va bien et que curieusement je ne souffre pas, pourvu que cela dure! Le voyage fut tout de même fatigant.

Je suis soulagé d'arriver, vers minuit, à l'hôpital de SARREBOURG: là, endormi, couché, nouri, au bout de deux jours je fus mis dans un train sanitaire.

Premier arrêt: NANCY; le train est sur le premier quai, il y a beaucoup de monde. J'interpelle quelqu'un et lui demande de prévenir mes parents. Ce qu'il accepte volontiers.

Puis ce fut de nouveau le Val de Grâce.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Lun 2 Mar 2015 - 9:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Dim 1 Mar 2015 - 15:51


Après trois semaines de soins sans problème, mon genou était bien en voie de cicatrisation mais il manquait encore quelque centimètres carré de peau. Le chirurgien pensait que cela serait assez long, mais il admit que ce n'était pas indispensable que je reste à l'hôpital. Je vais donc une nouvelle fois passer quelques semaines au TREMBLOIS.
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Lun 2 Mar 2015 - 9:21


Avant d'aller au TREMBLOIS, je veux passer au P.C. du Régiment qui est près de METZ.

—————
Note:
D'après le journal de marche de l'escadron, le 4/12 RCA a été transferré près de BUZANÇAIS (Indre) entre le 1er et le 3 mars 1945. Nous serions donc avant cette date.
—————


Au Val de Grâce, je rencontre un jour le Capitaine DESROUSSEAUX DE VANDIÈRES qui me propose de m'emmener. Il dispose d'une traction Citroën. Nous partons. Il s'arrête à VANDIÈRES pour prendre quelques bouteilles de champagne et bien sûr on goute une bouteille ce qui est toujours agréable. Nous repartons et quelques km plus tard le moteur a des ratés. Ce ne doit pas être grave; les carburateurs n'aiment pas cette essence que l'on trimbale en jerrycan, elle comporte de petites impuretés qui bouchent le carburateur. On s'arrête, on démonte, on nettoie. On remonte, on repart. C'était bien cela… Mais au premier ralentissement on se rend compte que le moteur se noie: il ne supporte pas le ralenti. Réflexion faite on s'aperçoit qu'en travaillant à deux et, peut-être un peu distrait par cette bouteille de champagne, nous avons dû oublier de remettre le flotteur du carburateur. On vérifie; c'est bien cela; on cherche partout pour voir s'il n'est pas coincé quelque part. Il faut se rendre à l'évidence: il est resté sur la route. Que faire: nous sommes d'accord il faut rouler vite: c'est ce qu'on fait et on arrive au P.C. du 12ème RCA réservoir presque vide!

Même ambiance qu'à FLIN:
— «Allez vous reposer MISCAULT; votre peloton vous attendra.»

Ma permission est jusqu'au 28 mars. Un mois à vivre agréablement au TREMBLOIS.
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mar 24 Mar 2015 - 7:47


Quelques jours avant la fin de cette agréable permission, Léo et Gabrielle se marient à BEZONVILLE prés d'ÉTAMPES. C'est une équipée comme autrefois, tout le monde s'entasse dans un vieux train pour ÉTAMPES. Je me trouve dans un compartiment avec entre autre mes parents et Coco. En face de moi il y a une charmante jeune fille qui n'a pas tout à fait 18 ans, elle s'appelle… Monique, et ne semble pas me voir! Et pourtant en rêve, peut-être!

Au mariage, je tombe sur du HAŸS, un cousin de Gabrielle. J'apprends que le 12ème RCA est prés de CHÂTEAUROUX et retrouve Henri de BOISSOUDY qui est passé Commandant.
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MessageSujet: Citation   Sam 28 Mar 2015 - 7:42


Au 4ème Escadron, je suis amicalement accueilli et traité de "Trompe la mort". BAILLOU m'annonce que PICQUET qui s'est fiancé à PARIS sera ravi de me rendre mon peloton. Par la même occasion il me demande de reprendre mon tour de service. Je suis donc "de semaine" et à ce titre je vais présider "l'Appel". Avant de "descendre les couleurs" l'adjudant lit la Décision du Chef de Corps et je suis surpris d'entendre:
— «Ordre Général n°… citation à l'Ordre de l'Armée: Lieutenant de MISCAULT, le 1er Novembre à HERBÉVILLER…».
J'avais été déçu de n'avoir été cité qu'à l'ordre de la brigade pour l'affaire de JOUY-EN-JOSAS. Mais cette "Palme"… je ne m'y attendais pas.
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MessageSujet: avril 1945   Mar 7 Avr 2015 - 12:41


Le cantonnement de SAINT-GENOU est agréable mais nous ne nous y attardons pas et au bout de quelques jours nous partons pour aider les forces de l'Atlantique à liquider la "Poche de ROYAN". Nous trouvons la mission peu honorifique et sommes un peu vexés.

Avec les renforts destinés à combler nos vides, je reçois un jeune sous-officier qui va remplacer ALLOUIS parti en permission en Tunisie. C'est le MdL-chef FOREST. Il me fait très bonne impression, intelligent et gai. Il ne manifeste pas d'étonnement en découvrant cette bande d'énergumènes qu'on appelle le peloton MISCAULT.

Voici donc que le repos que nous goûtions à SAINT-GENOU prend fin brusquement. Nous embarquons nos chars sur le train à CHÂTEAUROUX et débarquons à SAINT-JEAN-D'ANGELY.
À une dizaine de km au nord-est de cette gare un charmant bourg, VILLEMORIN, nous accueille. La popote est installée chez un "bon notaire" qui commence par nous inviter le soir avant le dîner à boire un verre avec lui. C'est un homme charmant qui nous raconte son pays. Son pays, c'est le Cognac. Il est ulcéré que VILLEMORIN soit classé parmi les crus de "bois ordinaires" alors que pour toutes sortes de raisons et surtout pour la qualité de ses eaux de vie il mériterait l'appellation "fin bois". Pour nous prouver la véracité de ses propos, ce cher homme remet à BAILLOU une petite bouteille de 35 centilitres. Nous le trouvons aussi parcimonieux qu'un auvergnat. Pendant tout le dîner nous en parlons… puis, après le café nous goûtons le produit dans un silence religieux et nous faisons amende honorable: c'était un cadeau royal: je ne crois pas avoir jamais bu un aussi bon Cognac.
Le lendemain rencontrant notre Notaire par hasard, je le remercie mieux que je ne l'avais fait la veille au soir. Avec un sourire satisfait il me répond: «Je suis heureux que vous ayez apprécié cette eau de vie. Elle a au moins cent ans d'âge!»

Nous ne sommes cependant pas ici pour goûter des Cognac mais pour faire la guerre. Un beau matin l'escadron se met en route pour le front de ROYAN.

L'attaque se déclenche le lendemain matin. Nous sommes pour le moment en réserve dans la région de FONTBEDEAU à l'est de SAUJON.

On nous tient au courant de l'attaque qui ne marche pas très bien: il y a des champs de mines très bien surveillés et battus par le feu de coupoles blindées prélevées sur la ligne Maginot.



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MessageSujet: 16 avril 1945 ?   Jeu 16 Avr 2015 - 14:07


On demande à DUFOUR et à moi d'essayer de les détruire avec les 76 de l'ARMAGNAC et du BORDELAIS II. Nous prenons position à côté du poste d'observation du Sous-Groupement, à défilement de tourelle. Nous sommes à 1800 mètres, ces tourelles ont environ 1 m de haut et 2 m de large. Cela fait une cible minuscule. Nous en prenons chacun une et après 2 ou 3 coups de réglage, nous mettons une dizaine de coups au but, mais tous ricochent sans faire apparemment d'autre dégât qu'un violent bruit de cloche qu'on entend très bien.

Je propose au Colonel MINJONNET qui nous regarde, de nous approcher un peu et de nous déporter sur la gauche face à la meurtrière pour tenter un "coup d'embrasure" que nous aurions à mon avis la chance de réussir, ce qui réglerait le problème: — «Vous trouvez qu'on n'a pas perdu assez de chars pendant la campagne, me répond-il, rentrez chez vous, on va faire cela avec l'artillerie.» Il est vrai que devant nous il y a un "billard" où nous aurions du mal à dissimuler nos chars. Nous sommes déçus d'autant plus que peu après nous apprenons une nouvelle qui nous attriste fort. Le Général de LANGLADE et le Commandant GRIBIUS s'étaient approchés du barrage et derrière le char de tête du peloton qui devait protéger les démineurs, ils observaient la situation. Tous deux étaient dans leur tenue habituelle: LANGLADE en battle-dress et casque, GRIBIUS en imperméable vert olive et képi bleu, avec un grand porte carte sous son bras. Pour mieux se rendre compte, il sort de son abri et va tranquillement vers les démineurs qui pour le moment sont couchés dans les fossés. LANGLADE hurle: — «GRIBIUS! Revenez! Je vous ordonne de revenir.» Devant l'inefficacité de ses ordres, il griffonne un bout de papier et le donne au motocycliste qui l'accompagne pour le faire porter au Commandant. L'agent de liaison part en courant: deux coups de feu claquent: GRIBIUS a la moitié de la mâchoire emportée et le motard, une balle lui a fait une grosse estafilade dans le front.

Bientôt après nous apprenons qu'avec une grosse débauche d'artillerie on a percé le barrage. Toute la défense allemande s'écroule.

Dans l'après-midi, l'Escadron est mis à la disposition du Commandant PALLU (1er RMSM). Nous devons aller reconnaître une dizaine de villages. Je pars avec une compagnie d'infanterie sur camion. Ce sont des gens de l'Armée de l'Atlantique qui a été formée à partir de FFI. Ils sont bien habillés, bien tenus, mais ont l'air d'enfants de chœur. Je propose au Lieutenant qui les commande de monter sur mon char ce qu'il accepte d'emblée. Nous partons. À l'entrée du premier village, il y a un grand diable de sous-officier de la Wehrmacht qui fait de grands moulinets avec ses grands bras pour arrêter la colonne. Ma première pensée est que ce type est courageux pour se tenir tout seul devant 5 chars et une compagnie d'infanterie. On s'arrête et je fais signe à ce sous-officier de venir me parler: — «Je ne voudrais pas, me dit-il en très bon français, que la guerre vienne abîmer ce pays où j'ai été si heureux. Il y a là dans le bois sur la gauche une batterie de 88 Flak (dénomination allemande de la DCA). Ils ne veulent pas se rendre mais je pense que si je vais avec votre troupe ils m'écouteront, ils ne peuvent plus résister.»

Je regarde dans la direction qu'il indique: — «D'ici, continue-t-il, on ne peut pas les voir.» Je me dis que c'est heureux car ces 88 sont les mêmes que ceux des chars Tigre. Ils sont ici utilisés en DCA mais normalement ils disposent aussi d'obus perforants. Je réfléchis rapidement, cette batterie est située dans la zone que je dois nettoyer et c'est bien un objectif prioritaire. Je demande l'avis du Lieutenant. Mais j'ai vite compris, il dit comme moi. Donc en avant. Notre vert de gris est invité à s'accroupir sur la plage avant du BORDELAIS II et à indiquer la route à KAISER. Nous arrivons dans la forêt de chênes et nous nous arrêtons en plein bois. Je dis à FOREST de prendre le commandement du peloton et de se préparer à intervenir en cas de besoin. Ce qui m'ennuie, c'est que le commandant de compagnie veut aussi venir. Je lui dis d'emmener deux agents de liaison avec nous. Notre Allemand trouve que cela fait beaucoup de monde. Mais je lui dis que les deux soldats se tiendront à distance. Je sors mon pistolet et nous partons dans un petit layon étroit où les chars auraiet du mal à passer. Au bout de 3 ou 400 mètres notre guide nous demande à voix base de nous dissimuler. Il avance de 4 ou 5 m et se met à crier en allemand: «Il y a des chars partout, la batterie elle-même est encerclée. Il n'y a pas d'autre solution que de se rendre et ce n'est pas honteux.» Pendant ce temps je vois à travers les arbres les fûts luisants des 88 pointés vers le ciel. De toute évidence la batterie n'a pas été prévue pour soutenir un combat terrestre. Mais elle est bien protégée par des gabions et des fascines qui couronnent des épaulements de terre.

Le début de la harangue de notre déserteur n'a pas l'air très efficace, il y a même des cris hostiles. Mais petit à petit, les idées font leur chemin. Le retour vers l'Allemagne est maintenant impossible. Des têtes apparaissent au-dessus du parapet, une file de soldats se forme. Je surgis de mon trou et commande: — «Die Hände hoch! Und die Waffen ab!» (Les mains en l'air; jetez vos armes) montrant un emplacement au bord du chemin. C'est évidemment le moment dangereux quand ils vont voir que nous sommes 4. Mais les armes tombent gentiment et le commandant de compagnie emmène les prisonniers. Seuls les 3 derniers Allemands jettent leurs armes avec une insigne mauvaise grâce et en jurant contre la lâcheté de leurs camarades.

Je reste un moment sur place pour voir cette batterie. Elle est nickel, prête à tirer. Je me dis qu'il serait prudent de démonter les percuteurs. Le premier me donne un peu de mal, mais une fois le truc trouvé, cela va tout bien. Je rejoins ma troupe sur la route. Les prisonniers sont dans les camions. Après avoir remis les prisonniers au P.C., on va faire rapidement le tour des autres villages.

Le lendemain nous rentrons à VILLEMORIN. L'accueil y est chaleureux.
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MessageSujet: 25-27 ? avril 1944   Sam 25 Avr 2015 - 6:47


BAILLOU décide de faire un grand méchoui en invitant le Colonel MINJONNET et ses officiers ainsi que quelques notables du village.

—————
Au premier plan, de dos: DUFOUR
—————



© Michel de MISCAULT


—————
De gauche à droite:
?, ?, Lieutenant-Colonel MINJONNET, Aspirant FALGUERE?, Capitaines D'ALANÇON & CANEPA

—————



© Michel de MISCAULT

Notre peloton doit écourter la fête car je dois embarquer sur un train à SAINT-JEAN-D'ANGELY dans la soirée. Nous savons que nous devons rejoindre le Général LECLERC et le Groupement DIO qui se trouvent en Allemagne.


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Sam 25 Avr 2015 - 8:25

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Lun 27 Avr 2015 - 7:02


Notre train part dans la nuit et le lendemain matin nous sommes arrêtés dans la gare de triage de TOURS. J'avais besoin de chercher quelque chose dans mon char. Je demande la clef à KAISER et m'en vais le long du train jusqu'au BORDELAIS II et je monte dans la tourelle. En sortant je suis frappé par la belle perspective de tous ces chars alignés en légère courbe; pour mieux admirer je me mets debout sur la tourelle. Je sens quelque chose qui touche mon calot. Je me baisse en levant la tête et constate avec terreur que je frôlais la caténaire 1800 volts! Je m'assois précipitamment, tout tremblant.
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MessageSujet: 30 avril 1945 ?   Mer 29 Avr 2015 - 20:34


[Lundi 30 avril 1945 ?]

Nous arrivons le lendemain matin en gare de BRUMATH.
L'Escadron est regroupé.
Sans désemparer nous partons vers le RHIN.


«Colonne de chars en attente dans la Forêt de Haguenau»
© Michel de Miscault

Bientôt voilà le fleuve;


«Le vieux pont démoli»
© Michel de Miscault

devant nous une colonne de chars qui nous précédait semble passer en marchant sur les eaux;


«Le pont du Génie français sur le Rhin»
© Michel de Miscault

en regardant mieux on voit qu'ils roulent sur un pont de bateaux
que leur lourde masse enfonce au ras des vagues.


«Les chars passent le Rhin sous la protection de 40 Bofors anti aériens»
© Michel de Miscault

Voici notre tour. Je pense à MUSSET:
— «Nous l'avons eu, votre Rhin allemand, nous y avons trempé les pieds de nos chevaux.»
Ces ponts "Bailey" [note: Treadway] étaient prévus pour 30 tonnes et nous en pesions 32 ou 35.



© Michel de Miscault


Nous voici donc en Allemagne. Il me sembe qu'on n'a pas pris le temps de nous indiquer l'itinéraire.
L'ordre était de suivre le fléchage >—Ⓛ—>
maintenant nous roulons vers KARLSRUHE.

Voici une autoroute, nous la prenons; pourquoi pas! Donc la vitesse de la colonne accélère encore. Toutefois à chaque coupure d'ouvrage d'art on prend une dérivation qui est quelquefois un chemin de terre qui passe un cours d'eau sur des tronçons de ponts métalliques; même parfois sur des ponts de fortune en bois.

Nous arrivons au-dessus de PFORZHEIM que l'autoroute contourne par le nord. Jusqu'à présent nous n'avions vu que de charmantes petites villes intactes aux fenêtres toutes fleuries de… drapeaux blancs. Ce qui laisse présager que le Wehrwolf dont nous menaçaient les derniers soubresauts de la propagane nazie ne serait pas bien dangereux. PFORZHEIM est la première trace visible de la guerre après cette Allemagne riante fleurie et prospère que nous avons traversée ce matin. Mais alors là il s'agit bien de traces: car la ville n'existe plus: du haut des collines qui la surplombent, on ne voit plus que des tas de cailloux alignés comme des dominos le long des anciennes rues.

La galopade continue. Le pays est de plus en plus ravissant dans ce printemps fleuri, du haut de ma tourelle, les vergers de pommiers sont superbes. Mais quand nous roulons sur une petite route, il faut faire attention aux branches, car elles sont juste à la bonne hauteur pour vous arracher le nez! Pour le moment mes sept chars se comportent bien, car BAILLOU m'en a donné 2 supplémentaires: en effet le Régiment a fait réparer par notre atelier des chars déclarés détruits que les Américains nous ont donc remplacés. J'ai dû prélever 2 aides pilote sur mes 5 équipages pour conduire les excédents. En fin d'après-midi nous arrivons dans une bourgade de SOUABE particulièrement bien pavoisée de drapeaux blancs qui se détachent harmonieusement sur des façades à pans de bois peintes de couleurs foncées marron, vert, brique. Nous nous arrêtons; cela va être notre gîte pour la nuit. Découverte du confort de la campagne allemande. Matelas profonds, couettes moelleuses. Nous sommes là dans la région de SCHWÄBISCH-HALL. Elle nous offre une bonne nuit.


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 30 Avr 2015 - 6:47

illustration de l'éternel "système D" : avec des chars déclarés détruits, on s'en bricole 2 de plus, et les aides-pilotes deviennent pilotes !
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MessageSujet: 1er mai 1945 ?   Ven 1 Mai 2015 - 9:23


[Mardi 1er mai 1945 ?]

Le lendemain on repart à une heure chrétienne: du moment qu'on fonce à toute allure ce n'est pas trop la peine de partir à l'aube. La direction générale cesse d'être l'est, nous nous portons maintenant vers le sud. Nous voici au début de l'après-midi dans une ville qui nous semble intacte et pittoresque. Mais les rues sont étroites et sinueuses, heureusement apparemment, le fléchage est bien fait car je ne vois plus la colonne. Quand j'arrive aux dernières maisons, il est évident qu'on s'est perdu, la route devient un chemin forestier. J'essaye de me rassurer en pensant qu'il nous est arrivé de prendre de petites routes. Mais voilà que ce chemin empierré veut traverser un petit cours d'eau sur un pont en dos d'âne; il semble protégé par un panneau 1,5T, nous stoppons. Je descends à pied; FOREST me rejoint: — «On a dû se perdre lui dis-je.» Il a un bon sourire et m'avoue ne pas savoir où nous avons quitté la route. Comme nous roulons vers le sud, nous devons être près de notre route. Le problème immédiat c'est le pont! Nous mesurons d'abord la largeur entre les deux parapets. Ouf! Il y a 10 cm de plus que la largeur du Sherman. Pour la solidité, il a l'air bien plus costaud que ce qui est marqué. Nous décidons d'essayer de passer dessus après avoir constaté que le ruisseau est infranchissable. Ses berges sont à pic et bordées de gros chênes. KAISER, seul à bord, fait passer le BORDELAIS II; comme c'est le plus lourd, s'il passe, les autres doivent passer. Je préviens tous les sous-officiers de guider soigneusement leur char, car si on ébranlait les parapets, cela pourrait entraîner la rupture du pont. Tout se passe bien et quelques kilomètres plus tard, nous retrovons la grande route avec le fléchage.

Peu après nous voyons des chars arrêtés sur la route: c'est l'escadron qui refait ses pleins. Je reproche gaiement à KAISER son manque d'attention: — «Pour une fois que je ne vois pas une flèche, tu aurais pu regarder! Mais mon Lieutenant on roule trop vite aussi.» Le reste de l'Escadron ne s'est même pas aperçu de notre disparition. BAILLOU nous apprend que nous allons cantonner dans la petite ville suivante.

On repart et on découvre notre gîte. Il y a tellement de draps blancs aux fenêtres en guise d'oriflammes que je me demande dans quoi nous allons coucher. Mais ils ont vraiment beaucoup de draps et nous ne sommes pas "comme Dieu en France" mais bien comme soldat en Allemagne. Le soir, au dîner, BAILLOU me plaisante sur mon errance: — «Alors, mon bon MISCAULT, vous n'avez pas eu peur du Wehrwolf dans votre équipée?» Je lui avoue que le pays n'a pas l'air très belliqueux, mais que la silve germanique a bien l'air profonde et impénétrable comme le trouvait déjà CÉSAR.

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MessageSujet: 2 mai 1945   Sam 2 Mai 2015 - 7:41


[Mercredi 2 mai 1945 ?]

Le lendemain matin au rassemblement pour le départ, je suis accosté par une vieille femme. Elle se plaint d'avoir eu à subir… des assauts infâmes d'individus mal intentionnés. Un instant je suis inquiet d'avoir à rendre justice contre mes chasseurs d'Afrique. REIDEL (mon ancien aide pilote) que j'ai appelé comme interprète car je ne comprends rien à son patois souabe, a de la peine à garder son sérieux: — «Mon Lieutenant, à son âge, je ne croyais vraiment pas…» Il apparaît qu'il s'agit de Russes (anciens prisonnier sans doute). Donc cette affaire ne nous concerne pas. Je lui dis de s'adresser au Commandement américain.

Peu après nous descendons dans la vallée du DANUBE près de ULM et nous reprenons l'autoroute. C'est là que nous avons vu les premiers avions à réaction [note: Messerschmitt 262] d'abord parqués sur le bord de l'autoroute; je me rappelle le fuselage en forme de requin. Peu après nous en voyons deux qui évoluent dans le ciel au-dessus de nous. Ce sont visiblement des pilotes américains qui les expérimentent. C'est sans doute un de ces appareils, encore expérimentaux, qui a abattu au mois d'août dernier SAINT EXUPERY en Provence.

Au début de l'après-midi, nous quittons l'autoroute qui mène à MUNICH; nous contournons AUGSBURG… La colonne s'arrête; puis nous progressons par tout petits bonds (1 km en 2 heures). Je vais aux nouvelles: il faut traverser le LECH sur un pont de chemin de fer à moitié détruit. La circulation routière U.S. organise le passage: les chars sont guidés un par un; le passage dure environ 5 minutes par char. Il est 17h30, il reste encore tout le 3ème Escadron à passer avant nous. Mais à 18h le détachement américain de circulation annonce au Capitaine de BORT qu'en raison de la tombée de la nuit prochaine, ils interrompent l'opération. BORT plaisante sur les fonctionnaires qui font la guerre. Il ajoute: — «Il paraît que de l'autre côté un village nous attend avec des draps blancs dans les lits. Moi je passe.» BAILLOU en pense tout autant.

Les gens du 3ème Escadron qui ont vu les Américains guider les chars s'y prennent de la même façon. Nous les regardons faire. Il faut penser que le pilote ne voit pas ce qui se passe à moins de 10 mètres devant lui: il faut donc le guider. Tout le monde se dépêche, il ne reste plus que quelques minutes de jour. Un des derniers chars du 3ème Escadron, mal guidé ou réagissant mal aux indications de son guide, appuie trop à droite et verse dans le trou qu'une bombe a ouvert sur 2 m dans le tablier du pont entre deux piles… nous pensons à la catastrophe, le LECH est en dessous, à une vingtaine de mètres, tout écumant de la fonte des neiges dans les Alpes de Bavière. Le fracas des eaux en crue est couvert par le grincement de ce Sherman qui glisse sur la ferraille. Contre toute attente et à notre grand soulagement, au moment où nous croyons voir le char basculer, il se trouve arrêté par la voie ferrée qui se trouve encore à sa droite. Elle maintient ce char par la tourelle. Le pilote est tout pâle. On remorque le char par l'arrière dans un grand bruit de frottement d'acier. Une bonne demi-heure a été perdue. BAILLOU demande l'avis des chefs de peloton. Réponse: — «on n'est pas bien ici pour monter la guitoune!»

Il faut améliorer le processus: l'incident précédent est survenu parce que le guide n'apprécie pas bien, avec la nuit qui tombe, la position exacte du char par rapport aux traverses. Les chenilles doivent dépasser la longueur des traverses de 5 à 10 cm à l'extérieur, de chaque côté. Ce qui est le plus important, c'est la position du char sur la voie. Donc le chef de peloton avec une lampe de poche va progresser à hauteur de l'avant du char et vérifier que le char est bien droit. Pour cela il marchera à reculons de traverse en traverse, sur la voie de droite, tant qu'elle existe; à partir de la coupure, la distance est faible; on pense qu'en continuant à rouler bien droit, on arrivera de l'autre côté. C'est à moi de commencer avec mes 7 chars. Cela marche pas mal. Une fois ou deux il faut arrêter le char pour le mettre mieux dans l'axe. Je passe de traverse en traverse et la longueur de 3 ou 4 traverses qui est dans le vide ne m'impressionne plus. Cela va de mieux en mieux. Quand je fais passer le dernier des 7 chars, au bout d'un moment je pense que je ne suis pas loin du trou. Je me retourne, je suis sur la dernière traverse, avant le saut dans le LECH écumant! (genre Durance à Saint-Clément). Vraiment cette fin d'avril est dangereuse!

Maintenant tout le peloton est passé! Je rejoins la route et nous arrivons au village: un sous-officier nous distribue le cantonnements. Bonne nuit dans un bon lit: le lendemain nous n'avons qu'une petite étape pour arriver dans un charmant village qui domine l'AMMERSEE. Le pays ressemble à la Normandie avec beaucoup de pommiers et de charmantes collines mais dans la brume au sud on voit les ALPES de BAVIÈRE où il y a encore un peu de neige.
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Dim 3 Mai 2015 - 15:36


HITLER est mort à Berlin, on attend la paix d'un jour à l'autre.

Il apparaît que ce village, au nom expressif de SCHONDORF-AM-AMMERSEE, sera notre cantonnement final. Toute la 2ème DB est stationnée autour du lac. La popote de l'Escadron est dans une superbe villa cossue qui appartient à un éditeur de BERLIN: Herr JANECKE. Toute sa famille est rassemblée. Ce monsieur est amoureux des Rolls-Royce, il y en a une superbe dans le garage: — «malheureusement précise-t-il, elle n'a plus de pneu. — cela ne fait rien répond BAILLOU, le colonel à qui nous allons l'offrir en trouvera certainement.» Effectivement cette voiture fut assez longtemps la voiture prestigieuse du chef de corps du 12ème R.C.A. C'est dans celle-ci que le colonel MINJONNET nous amènera à REIMS quelques semaines plus tard pour assister au mariage de BAILLOU. La précédente ROLLS-ROYCE de cet Éditeur (sans doute nazi) avait été accidentée. Il fit construire un beau canot automobile tout en acajou dans lequel ce gros moteur "8 cylindres" trouva une place digne de lui. Les officiers de l'Escadron firent de nombreuses promenades sur le lac dans ce bel engin.


Schöndorf © Michel de Miscault

De gauche à droite: DUFOUR, CATALA, BAILLOU, CANEPA
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   

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Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015
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