La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 3 novembre 1944   Lun 3 Nov 2014 - 8:37


N'OUBLIEZ-PAS DE SUIVRE LE PARCOURS SUR LA CARTE !

[Vendredi 3 novembre 1944]

Le 3 novembre l'Escadron est retiré et se porte à l'ouest à FRÉMÉNIL. Je reste avec la Compagnie LANGLOIS. La grande activité des fantassins du Tchad est de se saisir d'un cochon et de le mettre à mort. Cette cérémonie se passe en pleine rue sans se préoccuper des vues de l'ennemi. Voyant cela cet après-midi avec le Capitaine LANGLOIS, je lui fais remarquer cette manifestation peu prudente: — «C'est vrai qu'ils sont un peu inconscients, mais c'est pour cela qu'ils sont braves.» Je fais néanmoins chercher un char pour surveiller l'horizon dangereux. On entend arriver un avion, c'est un Piper cub de notre artillerie. Il va surveiller imprudemment, lui aussi, les crêtes au-dessus de la VEZOUZE. Le cochon, lui, a fini de crier, le seau est plein de sang, l'agitation de la rue se calme. Mais du côté du Piper cub ça se gâte. On voit une traînée de points lumineux verts qui montent de la côte vers lui. Le chef de char a vu; je lui confirme l'ordre de tirer 4 ou 5 obus. Et ma foi pour un tir à 2500m il se débrouille bien: le tir s'arrête, le Piper se dérobe en faisant des cabrioles et une minute après arrive un brancard précédé d'une croix rouge. Le tireur ne fait pas de détail avant qu'on ait pu crier halte au feu, il tire un nouveau coup qui semble arriver entre les deux porteurs de brancard qui s'applatissent. Je l'engueule quand même; mais les infirmiers ont dû avoir plus de peur que de mal, ils se relèvent. Le Piper reprend son observation et personne ne tire. Les spectateurs nombreux sont ravis de l'efficacité du tir.

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mar 4 Nov 2014 - 14:24


À la même époque, nous eûmes la visite du Général LECLERC. Le Capitaine LANGLOIS me demande de l'accompagner, pour accueillir le Général: — «Vous êtes mon commandant de l'Arme Blindée.» Le Général arrive accompagné par le Colonel de LANGLADE. Celui-ci se sent responsable de la vie de LECLERC dans son secteur et son imprudence probable le terrorise. Il nous demande de parler bas, il voudrait qu'on ne marche pas au milieu de la route. Tout cela amuse le patron qui demande: — «LANGLOIS, on peut monter dans le clocher? — Oui, mon Général, j'y mets un guetteur.» Le Colonel de LANGLADE: — «Ne vous montrez pas aux fenêtres!» On fait un tour d'horizon; je montre les endroits où les chars de VAUTRIN ont été démolis, je m'excuse de n'avoir pu empêcher le petit pont sur la N4 de sauter. Je m'entends répondre: — «Votre pont, mon vieux, je m'en fous; je ne passe pas par là. Pourquoi croyez-vous qu'on a pris BACCARAT?» Donc le Général vivait déjà au présent l'attaque de STRASBOURG. À ce moment il s'adresse à LANGLADE qui se redresse respectueusement pour répondre et ce faisant, donne un grand coup de casque sur la grosse cloche qui résonne. On commence à rire. Puis un fou rire général éclate car l'horloge qui marche toujours se met à sonner 3 heures.

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 6 novembre 1944   Jeu 6 Nov 2014 - 17:01


Deux jours après un déserteur allemand se présente sur le pont (sauté mais franchissable à pied), il est interrogé: il quitte son unité à cause d'une histoire disciplinaire. Il donne sans vergogne des renseignements détaillés sur la garnison allemande. Ses renseignements décident le commandant du Corps d'Armée U.S. à effectuer un tir "Sérénade" sur DOMÈVRE: pendant 1 minute toutes les pièces à portée de tir, soit plus de cent, de 105mm à 155mm, tirent à cadence maximum, cela fait environ 1000 obus! Nous entendîmes un gros "Broum". Le déserteur avait souligné avec une joie sadique le cantonnement des sous-officiers: — «Vous pouvez y aller, c'est tous des salauds.»

Voilà les évènements principaux de mon séjour à HERBÉVILLER. On peut y ajouter celui-ci. En mars 1963, en garnison à LUNÉVILLE depuis quelques semaines, nous sommes allés en famille voir le terrain de cette attaque. Nous sommes passés par AZERAILLES et PETONVILLE où je me suis arrêté pour raconter les ordres que nous avions reçus du Capitaine d'ALANÇON qui avec ses gros doigts qui masquaient toute la carte voulait suggérer les efforts à faire. Puis nous prîmes la petite route d'HERBÉVILLER qui marquait la limite est de mon peloton. Nous mîmes pied à terre en haut de la montée et traversâmes à pied les plantations de sapins et de bouleaux, toujours là. Je cherchais les marques de passage des chars; on devinait des cheminements en sinusoïdes et par endroit des vestiges d'arbres déracinés. Je les montrais à Godefroy et Bernard mais ils avaient des sourires incrédules. Tout à coup Bernard s'écria: — «Ce doit tout de même être vrai que vous êtes passé par là, regardez.» Et il me montra un élément de six patins de chenille de Sherman. Ces petits morceaux (qui pèsent une trentaine de kilo) étaient destinés à réparer les chenilles en cas de rupture!

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MessageSujet: 7 novembre 1944   Ven 7 Nov 2014 - 19:22


[Mardi 7 novembre 1944]

Le 7 novembre, je suis relevé à HERBÉVILLER et je rejoins l'Escadron à FRÉMÉNIL; d'ALANÇON me donne pour cantonnement la partie ouest du village,


© Michel de MISCAULT

je me retrouve donc dans la même position qu'à HERBÉVILLER et la VEZOUZE est toujours débordée au ras de la maison. Mais de l'autre côté il y a un village, DONJEVIN, qui est tenu par les Américains; sans doute ils font plus de volume que nous, car ils étaient beaucoup plus bombardés que nous. Chez nous il tombait une ou deux fois par jour quelques obus, surtout sur la place de l'église. On essayait d'y passer avec prudence.

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MessageSujet: 8 novembre 1944   Sam 8 Nov 2014 - 8:07


[Mercredi 8 novembre 1944]


© Michel de MISCAULT

Le lendemain, au moment de partir pour la popote, vers 11h30, j'entends trois ou quatre explosions sur la place de l'église. J'attends quelques minutes avant de sortir. Et j'arrive devant la popote au moment où une ambulance en part. Le Capitaine d'ALANÇON m'annonce que VAUTRIN a été sérieusement blessé pendant qu'il jouait aux échecs avec lui. Il est mort le soir. C'était le quatrième chef de peloton tué à la tête de ce peloton après les deux frères ZAGRODSKI. Ce Sous-Lieutenant VAUTRIN était un homme délicieux, gai, bon camarade et bien entendu d'une grande intelligence. En embarquant dans l'ambulance il avait dit à CATALA: — «Vous allez l'avoir votre peloton.» Ce même bombardement avait tué le Brigadier Chef CHOUICHA qui était le chef du petit groupe de manutentionnaires: — des chasseurs d'Afrique Algériens.

Nous étions consternés par cette mort stupide. On rappela la consigne de prudence et en particulier le danger des fenêtres.

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Dim 9 Nov 2014 - 9:50


Peu de jours après, je me promenais avec PICQUET sur les bords de la VEZOUZE (débordée toujours), nous vîmes arriver, conduits par CATALA et DUFOUR, trois chefs de peloton du 1er Escadron (du HAŸS puis PARCEVAUX) TRUCHIS, FALGUIÈRE et LA PONTAIS. Nous passâmes un bon moment ensemble. Ils venaient nous apporter leur sympathie et il est vrai que nous encaissions péniblement la mort de ce 4ème chef de peloton de notre Escadron; pour 3 pelotons cela faisait trop. En trois mois, j'avais perdu mes deux meilleurs amis, les Sous-Lieutenants d'ARCANGUES et de MASCLARY.

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mer 19 Nov 2014 - 22:01


Mais en dehors de quelques tirs, la vie était reposante.

C'est à ce moment que je fis les photos de tous mes équipages.


© Michel de MISCAULT


© Michel de MISCAULT


© Michel de MISCAULT

Un après-midi, je parlais dans la rue avec QUEFFELEC, le soir commençait à tomber. Nous entendîmes un bruit d'avions à basse altitude quant ils nous apparurent: la surprise fut grande de reconnaître 2 chasseurs Focke-Wulf à croix noire. Et encore plus de voir les 2 canons de 20 cracher leurs petits obus explosifs qui éclatèrent au sol autour de nous. Mais là nous eûmes plus de chance, personne ne fut touché. Ils étaient tellement bas que nous les vîmes que 5 ou 6 secondes. Je dis à QUEFFELEC de prévoir une veille à la DCA sur un char. Nous avions une mitrailleuse lourde de 12,7 mm sur chaque char. Puisque l'aviation allemande semblait se réveiller…

Le lendemain soir à la même heure même scénario. J'étais monté sur la plage arrière du sous-officier de garde. Celui-ci était prêt à tirer, mais il n'eut pas même le temps de tirer. Comme la veille nous vîmes les avions lancer leurs petits éclairs là où il n'y avait personne. Nous les entendîmes virer pour repartir à l'est et quelques secondes après on entendit le "pom pom" caractéristique d'un canon de 40 Bofors et, au communiqué du lendemain, on apprit avec joie qu'un des deux chasseurs avait été abattu. C'est les seuls avions allemands que j'avais bien vus pendant cette guerre.




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MessageSujet: 19 novembre 1944   Mer 19 Nov 2014 - 22:42


[Dimanche 19 novembre 1944]

Mais la grande affaire prenait corps: STRASBOURG! Les Américains étaient chargés de casser la croûte de la VorVogesenstellung (avant-fortification-des-Vosges). Mais la croûte était dure. Après deux jours de combats, la 79ème DI US ne l'avait qu'égratignée. LECLERC qui bouillait, proposa d'élargir l'attaque, il envoya un sous groupement de reconnaissance (MOREL-DEVILLE) s'infiltrer au sud de la Division américaine, puis encore deux jours après le sous groupement du Lieutenant-Colonel de LA HORIE (qui fut tué à BADONVILLER le 19 novembre) attaquer encore plus au sud le long de la montagne. BADONVILLER et CIREY furent pris.

Alors, le 19 novembre, ce fut le tour du groupement LANGLADE qui avait pour objectif le col de DABO.

MASSU était à droite, pratiquement dans la montagne; MINJONNET dans le piedmont. L'ennemi fut tout de suite en déroute, il avait cru pouvoir tenir la ligne fortifiée, et sur les routes des VOSGES nos colonnes eurent souvent à précipiter dans les ravins des véhicules hippomobiles. La principale difficulté était les routes: j'ai été surpris alors que, constituant l'arrière garde du sous groupement MINJONNET, je roulais sur l'itinéraire qui avait vu passer plus de 50 blindés de 30 tonnes, de voir des petits chemins vicinaux encore en état; cela malgré la pluie qui fut abondante pendant ces deux jours.

BAILLOU était rentré la veille, un peu "évadé" de l'hôpital et sans prendre de permission de convalescence (il la prit plus tard).

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 20 Nov 2014 - 15:21


Dans notre avance vers STRASBOURG nous rencontrâmes les premières belles forêts vosgiennes à la sortie de CIREY où l'Escadron attendit la fin de la matinée que les unités de tête dégagent.


© Michel de MISCAULT

Nous comprenons leurs difficultés car le terrain peut être, encore une fois, qualifié de peu perméable aux blindés. Nous nous attendons à être appelés à la rescousse. Mais non! Nous repartons toujours en arrière garde.

L'itinéraire est BERTRAMBOIS, NIDERHOFF, VOYER, HARTZVILLER, TROISFONTAINES où la colonne est de nouveau arrêtée. Nous venons de faire une trentaine de kilomètres sur des petites routes qui ont juste la largeur d'un char, parsemées de nids de poule et bordées de deux fossés débordant d'eau. Dans l'après-midi, nous arrivons à TROISFONTAINES.

Mon char se trouve stationné devant l'église. Je me dis qu'une petite prière dans l'église ne ferait pas de mal. J'entre, rejoint par PICQUET. Le curé est là, devant la porte. Je lui dis quelques mots. C'est un solide curé mosellan, «Pouvez-vous nous donner la communion, Mr le Curé? — Vous êtes à jeun?» demande-t-il, d'un air surpris. — «Non, Mr le Curé, mais, par un indult spécial du Pape, les troupes alliées en opération ont le droit de recevoir l'Eucharistie "en viatique". — Eh bien comme ça c'est d'accord.» Toutes les occasions sont bonnes pour nous rappeler la fragilité de nos vies.


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Ven 21 Nov 2014 - 9:36


On reprend la route; au carrefour de REHTHAL avant HASELBOURG, je trouve le Commandant MINJONNET avec BAILLOU. La nuit va tomber; des chars allemands sont signalés derrière nous, peut-être des Panther; ils pourraient vouloir nous faire du mal; BAILLOU: — «MISCAULT avec votre Peloton, en arrière garde du sous groupement, vous tenez le carrefour jusqu'à nouvel ordre.» Ce n'est pas si facile, nous sommes là au centre d'une petite clairière, les bois sont autour de nous à 200 mètres. Il fait nuit, il y a deux routes dangereuses, mais surtout celle qui part sur notre gauche vers le nord. Je place les deux chars de mon deuxième groupe côte à côte et on pointe les canons sur la sortie du bois, ils sont chargés de perforants. Mais la nuit sera calme.

De gauche à droite:

? aide-pilote, NOUGARET, KAISER, BUGEIA, ? chef-comptable


Photo prise par © Michel de MISCAULT


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MessageSujet: 22 novembre 1944   Sam 22 Nov 2014 - 8:16


[Mercredi 22 novembre 1944]

Au petit matin je me hâte de changer ce dispositif qui paraît ridicule au jour. D'ailleurs nous recevons l'ordre de rejoindre la colonne vers HAEGEN au sud de SAVERNE. Donc la 2ème DB a franchi les VOSGES. Il reste cependant à ouvrir le col de SAVERNE. Je monte donc allègrement vers le col de DABO avec mes 5 chars. Nous passons sous la chapelle dédiée au Pape St Léon puis après le col nous nous dirigeons au nord vers SAVERNE. Je poursuis ma route et tombe sur notre Escadron qui attend que le "nettoyage" de SAVERNE soit terminé. Cela ne va pas tarder mais il a fallu un certain temps tellement il y avait de prisonniers à rassembler, parmi eux le Général commandant la défense des Vosges du nord.

En fin d'après-midi nous pénétrons dans la ville où nous avons de confortables cantonnements. L'accueil est bien sûr chaleureux avec une nuance d'inquiétude et de prudence car on sait en ville que la route nationale 4 est encore coupée; les Allemands tiennent solidement PHALSBOURG. En réalité, nous, nous ne sommes pas inquiets, car tandis que QUILICHINI attaque depuis ce matin les défenses de cette place par l'ouest, BORT vient de partir avec son Escadron et la Compagnie FONDE pour les surprendre par l'est. De fait PHALSBOURG tombe avant la nuit. Nous avions avec nous un important train de ravitaillement que LECLERC avait précautionneusement placé derrière les sous groupements de tête; mais maintenant les gros porteurs de la 7ème Armée vont pouvoir nous approvisionner; et surtout les divisions d'Infanterie U.S. et l'artillerie vont nous rejoindre.


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MessageSujet: 23 novembre 1944   Dim 23 Nov 2014 - 13:54


[Jeudi 23 novembre 1944]

Le 23 novembre, on va à STRASBOURG. Mais désillusion après cette bonne nuit réparatrice, bien en forme, j'espérais que nous aurions droit à marcher devant. Ce fut MASSU et ROUVILLOIS qui, seul du groupement DIO, a passé les Vosges à LA PETITE-PIERRE, qui nous ouvrent la route. Le Sous groupement MINJONNET est en réserve derrière, et moi pour ne pas changer, en arrière garde. Je pars dans le milieu de la matinée pour WILLGOTTHEIM (D41) et je dois m'arrêter à CRONENBOURG pour recevoir de nouvelles instructions.

Il fait très beau ce matin, notre marche ressemble à une randonnée touristique. De temps à autre on aperçoit de loin une colonne sombre. Ce sont des prisonniers qui gagnent SAVERNE à pied, là ils seront mis en cage. Quand nous arrivons vers eux on voit les sous-officiers faire rectifier les rangs; le Feldwebel qui les commande fait faire tête gauche en nous croisant! Aucun élément français ne s'occupe d'eux pour le moment.

Maintenant on voit la flèche de la Cathédrale. Et on peut reprendre le contact radio. BAILLOU nous fait savoir que tout va bien. Il pense nous faire rejoindre dans 1 heure ou 2 la grande poste. En attendant on casse la croûte. Vers 15 heures, voici le message espéré. Rendez-vous dans 1 heure à la grande poste.

C'est assez grisant de rouler avec ses 5 chars groupés dans les rues de STRASBOURG. La ville est animée et gaie. Les tramway circulent, ils ne se sont d'ailleurs pas arrêtés. ROUVILLOIS ce matin a lancé son fameux message «Tissu est dans Iode» au milieu d'une ville intacte et animée. Cette conquête de STRASBOURG a été le triomphe de la vitesse. Les Allemands ne se sont aperçus de la prise de la ville que lorsqu'ils furent prisonniers.

Je suis enrhumé, je n'ai plus de mouchoir. Je ne sais pas pourquoi je pense qu'au dessus des bureaux de la poste il y a des logements de fonctionnaires allemands qui possédaient peut-être des mouchoirs. En effet sur une table il y a une valise, le pauvre homme n'a pas eu le temps de l'emporter. Je l'ouvre, il a 5 ou 6 mouchoirs. Bonne prise! Mais voilà une courroie de cuir qui apparaît. Je tire…, c'est un Leïca! BAILLOU arrive et me donne l'emplacement de notre campement: Caserne des Pionniers, avenue de la Forêt Noire. Nous y restons 3 ou 4 jours.

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MessageSujet: 24 novembre 1944   Lun 24 Nov 2014 - 20:00


[Vendredi 24 novembre 1944]

Le 24 novembre matin, DUFOUR est mis à la disposition d'un élément commandé par le Capitaine d'ALANÇON qui doit obtenir la reddition du système fortifié qui entoure la ville et qui résiste encore avec, dans le Fort Ney, le Commandant de la Place: Général VATERRODT. Pourparler! Le Général se rendra après un bombardement (pour sauver l'honneur).

Dans la Caserne des Pionniers que nous visitons méthodiquement, il y a des richesses: un magasin d'habillement avec des quantités de vêtements chauds, c'est justement le point faible de notre "paquetage"; il y a aussi un atelier de transmission où on réparait des postes de radio, appartenant à des gens de la garnison; il y a un lot d'appareils réparés. Un de ceux-ci me convient parfaitement, il nous permettra de nous tenir au courant en écoutant "Radio Suisse Romande"; il tiendra très bien dans le coffre du BORDELAIS II. Il supporta très bien les secousses du char et marchait encore en 1951 à Marburg!

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MessageSujet: 26 novembre 1944   Mer 26 Nov 2014 - 17:38


[Dimanche 26 novembre 1944]

Le 26 novembre, au déjeuner que nous prenons dans un restaurant de l'avenue de la Forêt Noire, BAILLOU désigne mon peloton pour participer à la prise d'armes qui doit avoir lieu sur la place Kléber pour célébrer la libération de la ville et rebaptiser cette place qui, du "temps des Allemands" s'était appelée "Platz Karl Rooss".
Vers 15 heures, je rassemble le peloton et nous partons. Pour rejoindre la place Kléber, nous parcourons les jolies petites rues de la vieille ville avec nos chars bien groupés. Sur le côté de la place s'alignent trois pelotons de Sherman: un peloton par régiment; sur les autres côtés sont rassemblées les unités des autres armes: infanterie, artillerie…

LECLERC arrive; il salue l'étendard du 12ème Régiement de Cuirassiers (dont le Sous-groupement ROUVILLOIS est entré le premier à STRASBOURG et qui était placé à ce moment sous les ordres du Colonel de LANGLADE).

C'est à cette occasion que des photographes de presse prirent une très bonne photo de LECLERC sur laquelle on voit en arrière plan l'équipage du BORDELAIS II.


© ECPAD Terre 339-8192


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MessageSujet: 28 novembre 1944   Ven 28 Nov 2014 - 10:28


[28 novembre 1944]

Le 28 novembre nous quittons STRASBOURG vers le sud, nous pensons que dans 2 ou 3 jours nous allons donner la main à nos camarades de la 1ère Armée qui viennent de prendre MULHOUSE. En réalité, le sous-groupement MOREL-DEVILLE ne peut progresser que lentement devant nous. La plaine est très mouillée actuellement. Les nombreux canaux débordent et tous les ponts sont défendus et minés. Nous nous arrêtons à KRAUTERGERSHEIM, merveilleuse halte de 2 jours.


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mer 3 Déc 2014 - 14:13


Un matin je reçois l'ordre de me mettre à la disposition du Commandant MOREL-DEVILLE qui a passé l'ILL à KOGENHEIM. On a établi un pont de bateaux sur l'ILL. De l'autre côté les véhicules semblent embouteillés. Je prends contact avec MOREL-DEVILLE par radio. Il me remercie d'être là et me dit d'attendre de nouveaux ordres. Je prends mes jumelles: le sous-groupement s'étire sur 2 ou 3 km d'un chemin bien médiocre. Au loin on entend quelques tirs. Je pense qu'ils sont arrêtés sur un passage miné. Le Sous-Lieutenant du Génie qui a lancé le pont de bateaux vient me demander de démolir la maison qui se trouve en face de ce pont et gène le passage. Son petit Bulldozer n'est pas assez puissant. Il me demande de passer à travers avec un char, ensuite il pourra facilement déblayer. Je dis à LETURMY de déposer tous les bagages et accessoires de son char ANGOUMOIS. Le pilote MINARD entrera en aveugle dans la maison, guidé par radio. Les préparatifs faits, l'ANGOUMOIS s'avance. À ce moment je vois un vieux paysan s'approcher: respectueusement: — «Monsieur Lieutenant, je crois devoir vous avertir que sous la maison il y a une fosse à purin.» Je me retourne pour crier halte à LETURMY. Trop tard: je vois le char qui est déjà sous la maison, disparaître en basculant. Heureusement une seule chenille est entrée dans la fosse et la tourelle l'a empêché de basculer complètement. MINARD ouvre son volet; il constate dégoûté que le purin affleure l'écoutille du pilotage. Il sort et, après son émotion, éclate de rire. On le congratule. Maintenant il faut sortir l'ANGOUMOIS. Au premier abord c'est impossible car il faut lever le char et ses 30 tonnes. NOUGARET passe un message à l'atelier régimentaire. En attendant je me dis qu'on ne va tout de même pas attendre sans rien faire. Je fais venir l'AUNIS et le SAINTONGE que l'on attelle pour tirer l'ANGOUMOIS par le côté et le faire basculer d'aplomb, tandis que mon BORDELAIS II le tirera par l'avant. Je ne crois pas beaucoup au succès. À mon commandement tout le monde tire… Je n'en crois pas mes yeux, l'ANGOUMOIS sort. NOUGARET appelle l'Atelier; ils sont déjà partis. Une demi-heure après le Recovery arrive avec ses treuils et sa chèvre. Ils ne sont pas très contents d'être venus pour rien. Avec des seaux et l'eau de l'ILL qui ne manque pas on nettoie l'ANGOUMOIS!

Les Spahis sont arrêtés par les ponts sur les canaux et les terres détrempées défendus énergiquement par des mines et des tirs ajustés de mortier et de mitrailleuse. Ils reçoivent l'ordre de s'arrêter. MOREL-DEVILLE me rend ma liberté. Je rentre à KRAUTERGERSHEIM. Il ne se passe rien d'important pour nous. Nous nous déplaçons vers le sud lentement.

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MessageSujet: 13 décembre 1944   Sam 13 Déc 2014 - 7:57


[Mercredi 13 décembre 1944]

Le 13 décembre nous somme à Epfig d'où on voit SÉLESTAT.

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MessageSujet: 14 décembre 1944   Dim 14 Déc 2014 - 9:45


[Jeudi 14 décembre]

Le lendemain, nous gagnons la banlieue de SÉLESTAT; le P.C. de l'Escadron est à MAISON ROUGE. Je vais me porter aux dernières maisons du Faubourg sur la route de RATHSMANHAUSEN.

On nous prescrit de nous installer dans les caves; les chars sont sur la route; on monte la garde car les Allemands sont à RATHSMANHAUSEN. La situation n'est pas agréable la nuit car nous n'avons pas d'infanterie autour de nous et les vignes viennent jusqu'aux maisons que nous occupons; ces vignes ont un mètre cinquante de haut, on peut s'y cacher et s'y faufiler très facilement. La nuit tombe. Nous avons une sentinelle dans une tourelle et une, au coin de la maison, fait la vedette. À la nuit noire le chef de poste me prévient qu'on entend des bruits dans les vignes. Je vais écouter avec lui. Il n'y a pas beaucoup de vent, une très légère brise. Nos prédécesseurs ont mis quelques boites de conserves sur les fils de fer des vignes pour faire une alarme sonore en cas d'infiltration ennemie. Je n'entends rien de bien probant, évidemment la nuit n'est pas très silencieuse. Un peu plus tard une sentinelle tire au P.M. Je vais la voir; j'ai l'impression que c'est de la nervosité. Je spécifie qu'il ne faut tirer que si on sait. C'est vrai qu'on a l'impression d'une présence humaine. La nuit s'écoule fatigante pour tout le monde. Au matin je vais prendre mon petit déjeuner à la popote, je parle à BAILLOU de mes problèmes de garde aux avant postes: la solution pourrait être de faire des patrouilles devant nous pour voir ce qui se passe, mais le commandant MINJONNET ne veut pas entendre parler d'exposer les équipages de char dans le métier qui n'est pas le nôtre. Là dessus arrive l'officier d'Artillerie qui est en liaison auprès de nous. Je lui parle de mon problème: je ne vois pas comment on pourrait empêcher des Boches un peu hargneux de s'approcher la nuit et de nous bazooker un char ou deux à notre barbe. On aurait l'air malin. L'artilleur me signale qu'un tir est prévu à environ 200 mètres de nous: «C'est beaucoup trop loin, s'il y a quelqu'un, c'est à 20 mètres. Prévoyez un tir au ras des lisières du village. On mettra les gens à l'abri en cave ou en char si on fait effectuer ce tir.» BAILLOU rigole un peu: «En somme, MISCAULT, vous vous faite tirer dessus au 105 pour éviter qu'on ne vous tire des «coups de pistolet.» Mais il y a aussi des Panzerfaust!

Je rentre au peloton et fais rassembler tout le monde pour les consignes de la nuit. Les chasseurs sont contents. Au crépuscule nous prenons le dispositif de nuit. Vers 21 heures alerte on entend des bruits! Je vais voir. Il me semble qu'il y a des bruits insolites. Je téléphone pour demander le tir prévu et on met le monde à l'abri. 2 minutes après, voilà les sifflements caractéristiques. Je me précipite dans la cave. C'est un peu affolant, on a l'impression que c'est sur nous. Je téléphone pour allonger le tir, de 50 mètres… Mais c'est vrai que cela tombait pas loin, le téléphone est coupé! Les 50 coups prévus sont vite tombés, voici le calme. Le reste de la nuit fut tranquille et les nuits suivantes aussi. On n'a pas su si les Allemands se sont découragés de venir ou si les chasseurs d'Afrique n'avaient plus envie de recevoir 50 coups de 105!

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Dim 14 Déc 2014 - 14:09

interessant les photos où je crois voir des berets basques
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MessageSujet: 17 décembre 1944   Mer 17 Déc 2014 - 18:32


[Dimanche 17 décembre 1944]

Le 17 décembre au matin, je vais comme d'habitude prendre mon petit déjeuner au P.C. de l'Escadron. Il y a effervescence à la popote: les Allemands viennent d'attaquer en force dans la région nord de LUXEMBOURG, en gros sur l'axe SAINT VITH — BASTOGNE — SEDAN. Leur progression est assez rapide au début, mais il y a quelques signes d'espoir. D'abord c'est PATTON qui reçoit le choc et il n'a certainement pas envie de ternir sa glorieuse campagne d'été par un échec. Ensuite le très important carrefour de BASTOGNE résiste; il y a des indices pour penser qu'il résistera plusieurs jours. Enfin le premier échec US est en grande partie dû au mauvais temps qui cloue l'aviation au sol. Ce mauvais temps doit aussi gêner les tirs à longue distance (3 km) des canons des blindés allemands, et c'était là leur grande supériorité. Tout cela nous permet de garder le moral.

Le Colonel de LANGLADE nous adresse un bel ordre du jour. Sa conclusion est à peu prés celle-ci: — «Le sanglier sort de son repaire, il est blessé, cet acte téméraire va nous permettre de sonner l'hallali et de l'achever.» Nous sommes tous de cet avis.
Pendant la semaine, l'offensive piétine et BASTOGNE tient toujours, ce qui enthousiasme les journalistes. Nous sommes aussi mis en garde contre les actions ennemies. Je commente tout cela à mes chasseurs d'Afrique et je constate que nous sommes tous à l'unissons et qu'il n'y a aucun défaitiste.

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MessageSujet: 25 décembre 1944   Jeu 25 Déc 2014 - 10:53


[Lundi 25 décembre 1944]

Les jours passent et notre confiance augmente avec la seule inquiétude du "dernier quart d'heure" qui seul fait gagner ou perdre les batailles. Le matin de Noël je me rends comme d'habitude au P.C. Il fait un bon petit froid sec et pas un nuage. S'ils ont le même temps dans les Ardennes, ça va faire vilain pour les Teutons. À ce moment de mes pensées j'entends un drôle de bruit dans le ciel: comme si on tapait sur une barrique vide. Il y a des petits nuages blancs qui s'effilochent, aspect curieux. Je comprends: ce sont des obus de mortier que les Allemands appellent "Propaganda" qui nous déversent des tracts. En voici qui tombent à mes pieds. J'en ramasse, ils disent à peu prés ceci: «Valeureux Français, vous n'avez pas de chance d'avoir associé votre sort à ces pleutres d'Américains qui se sont enfuis dans les Ardennes devant nos vaillantes Panzertruppen. Il est temps pour vous de reconnaître votre erreur, déposez vos armes car l'aviation U.S., leur seule supériorité, est clouée au sol par le mauvais temps.» Cette dernière phrase me remplit de joie; j'arrive hilare au P.C. en montrant le papier. La radio me confirme que dès l'aube les escadres de bombardiers de tous types ont décollé pour détruire les colonnes ennemies. Peu de temps après la contre-attaque s'ébranle, pour délivrer BASTOGNE qui résiste toujours.

Nous n'avons pas le temps de méditer sur cette situation: ordre de faire mouvement vers le nord. On se demande si on va participer à cette contre attaque. Ce qui est sûr, c'est que la route va être fraîche, car il fait un bon moins dix. Ce n'est pas mon 2ème galon qui me tiendra chaud. On vient d'apprendre qu'il y a toute une fournée de promotion: le Général de LANGLADE, le Lt Colonel MINJONNET, le Commandant GRIBIUS, le Capitaine BAILLOU, les S/Lt du 25 Novembre 1942 sont nommés à la date du 25 septembre avec 2 mois d'avance sur les usages; nos aspirants sont nommés Sous-Lieutenant.

Nous passons le col de SAVERNE sans désemparer et repénétrons en Lorraine, à SARRALBE nous virons à droite vers SARREGUEMINES. Ce serait amusant si nous allions libérer ma ville natale. Ce qui est moins amusant c'est qu'il fait épouvantablement froid dans la tourelle. Le poste du chef de char est intenable car une grande partie de l'air aspiré par le moteur descend par le tourelleau. Je suis donc assis dans un violent courant d'air glacial. Celui-ci s'infiltre partout. Vers SARRE UNION, nous faisons une halte d'une heure pour prendre un casse-croûte. Le Général de LANGLADE, légitimement fier de montrer ses étoiles toutes neuves à ses troupes s'arrête, alors qu'il doublait la colonne, pour nous dire bonjour. Nous nous permettons de la féliciter et PICQUET ajoute même qu'il est fier de participer à cette même promotion. C'est vrai que nous nous trouvions récompensés dans la personne de notre chef (suivant le dicton militaire).

Nous repartons: j'expulse KAISER du poste de pilotage en riant: — «Monte là-haut dans la tourelle, tu verras comme il fait bon». Par contre, même volet ouvert, le poste de pilotage me paraît merveilleusement tempéré. L'étape est courte, nous arrivons à la nuit à KALHOUSE notre cantonnement. KAISER a le bon goût de ne pas porter d'appréciations sur mes talents de pilote; il se content de me plaindre sur l'inconfort de la position de chef de char.

KALHOUSE est un village peu habité en raison de la proximité de la zone des combats. Nous y cantonnons confortablement en oubliant que c'est Noël.

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MessageSujet: 26 décembre 1944   Ven 26 Déc 2014 - 17:08


[Mardi 26 décembre 1944]

Le lendemain on nous explique que nous sommes en réserve d'un corps d'armée U.S. Devant nous il y a une division d'infanterie. Ce qui est surprenant, c'est que nous soyons si prés du "Front": explication: cette division vient de débarquer au HAVRE il y a une semaine, on les estime peu aguerris.

Le curé de KALHOUSE est resté, il dit sa messe tous les matins dans son Église à 7h; nous sommes quelques uns à y assister avant le petit déjeuner. Il n'y a pas grand chose à signaler jusqu'au début janvier 1945. Nous sommes en alerte permanente mais tout est calme. Nous faisons quelques patrouilles en chars pour repérer le lacis de routes. Il a neigé et nous constatons que le pilotage des chars est extrêmement difficile. Il y a un autre problème. L'atelier du Régiment a négligé de remettre en service les réchauffeurs qui facilitent le démarrage à froid des chars diesel dont il a changé les moteurs cet été, pensant peut-être qu'ils seraient détruits avant l'hiver! J'ai 2 chars dans ce cas dans mon peloton. Pour les faire démarrer le matin: une seule solution, les remorquer. C'est ce que nous faisons tous les matins. Ce qui remplit la rue d'un immense brouillard de gasoil.



Dernière édition par Jean PFLIEGER le Jeu 15 Jan 2015 - 9:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mer 31 Déc 2014 - 17:56


Un jour nous recevons la visite du service cinéma des Armées. Mon peloton fait quelques évolutions sur la côte qui domine KALHOUSE il y a là des blockhaus de la ligne Maginot et quelques cadavres de blindés allemands.



Le Commandant GRIBIUS, BAILLOU, PICQUET, CATALA.
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MessageSujet: 3 janvier 1945   Jeu 15 Jan 2015 - 9:49


[Mercredi 3 janvier 1945]

Le 3 janvier en prenant notre petit déjeuner nous voyons passer à toute allure dans la rue quelques véhicules américains vers l'ouest. Nous nous posons des questions. Avec BAILLOU nous décidons de mettre mon peloton en alerte immédiate car il est "de jour". DUFOUR monte avec son peloton se mettre en observation sur la crête de la ligne Maginot. Les renseignements officiels arrivent. Les Allemands ont repris GROS-RÉDERCHING et ACHEN, juste derrière la ligne Maginot. Les Américains doivent reprendre ce village.

Vers 14 heures BAILLOU me montre un télégramme du Sous-groupement: — «mettre un peloton en appui direct du Bataillon U.S. qui cherche à reprendre ACHEN. Interdiction de s'engager en première ligne». Je me rends au P.C. du Colonel américain qui commande ce Bataillon: premier ennui, personne ne parle français. J'avais prévenu LEREMBOURE (Tireur du Chef QUEFFELEC) de m'aider à comprendre les Américains mais ses connaissances de l'anglais sont sommaires. On essaye de s'expliquer. Le Colonel voudrait que j'entraîne ses fantassins en me mettant à leur tête pour une nouvelle attaque. Je lui fais répondre que j'ai reçu l'ordre formel de ne pas m'engager directement mais d'appuyer de mes feux l'action de ses fantassins. Je demande des objectifs à détruire mais il me dit qu'il ne sait pas où sont ses unités. Nous voilà bien! Je retourne à mon char et observe, aussi soigneusement que possible. Beaucoup de gens grouillent autour du village qui semble endormi à nos pieds. Les Américains encerclent apparemment le village. Arrive un officier américain. Il me désigne un petit groupe de silhouettes foncées qui se détachent sur la neige. Je pense qu'ils sont Américains car ils ont l'air d'aller à la pêche. Il m'assure: — «Ce sont des Germains». Je tire deux obus. Un autre officier arrive en courant: «Vous venez de tuer des Américains». Je suis confus et furieux et je me retirerais bien sous ma tente comme Achille.

Là dessus, arrive le Colonel MINJONNET et BAILLOU. Je rends compte des événements précédents. Le Colonel hocha la tête; il maintient l'interdiction de m'engager. Il va voir son collègue américain. Le voilà qui revient après une longue discussion: — «Écoutez, mon vieux, si on les laisse faire, on va coucher ici. Envoyez votre premier groupe. — Mon Colonel, il faut envoyer tout le peloton, vous voyez que d'ici je ne peux pas les appuyer. — Mais non, un groupe sera bien suffisant». Il y a tout de même quelqu'un de content, c'est ce cher QUEFFELEC qui brûle de montrer ce qu'il sait faire et qui s'est très bien débrouillé à HERBÉVILLER. Il part avec un sourire jusqu'aux oreilles. La descente jusqu'à la route est spectaculaire: les chars partent comme sur des skis. Le SAINTONGE (QUEFFELEC) franchit bien le fossé et prend la route, l'ANGOUMOIS prend le fossé trop en biais. Une chenille s'engage dedans, il ne peut en sortir. Le Colonel est à côté de moi; je lui dis que je dois partir avec le 2ème groupe pour ne pas laisser QUEFFELEC tout seul: — «Mais non, que vous êtes impatient! Attendons cela va peut-être très bien se passer». On voit le SAINTONGE pénétrer dans le village, quelques Américains derrière. On entend une bagarre mitrailleuse canon. — LEREMBOURE, à la radio: «Voici la situation. Le chef QEFFELEC est tué, j'entreprends la destruction des îlots de résistance et des 2 canons d'assaut qui ont l'air en panne». Je lui réponds: — «Commencez par les canons d'assaut. Vous voyez, mon cher, il se débrouille très bien». Je goûte peu son humour noir; QUEFFELEC était un garçon merveilleux, d'une bravoure et d'une rectitude morale exceptionnelle, animé d'une joie permanente et d'une foi chrétienne admirable.

Le Commandant GRIBIUS arrive à son tour, voyant que le Colonel MINJONNET ne veut pas me laisser descendre, il y va tout seul. Comme d'habitude il a son képi bleu, son imperméable vert et son grand porte carte.

On entend le SAINTONGE qui tire à toute volée au canon. C'est vrai que LEREMBOURE se débrouille très bien. On entend sur la radio les ordres qu'il donne à son pilote. Il tire dans toutes les fenêtres. Visiblement la terreur règne chez les Allemands, on n'entend plus de réaction. Par contre LEREMBOURE exulte, on entend sa voix de plus en plus aiguë qui communique l'effet de son tir. Enfin: — «Voici que les Américains arrivent, il n'y a plus de combat». Le Colonel américain vient nous remercier. Ses hommes sont en train de compter les prisonniers.

GRIBIUS confirme que l'affaire a été chaude. En arrivant au village, il a trouvé le MdL de VAUMAS dans la rue gravement blessé. Il l'a tiré à l'abri dans une grange. Ce pauvre VAUMAS était le tireur d'ARCANGUES à MÉZIÈRES-SOUS-BALLON; après la mort de d'ARCANGUES, fait prisonnier, il s'est évadé avec CASTALION. Nommé Sous-Officier, le voici lui aussi disparu. Lorsque son char fut mis en panne de terrain, ayant appris par la radion la mort de QUEFFELEC, il voulut prendre le commandement du SAINTONGE pour poursuivre la mission. LEREMBOURE me raconte qu'arrivé au centre du village, voyant les Américains un peu loin derrière, QUEFFELEC se mit debout derrière sa tourelle pour mieux voir la situation. C'est comme cela qu'il fut atteint par une grenade. Nous regardons le char à l'extérieur: ils ont eu une chance merveilleuse. Un Panzerfaust a éclaté sur l'avant du char et l'explosion s'est développée en long dans l'épaisseur du blindage latéral, donc sans causer de dégâts. Un autre tiré trop en biais a ricoché sur le blindage.

Nous rentrons à KALHOUSE. Je suis épouvantablement triste.

Le soir au dîner nous discutons de ce combat avec BAILLOU. En conclusion je dis: — «Le Colonel a voulu montrer aux Américains qu'il pouvait avec un seul char prendre un village qui narguait tout un bataillon U.S. Moi je trouve que cela ne vaut pas la vie de deux excellents sous-officiers».

On a cité pour la Croix de Guerre tous les membres de l'équipage et on a immédiatement nommé LEREMBOURE Brigadier.

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MessageSujet: 4 janvier 1945   Jeu 15 Jan 2015 - 10:07


[Jeudi 4 janvier 1945]

Le lendemain on enterra dignement ces deux sous-officiers. BAILLOU me demanda si je voulais y aller. Je ne tenais pas à paraître; je pensais que j'aurais mieux fait de désobéir un peu aux ordres du Colonel et de descendre tout de suite avec tout le peloton. Évidemment après coup on sait que cela aurait évité la mort de ces deux braves. En tous cas je préférais ne pas voir tout de suite le Colonel MINJONNET. BAILLOU me comprenait et je crois que GRIBIUS partageait mon point de vue car il ne m'en a jamais parlé.

En même temps que se déroulaient ces événements. Voilà ce qui s'était passé à GROS-REDERCHING au Sous-groupement MASSU. Le peloton du Lieutenant RIVES-HENRY reprenait le village avec la Compagnie LANGLOIS du R.M.T. Le soir ces éléments devaient être relevés par une unité américaine. À la tombée de la nuit quelques chars Sherman se présentent, on les accueille sans méfiance. Tout à coup ils ouvrent le feu sur les nôtres et s'enfuient après avoir causé des pertes et en particulier le Lieutenant RIVES-HENRY fut tué.

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Aujourd'hui à 16:58

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Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015
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