La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mar 29 Juil 2014 - 14:23

Lieutenant Michel de MISCAULT (3/4/12ème RCA)



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Le Colonel Michel de MISCAULT m'a remis, il y a peu, une copie de ses mémoires.

70 ans après, nous allons donc pouvoir revivre au jour le jour les combats
vus depuis le char de commandement du 3ème Peloton du 4ème Escadron
du 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique de la Division Leclerc.

Merci, mon Colonel, d'avoir accepté de nous partager vos souvenirs!
Puisse ce témoignage raviver en nous la flamme qui vous dévorait au service de la France!


Après environ 3 mois passés dans le Yorkshire,
le 12èmeRCA part rejoindre la côte sud de la Grande-Bretagne.
Nous sommes le 24 ou le 25 juillet 1944 si l'on en croit le journal de marche de l'escadron.


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Jeu 14 Mai 2015 - 10:33, édité 4 fois
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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mar 29 Juil 2014 - 14:31


Vers la fin juillet voilà enfin l'ordre de gagner la zone d'embarquement. Je reçois l'ordre de me rendre à la gare avec mon peloton et d'embarquer mes chars sur des wagons porte char spéciaux. L'embarquement est très rapide, le train porte 10 chars et 2 wagons de voyageurs pour les 50 membres d'équipage; l'autre peloton est du 12ème Cuir. Il est commandé par PERRIER qui sera tué en Alsace. Voyage très rapide: le soir nous arrivons à BORMOUTH* où je retrouve l'Escadron.
—————
Note:
* BOURNEMOUTH
—————

Deux à trois jours plus tard nous embarquons sur un nouveau LST. Nous partons le soir* et arrivons au petit matin en vue des côtes de Normandie (émotion).
—————
Note:
* le lundi 31 juillet 1944
—————


Mardi 1er août 1944

On attend que la mer baisse un peu pour ne pas mouiller nos chars! La traversée s'était déroulée sans aucune anicroche, ce qui révélait maintenant la suprématie totale de l'aviation alliée. Les innombrables ballons captifs qui parsemaient le ciel faisaient figure de précaution inutile.

L'énorme rassemblement des colonnes de chars se forme sur les pistes surélevées qui semblent posées sur les marécages de SAINTE-MÈRE-ÉGLISE. Les orienteurs de la Division dont nous ne connaissons pas encore la maestria qui ne se démentira jamais ont fléché l'itinéraire que nous devons suivre:
>—Ⓛ—> (L pour Langlade).
Avec fort peu d'à coups et d'embouteillages notre colonne s'écoule. Des orienteurs-jalonneurs nous avaient pris en charge dés la sortie du LST et grâce à nos insignes d'escadron peints sur les chars nous avaient envoyés sur la bonne file.

Mercredi 2 août 1944

Nous quittons le lieu de rassemblement vers PÉRIERS. La guerre était passée par là. Première constatation, l'odeur épouvantable qui se dégageait de centaines de cadavres de vaches qui pour la plupart étaient gonflés comme des ballons de rugby. Plus nous allions vers le sud-ouest plus les villages avaient souffert. Le summum était atteint à la petite ville de PÉRIERS qui était réduite à des tas de pierres alignées le long des rues.

Le paysage de la campagne est à première vue intact mais il nous laisse rêveurs. Je connaissais, bien sûr, le bocage. Celui-ci est particulièrement impropre à la bataille de chars: les talus sont hauts et en bon état. Les chênes qui les couronnent sont presque partout trop serrés pour qu'un char puisse passer entre deux.

Le Régiment s'installe en carré dans un groupe d'herbages. Outre les "talus bretons" qui forment déjà un bon camouflage, le milieu des prés est parsemé de pommiers; à première vue nous sommes bien camouflés contre les vues aériennes.

Le Général PATTON a fait confectionner de gros fers de lance en plaques d'acier que nous avons fixés à l'avant des chars et qu'on peut relever ou abaisser en utilisant le canon. Nous profitons de ce stationnement pour essayer. On fonce, avec l'éperon horizontal à 40 cm du sol, en choisissant un endroit où les arbres ne sont pas trop gros; après un ou deux coups de bélier on suppose les racines des arbres coupées et on avance avec l'éperon relevé; si cela marche le char écrase le talus et passe. Cela fonctionne à peu prés mais c'est fragile. En réalité nous devrons exceptionnellement sortir des routes.

Les pleins faits on mange une ration de combat (cette fois ce n'est plus les fameux "meat and beans") et on dort sous le char pour éviter la rosée. Je pense à ce pauvre bourg de PÉRIERS et me souviens des derniers communiqués que nous avions entendus avant de quitter FIMBER-STATION: "Après des bombardements massifs les troupes de la 3ème armée US ont percé le front Allemand dans la région de Carentan, La Haye du Puits, Périers".


Dernière édition par Jean PFLIEGER le Sam 9 Aoû 2014 - 10:10, édité 4 fois
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daddyfred34
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Lun 4 Aoû 2014 - 8:57

Merci pour ce don d'une valeur inestimable... Nous avons hâte de lire la suite.

cordialement,
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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Lun 4 Aoû 2014 - 10:12

Pour vous faire patienter un peu, (il n'y a rien dans les mémoires ces jours-ci) voici la composition de
l'équipage du Sherman n° 60 VENDÉE (Char de commandement du 3ème Peloton)

Chef de char et de peloton: S/Lt Michel de MISCAULT
Tireur: 2ème Classe Marcel BUGEIA
Conducteur: Brigadier Arthur KAISER *
Aide conducteur: 2ème Classe Pierre REYDEL
Radio: 2ème Classe Alfred NOUGARET

——————
* Arthur KAISER a publié ses mémoires:
Un artisan Alsacien dans la Division Leclerc - Muller édition 2001

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Paulisel
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Lun 4 Aoû 2014 - 14:33

Très intéressant. Merci à l'auteur et au "rapporteur"./

Cordialement. P.I.
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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mar 5 Aoû 2014 - 9:23


Samedi 5 - Dimanche 6 août 1944

Au réveil on reçoit l'ordre de marcher vers le sud jusqu'à Avranches. Dans l'après-midi nous marquons un temps d'arrêt au-dessus de la Sélune (côté nord). Puis on prend nos dispositions pour passer la nuit en carré dans l'herbage. L'ordre est donné de se camoufler soigneusement sous les arbres. Le bruit court que les Allemands ont déclenché une contre attaque de Mortain vers Avranches. Nous nous demandons un peu si les Américains ont pris assez de précautions. Ça serait tout de même bête d'être ramassé dans un piège au premier combat. Les renseignements officiels arrivent: il y a bien une contre attaque. Mais une unité américaine fait face, chargée de défendre le flanc de l'armée. Le Colonel de LANGLADE a envoyé un détachement de reconnaissance soutenu par l'Escadron de BORT pour parer à toute éventualité. Nous nous endormons ou plutôt j'essaye de dormir. Avec le calme de la nuit on entend de très lointains bruits de combats. De temps à autre un avion, sans doute allemand, tourne autour de nous très haut. Sommes-nous suffisamment camouflés? Pour augmenter mon inquiétude une grosse fusée parachute éclaire le paysage: que faut-il faire? La raison répond: il ne faut rien faire, il faut dormir. Je pense au psaume 90: "Délivrez-nous des terreurs nocturnes, de la flèche qui vole le jour". Je repense à ma méditation sur la mort sur le bateau. Il faudra y repenser souvent. Je m'endors et me réveille par un beau soleil: entre les arbres on aperçoit la mer et en cherchant bien on voit le Mont St Michel. Il a résisté aux Anglais pendant toute la guerre de cent ans, il va nous protéger.

Les tuyaux sont bons: on dit qu'un peloton de Spahis de 4 auto mitrailleuses a arrêté les Allemands, sans doute les Spahis étaient-ils aidés par 100 "Forteresses volantes". C'est presque vrai! Mais c'est les Américains qui ont la situation en main. Tout de même nous restons par prudence à garder l'étranglement d'Avranches jusqu'au 8 août au soir. Nous en profitons d'ARCANGUES et moi pour bavarder avec bonheur. Je ne sais pas que ces deux jours d'intimité sont les derniers.

Mardi 8 août 1944

Le 8 août au soir, on reçoit l'ordre de gagner la région du MANS en passant par FOUGÈRES et SABLÉ: 200 km! Nous recevrons des ordres ultérieurement. Toute la journée nous roulons sur des routes jalonnées de flèches. Dans chaque ville et village, la population nous acclame.

Mercredi 9 août 1944

Le soir du 9 août nous passons l'HUISNE* sur un pont de bateaux américain. Ordre: faire le plein, manger, dormir: réveil 6h.

Avant de m'endormir je repense à cette journée. Les tuyaux de cuisine étaient vrais: les Américains ont jugulé l'attaque allemande. Vraiment PATTON est un chef, un vrai cavalier. Non seulement nous avons fait 200 km derrière la "Reconnaissance" mais à l'arrivée il y avait un pont de bâteaux établi sur l'HUISNE*. Il ne manœuvre pas étroit. Tout va bien.
—————
Note:
* Il s'agit probablement du pont de bateaux établi sur la Sarthe entre La Chapelle Saint Aubin et Saint Pavace.
—————


Jeudi 10 août 1944

On se met en route et on reçoit les ordres. Le 4ème Escadron renforcé de la 7ème Compagnie du RMT (Capitaine FONDE) doit progresser en tête du GTL* vers la Forêt de PERSEIGNE à l'est d'Alençon.

Le Capitaine HARGOUS donne ses ordres:

— «ZAGRODSKI! Vous prenez la tête avec votre Peloton sur l'itinéraire: Mézières-sous-Ballon, Dangeul, Louvigny; vous bousculez les résistances légères; vous fixez et débordez les résistances plus importantes. La progression doit être rapide: d'ailleurs vous connaissez la musique. Vous êtes suivis par d'ARCANGUES et MISCAULT. La Compagnie FONDE du 7/III/RMT est en réserve derrière nous».

Nous partons… À mon avis un peu trop vite. Le terrain est épouvantable pour nous: la route (5 m de large) serpente entre deux haies épaisses et hautes: même de la tourelle du char on ne voit rien, les sinuosités de la route sont telles que l'on ne voit vraiment pas à plus de 100 m devant soi. La plupart du temps on ne pourra pas sortir de cette route. Je me pose la question: que ferais-je si j'étais à la place de ZAGRO? Je pense que je demanderais l'appui d'une section d'infanterie pour qu'un groupe de combat m'éclaire.

En une demi-heure nous avons fait prés de 15 km! Nous arrivons au carrefour des SABLONS devant MÉZIÈRES-SOUS-BALLON. On entend deux ou trois coups de canon. Deux gros panaches de fumées jaunes s'élèvent. La voix du Capitaine à la radio:
— «Les deux chars de tête** sont détruits, le Lt ZAGRODSKI est tué. S/Lt d'ARCANGUES: cherchez à contourner la résistance ennemie par l'ouest. Une section d'infanterie progresse dans les collines par l'est. MISCAULT appuyez la progression de d'ARCANGUES depuis votre position, sans vous avancer».

J'avais quitté la route au moment de l'arrêt de la colonne, j'étais dans un herbage à gauche de la route. Devant moi à 50 m il y a une haie. Je me mets en observation à travers celle-ci: à 200 m devant, une autre haie. J'envisage d'aller voir au-delà. Le Capitaine arrive à ce moment: je lui fais remarquer mon incapacité à soutenir effectivement le Peloton qui doit être devant moi si je ne m'avance pas un peu:
— «Non! Restez ici. Nous allons avoir une intervention aérienne».

Quelques minutes plus tard voici effectivement des avions de l'Air Support. Ce sont des "Thunderbolt" reconnaissables à leur gros nez qui abrite un moteur en étoile; nous les suivons attentivement des yeux car les instructions spécifient que si les avions balancent des ailes cela signifie qu'il faut retourner les panneaux d'identification du côté rouge, actuellement ils sont posés sur le côté blanc sur nos plages arrières.

Mais ils ne battent pas des ailes, je vois deux bombes qui se détachent et explosent à 50 m de moi, je suis assis à la tourelle le buste à l'extérieur, le souffle m'arrache mon casque, le half-track de l'échelon qui est sur la route prend feu***. Je plonge dans la tourelle:
— «Vite NOUGARET, une grenade rouge!».
NOUGARET est un homme d'ordre et de méthode, la grenade est immédiatement dans ma main, je la lance au moment précis où les deux avions reviennent. Le gros nuage rouge les avertit de leur erreur, ils s'en vont tout penauds. Au même moment le Colonel de LANGLADE impitoyable apostrophe le malheureux Colonel de l'Air Support qu'il jugeait responsable de cette erreur.

Le Commandant MINJONNET pense qu'il vaut mieux arrêter: l'Escadron HARGOUS (4ème), il le remplace par l'Escadron de BORT (3ème). HARGOUS donne donc l'ordre au Peloton d'ARCANGUES de rentrer sur sa position initiale. Le Maréchal des Logis Chef BRISSÉ, son sous-officier adjoint, rentre donc avec 4 chars: il nous annonce que le Lt qui avait presque fait le tour du village rentrait en le contournant: en réalité, à ce moment, d'ARCANGUES tomba sur le bouchon allemand qui avait déjà tué ZAGRODSKI. Son char "NAVARRE" fut démoli, un de ses hommes fut tué; lui même, la jambe arrachée, mourut peu après. Son pilote et son tireur: CASTALION et de VAUMAS furent faits prisonniers; ils s'évadèrent le lendemain à la faveur du repli précipité de leurs geôliers.

L'escadron se remit en route derrière le 3ème Escadron. On chercha à se refaire le moral: il était dur à avaler qu'en moins d'une heure nous avons perdu deux officiers, 1 sous-officier, 5 chasseurs d'Afrique et 4 chars.

Le soir des renforts nous arrivèrent au bivouac: les 4 "chars de remplacement" du Régiment commandés par l'Aspirant DUFOUR qui remplaçait le S/Lt d'ARCANGUES, et l'Aspirant ZAGRODSKI qui remplaçait son frère au commandement du Peloton.

Le plus dur à encaisser était qu'on semblait n'avoir causé aucune perte aux Allemands qui décrochaient avant la reprise de la progression par l'Escadron de BORT****. Quant à moi j'avais entendu la bataille et n'avais même pas aperçu un Allemand.
—————
Notes:
* Groupement Tactique de Langlade.
** Les chars Sherman
BORDELAIS (n° 65) & ARMAGNAC (n° 67).
*** Le char Sherman
LABOURD (n° 72) est détruit par erreur par l'aviation américaine.
**** 3ème Escadron

—————


Vendredi 11 août 1944

Après une nuit sans espoir et sans joie, nous quittons le bivouac. Ces nuits sont courtes. On s'installe à la tombée de l'obscurité, on camoufle les chars le long des haies en choisissant si possible les emplacements sous les gros chênes. On refait les pleins, on vérifie la mécanique; éventuellement il faut demander à l'échelon de refaire certains réglages: synchronisation des moteurs, réglage de l'embrayage… Puis on répartit la garde: une sentinelle veille dans chaque Peloton, les chefs de Peloton prennent la garde (quart) à tour de rôle. Il nous reste de 4 à 5 heures de repos. Nous les passons sous le char pour éviter la rosée et éventuellement la pluie. Autre difficulté, les repas: de jour nous ne savons pas quand on va s'arrêter; très souvent dès qu'on se décide à ouvrir une boite de conserve on repart et le déjeuner est terminé.

Le soir à l'entrée de LOUVIGNY les derniers chars du 3ème Escadron pensent avoir été tirés par des tireurs isolés situés dans les greniers; nous tirons au ras des toits, des greniers prennent feu. Ce doit être une méprise.

Nous nous arrêtons dans un herbage à 2 km du village. Tout le sous-groupement MINJONNET est rassemblé de part et d'autre d'un carrefour de 4 chemins creux.

À 2h du matin, DUFOUR me réveille: c'est mon quart. Je viens de m'endormir; je me demande comment je vais pouvoir rester éveillé. Marcher dans le bivouac ne serait pas prudent et risquerait en outre de gêner les sentinelles. Je me mets à califourchon sur mon canon: c'est un bon poste d'observation et je pense que je resterai éveillé.

En réalité subitement je suis tiré de mon sommeil par une rafale de mitraillette. Je saute de mon perchoir et me dirige vers la sentinelle qui a tiré: c'est LEREMBOURE tireur de mon sous-officier adjoint QUEFFELEC. Il vient de crier aux armes après avoir tiré:
— «Mon Lieutenant, il y avait des hommes qui progressaient dans le chemin creux à 50 m. Au moment où j'allais les interpeller, j'ai entendu parler allemand alors j'ai tiré tout de suite.
— Continuez à réveiller l'Escadron, je vais tout de suite dégager mon char».
Car si LEREMBOURE dit vrai, les Allemands sont sous les chars de l'Escadron. Je réveille KAISER mon pilote et les autres. Mon pilote est le premier prêt, nous sautons tous les deux dans le char et je crie aux autres de venir nous rejoindre et nous partons dans le milieu du pré face à la direction probable de l'ennemi. Je cherche à me repérer. Nous sommes bien au milieu du pré; l'ennui c'est qu'on n'entend plus rien avec le bruit du moteur. Je crie à KAISER:
— «Stop moteur».
Voilà les autres qui arrivent, nous voici au complet. Je réclame le projecteur à main; tout le monde s'abrite; j'éclaire un petit coup: nous recevons une grêle de balles dont une que nous verrons le lendemain fichée sur la bouche du canon! Mais nous avons vu la mitrailleuse qui nous a tirés: ils sont sous le char de ZAGRODSKI. Le pilote de ce char a sauté sur ma plage arrière:
— «Mon Lieutenant, vous avez vu? Ils sont sous mon char!
— Camoufle toi bien, je lui réponds, ils nous tirent dessus!
— Mais je ne veux pas qu'ils me brûlent mon char!»

Pendant ce temps BUGEIA a arrosé à la mitrailleuse le dessous du char et ses abords. Évidemment, comme nous sommes en carré, il y du monde à nous derrière le char sur lequel on vient de tirer. Dans le brouhaha du S/groupement qui se réveille on entend le Commandant de FURST qui crie:
— «Ne tirez pas, vous tirez sur vos camarades».
Le pilote de ZAGRO de plus en plus excité répond:
— «Eh! Mes C……!»
Il y a maintenant pas mal de monde du Peloton ZAGRO derrière mon char qui le préviennent:
— «C'est le Commandant de FURST!
— Mon Commandant, ajoute ce bon titi parisien, y sont sous mon char! Mon Lieutenant, si vous voulez, on devrait prendre mon char à l'abordage. J'ose pas y aller à pied et j'aimerais pas qu'ils me le crâment».
C'est ce que nous faisons. Pendant ce temps un détachement à pied du Régiment a fouillé le terrain, on a fait une trentaine de prisonniers, des combattants Allemands qui cherchaient à rejoindre leurs unités à la suite des combats de la journée. De notre côté nous n'avions pas de pertes.

Samedi 12 août 1944

Au soleil, nous nous réveillons fatigués! Devant nous la Forêt de PERSEIGNE comme une grosse taupinière devant la dépression de la vallée de la Sarthe, à droite d'Alençon. Nous devons la traverser!

Nous nous apprêtions à partir, quand un ordre de stopper nous arrive. PATTON a décidé de ne pas traverser ce guêpier, il le fait bombarder et nous devons nous rabattre vers le Sud d'Alençon où nous rencontrons le Lieutenant BOUCHER du 1er Escadron (chars légers) qui nous pilote jusqu'à DAMIGNY. Il me montre la route de LONRAY en me disant bonne chance. Le Capitaine HARGOUS est à côté de moi, il m'indique l'itinéraire jusqu'à CUISSAI puis CARROUGES.

Je prends la tête du Peloton. Le terrain est assez découvert, à notre droite à 500 m on voit le parc du château de LONRAY; je passe devant une maison dont le pignon n'a qu'une fenêtre. Pendant que je regarde cette maison, je vois un trou noir apparaître dans ce volet vert à 50 cm de ma tête. Il faut se résoudre à l'évidence, un antichar me tire dessus et il me rate heureusement. Je fais aussitôt reculer le char, mais je ne vois aucun abri. Dans cette manœuvre, nous heurtons un pylône électrique en béton qui casse et s'écroule dans un emmêlement de fils d'où sortent plein d'étincelles bleues. Je me demande ce qu'il y a de plus dangereux du courant ou des obus: en voici un autre qui atteint un poteau resté debout. Le Capitaine HARGOUS arrive avec le Commandant MINJONNET, la nuit n'est pas loin. MINJONNET décide de s'arrêter en retrait de quelques 100 m. Il est incompréhensible d'avoir eu affaire à des canons qui tiraient si mal! Merci Jeanne d'Arc.

Dimanche 13 août 1944

Le lendemain matin nous reprenons la route, mais cette fois-ci derrière une unité qui nous précède, nous arrivons ainsi au carrefour de CARROUGES. Le Capitaine vient vers moi: — «MISCAULT vous prenez la tête de l'Escadron, vous nous menez à SÉES: je ne veux pas de pertes!» Je pense, "et moi non plus"! Je dispose d'un groupe de Voltigeurs du 7ème RMT. Je les découple devant moi à portée de voix. Rapidement je comprends que c'est au milieu d'eux que les décisions sont à prendre. Je saute de mon char et éclaire ainsi avec eux la progression du Peloton que je n'engage qu'après avoir observé le terrain de tournant en tournant et de haut de côte en haut de côte. Le pays est de nouveau très couvert: d'abord des broussailles et ensuite des herbages bordés de haies.

Tout à coup une grêle de balles explosives gicle au milieu de nous: nous sommes une dizaine sur 50 m de route: personne n'est touché! Je me retourne, la tourelle de mon char tourne déjà. Je n'ai qu'à lever le bras, le coup de 75 claque et une automitrailleuse qui avait tiré derrière les haies ramasse le pruneau et prend feu. Je ne comprends pas comment ils ont pu nous rater à si courte distance. Merci Jeanne d'Arc!

C'est à ce moment que HARGOUS arrive: — «Vous ne pouvez pas aller plus vite!» Je lui montre les débris fumant: — «Il faut tout de même regarder où on met les pieds!» Après un tournant à droite la route est toute droite et pénètre dans la forêt d'Écouves. À 1 km devant nous une silhouette brune inquiétante marque le haut d'une côte. Jumelle! C'est un char IV. Je saute derrière ma tourelle, je commande 1 perforant, je dis à KAISER d'avancer doucement; stop: — «BUGEIA hausse 1000 à la base de la tourelle, feu!» 2 longues secondes pendant lesquelles on voit le point rouge du traceur se diriger avec sûreté. But! La plaque avant du char se brise en 3 morceaux qui montent en tournoyant. Puis le char brûle. Nous repartons. Cela a amusé le Capitaine, il reste avec nous. La route est toute droite. Je fais embarquer les fantassins et nous repartons un peu plus vite. En arrivant en haut d'une côte nous surprenons 2 ou 3 "Verts de gris" qui disparaissent derrière la haie. Il y a une entrée d'herbage, je m'y précipite avec le char de QUEFFELEC (mon sous-officier adjoint). Ils se sont évanouis. Je tourne en rond dans un grand herbage. Un voltigeur du RMT vient vers moi: — «Revenez, mon Lieutenant, ils sont pris.» En arrivant sur la route j'aperçois HARGOUS qui, comme un adjudant de quartier, fait marcher au pas une cinquantaine d'Allemands en hurlant Ein, Zwei! Il en aura une extinction de voix qui a fait beaucoup rire.

Nous quittons la route de SÉES pour celle de MORTRÉE. Puis nous nous dirigeons vers le BOURG-SAINT-LÉONARD. Enfin nous continuons vers la Dives, à l'est de CHAMBOIS, nous l'atteignons devant OMMÉEL.

À notre droite le Mont d'Avenelle nous domine d'une centaine de mètres, ce qui ne manque pas d'être inquiétant. À notre gauche à 1 km on aperçoit à travers les haies la tour de CHAMBOIS… À 5 km derrière, TOURNAI-SUR-DIVES où sont sans doute les du M. Ce qui m'inquiète, c'est que cela semble le point de concentration de toute l'artillerie.

Devant nous la Dives est un ruisseau charmant qui coule sur un lit de cailloux. Le Commandant MINJONNET arrive avec HARGOUS: — «Vous pouvez passer MISCAULT? — Avec les chars je pense que oui, pour les véhicules à roues, il faudrait donner un coup de Bulldozer dans le talus du ruisseau. — Ne bougez pas, après tout on ne nous a pas demandé de passer la Dives; les Anglais ne doivent pas être loin.» On bivouaque sous les pommiers. Peu de temps après je vois arriver le Commandant GRIBIUS: — «Ah vous êtes là MISCAULT! Savez-vous ce qui vient de m'arriver sur la route qui monte au Mont Ormel? Je tombe nez à nez avec un half-track allemand! Comme nous nous croisions côte à côte, un soldat a pris sa mitrailleuse et l'a lancé sur moi avec force!» Je n'ai pu que répondre: «c'est dangereux de se promener en Jeep aux avant postes ou plutôt devant les avant postes. Vous devriez cesser d'exposer ainsi la précieuse vie du 3ème Bureau du Général!» C'est la première MG 42 que je vis, jusqu'à présent nous n'avions fait que les entendre.

Lundi 14 août 1944

Dans la matinée nous quittons ces "avant postes" qui pour nous ont été calmes (à part le bruit de la bataille vers CHAMBOIS et TOURNAI!) nous allons bivouaquer à proximité de MORTRÉE et nous nous reposons.

Mardi 15 août 1944

Notre Aumônier le Père de GEVIGNEY (grande silhouette dans une soutane kaki) nous célèbre une belle messe.



L'autel est entouré de deux chars tout neufs, le BORDELAIS II qui m'est attribué et l'ARMAGNAC qui est à DUFOUR. Ils ont des canons de 76 qui nous paraissent immenses. Nous faisons quelques mouvements: vers MÉDAVY, vers le BOURG-SAINT-LÉONARD. Chaque fois nous revoyons avec émerveillement les châteaux d'O, de MÉDAVY et du BOURG, tous trois aussi beaux, quoique très différents.




Dernière édition par Jean PFLIEGER le Sam 25 Oct 2014 - 10:03, édité 9 fois
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Ven 22 Aoû 2014 - 21:27


(Mardi 22 août 1944)

Depuis quelques jours nous ne pensons qu'à PARIS où une insurrection a éclaté; elle a remporté quelques succès, mais la situation est très préoccupante et nous nous sentons très concernés. Nous ne sommes pas au courant bien sûr des tergiversations, mais notre inactivité relative des derniers jours nous interpelle particulièrement.

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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 23 août 1944   Sam 23 Aoû 2014 - 10:15


Mercredi 23 août 1944

Ce matin du mercredi 23 août, coup de tonnerre: on fait la vidange des chars et aussitôt après on part à… PARIS.

Alors pour moi commence un enchaînement dramatique. La vidange d'huile se fait moteur chaud: REYDEL, mon aide pilote, se brûle les doigts et il laisse échapper le bouchon de vidange: impossible de le trouver. On va chercher un détecteur de mines, peine perdue: on regarde s'il y a des trous de souris sous le char. Pour finir et le temps presse, on fait tourner un nouveau bouchon à l'atelier régimentaire. Au moment de le mettre l'Adjudant-Chef JANDET me dit: — «Qu'est-ce qu'on fait pour le joint?» J'ai bien envie de lui dire qu'importe le joint, on va le serrer fort. Que n'ai-je suivi cette première idée! JANDET me dit: — «Je vais vous faire un joint en cuir, ne le serrez pas trop fort pour ne pas l'éclater.» Ouf, pensai-je, tout est en ordre.

Vers midi nous partons. On retrouve le train d'enfer du 9 août: MORTAGNE-AU-PERCHE, NOGENT-LE-ROTROU, MAINTENON défilent avec les "brigades d'acclamations" qui nous hurlent «À Paris! À Paris!»… À la sortie de MAINTENON, un bruit effroyable dans le compartiment moteur, le char s'arrête. Je saute sur la plage arrière de QUEFFELEC: il est évident que mon BORDELAIS II tout neuf a rendu l'âme. Il faut que je prenne des dispositions pour commander le Peloton. Pour le moment je suis sur le SAINTONGE* de QUEFFELEC.
—————
Note:
* Carnet de Louis Moreau et photos du char Sherman
SAINTONGE
—————


Nous nous arrêtons à l'entrée de RAMBOUILLET. Je rends compte à HARGOUS: il est furieux évidemment. Mais sa réaction me sidère, du moment que tout est de ma faute, je n'ai qu'à me débrouiller. Je prendrai le char de remplacement de l'Escadron avec son équipage, pas question de prendre mon radio et mon tireur qui connaissent mes habitudes. J'essaye de mettre en avant l'intérêt général qui voudrait que le S/Lt qui va avoir demain la mission principale de l'Escadron ait des moyens de commandement appropriés. J'ai devant moi cette nuit un homme qui est ravi de nuire. Si j'avais su que dans 24 heures il serait relevé de son commandement!

Enfin le BORDELAIS II est entre les mains de l'Échelon qui le met en remorque. Le char de remplacement est piloté par VIRICEL, ancien pilote de BAILLOU qui, ayant fait une bêtise, a été cassé de son grade de Brigadier-Chef et muté au 4ème Escadron. C'est un garçon remarquable, je n'ai pas de souci de ce côté; le tireur, MdL LALARME, est un ancien garde mobile originaire de Moselle germanique, il a l'air un peu lourd mais fidèle.

On complète le plein des chars sous une averse. Les ordres arrivent: — «Prendre PARIS» signé LECLERC. On distribue les itinéraires, nous sommes en réserve derrière le 3ème Escadron, itinéraire CHEVREUSE, SAINT-RÉMY-LES-CHEVREUSES, TOUSSUS-LE-NOBLE.

La nuit est brève et humide, heureusement je dors.



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MessageSujet: 24 août 1944   Dim 24 Aoû 2014 - 16:16


[Jeudi 24 août 1944]

Voici le départ pour PARIS. Il n'y a plus qu'à penser à ce qui se passe! Ce qui se passe, c'est que cela canonne pas mal devant, mais on avance jusqu'à TOUSSUS-LE-NOBLE. Là, HARGOUS et FONDE viennent vers moi: «MISCAULT, le 3ème Escadron est bloqué à notre droite au CHRIST DE SACLAY: vous emmenez l'Escadron et la Compagnie à travers champs vers JOUY-EN-JOSAS.» Il y a 5 km, pas un seul repère. J'ai un peu peur de me perdre, mais après tout, ce n'est pas le diable. On se met en route, KATZ de WARENS à ma gauche, YVARS à ma droite, QUÉFFELEC et LETURMY derrière moi. On roule, on roule un bon petit 20 km/h. Mes voisins sont un peu en retrait, je les houspille à la radio, mais j'ai l'impression qu'ils ne m'entendent pas, je regrette mon radio NOUGARET. Un peu sur la droite à 1 km on voit une grande barre noire qui surmonte un objet indéterminé: — «LALARME, vous voyez? — Où ça, mon Lieutenant? — Chargeur 2 explosifs. Feu!» Nous repartons. En s'approchant on remarque qu'il s'agissait d'une faneuse: elle ne fanera plus!

Nous traversons maintenant une petite route, attention de ne pas se planter dans le fossé. Bon, tout le monde est passé. Nous longeons le parc d'un château situé à notre gauche. Je repense au canon de LONRAI. Mais cette fois il n'y en a pas. Voici la grande route et l'entrée dans JOUY-EN-JOSAS. KATZ de WARENS arrive sur la grande place, il part tout droit vers VERSAILLES. Il y a 1000 personnes sur la place qui hurlent de joie. Visiblement ma radio ne marche pas. Je veux faire halte et remettre les choses en ordre. FONDE arrive en trombe dans sa Jeep: — «Toutes les routes mènent à PARIS: en avant!» Je n'aime pas cette pagaille; mais il fait repartir les chars au geste. Je me trouve en tête sur la route de VERSAILLES. Je me rappelle la phrase de MINJONNET: — «J'interdis absolument aux chefs de Peloton de se mettre en tête!» Je fais signe au char qui est derrière moi, que je crois être YVARS, de me dépasser: je vois avec surprise le MdL-Chef SAUVIGNON du Peloton ZAGRODSKI me dépasser avec un sourire. Tout le monde est devenu fou. Enfin j'ai avec moi la section du Lt GUIGON de la Compagnie FONDE.

Nous sortons de JOUY, les fantassins se déploient: devant moi un beau terrain découvert bordé à droite par la forêt et à 1500 m la grande rocade VERSAILLES CHOISY-LE-ROI. Je n'en crois pas mes yeux, à 1500 m un char IV qui roule à petite vitesse. — «LALARME, un explosif!» Il arrive dans la chenille. — «Un perforant plus loin 200 m»: le chargeur: — «J'ai mis un explosif — Tire le!» Il arrive dans la tourelle du IV qui se dérobe. Pendant ce temps le chargeur a raté son chargement, il crie: «Incident de tir!» À ce moment un sillon se trace devant moi sur la route. Ça y est, on nous tire dessus. Un autre: pourvu que ça dure; il nous rate. À ce moment un grand BOUM.
—————
Note:

(Photos du GASCOGNE sur le site
Chars français)
On voit bien le trou d'entrée de l'obus de 88!
On lira avec profit l'étude détaillée avec photos et plans de Laurent Fournier et Alain Eymard pages 43 & suivantes du 1er tome de leur livre: "
La 2e DB dans la Libération de Paris et de sa région".
—————

Je pense que le chargeur a réussi à faire partir son obus coincé, ce qui est curieux c'est que je sens un choc sur la cuisse. Je pense que la douille de l'obus que nous venons de tirer m'a frappé à la cuisse. C'est LALARME qui crie maintenant: «Il y a du sang partout!» Je comprends… il faut évacuer; c'est moi qui dois partir le premier. Je saute à terre, puis LALARME, et je vois encore le chargeur PÉLISSIER sauter et courir dans le fossé de droite. LALARME et moi sommes à gauche, je me sens très faible. QUÉFFELEC vient vers nous. Je lui dis: — «Récupérez le Peloton dans cette pagaille. Repliez-vous aux dernières maisons de JOUY et demandez de nouveaux ordres.» Il veut m'accompagner, mais je lui dis n'avoir besoin de personne, les infirmiers vont arriver. Le Lt GUIGON, un de mes anciens de St Cyr, vient me réconforter; en réalité il n'y a rien de grave, j'ai un éclat dans le gras de la cuisse; seulement j'ai perdu pas mal de sang: la jambe de ma combinaison est entièrement dégoulinante de sang. Maintenant je suis assis dans la cuisine d'une petite maison, je me sens bien. Le médecin du 7ème RMT arrive: — «Morphine, ambulance!» Je demande des nouvelles de mon malheureux chargeur: il est mort. Je n'avais même pas remarqué qu'il avait le pied arraché. Le pauvre VIRICEL et son aide pilote sont morts aussi.

Les infirmiers Quakers m'embarquent sur une civière. Nous partons. Pour PARIS, toutes les routes y mènent, mais celle que j'emprunte là va moins vite… Car nous roulons vers le Sud.

La porte de l'ambulance s'ouvre et j'aperçois le Colonel de LANGLADE casqué et l'air assez dramatique: — «Nous n'avons pas de chance au 4ème Escadron, mon Colonel!» Dans mon esprit je dis cela pour m'excuser de ne pas avoir pu lui ouvrir la route de PARIS. Je pense que le Colonel a cru que je me plaignais et il me répond en faisant le geste d'étrangler quelqu'un: — «Mais je les tiens mon Petit.» Nous repartons. Je ne sais pas encore que, pendant que nous nous faisions déquiller à JOUY, ZAGRODSKI* était tué au carrefour de VILLACOUBLAY et FONDE était lui aussi blessé.
—————
Note:
* Voir le site
Chars français et le site de la Ville de Jouy-en-Josas.
—————


À la tombée de la nuit, nous arrivons à un campement bourdonnant d'activité avec lumière électrique partout. Les brancards font la queue, mais nous sommes manipulés avec douceur et gentillesse par des grands gaillards blonds ou nègres. Voici mon tour. Mon brancard est posé sur la table. Devant moi je vois un chirurgien qui plonge jusqu'aux avant-bras ses mains gantées dans les fesses déchirées d'un pauvre diable couché sur le ventre.

Un docteur en blanc se penche sur moi, je crois comprendre qu'il me demande mon unité. J'essaye de baragouiner: Second French Armoured Division. En réalité, dès que j'ai prononcé Second French, il a un sifflement admiratif très expressif. Je suis regardé sous toutes les coutures et radiographié. Il me regarde avec amitié et me fait comprendre de compter un, deux, trois… Je dis un et je m'écroule sous l'effet du Penthotal.



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MessageSujet: 25 août 1944   Lun 25 Aoû 2014 - 12:49


[Vendredi 25 août 1944]

Je me réveille assez dispos; il fait grand jour. Un coup d'œil à gauche et à droite: dans une grande tente nous sommes une trentaine de patients; au milieu, comme notre maîtresse de classe, il y a une charmante jeune femme. Elle a déjà vu que je me réveillais, elle vient vers moi et arrive à prendre de mes nouvelles. Elle m'apporte un "plateau repas" type Air-France. Il y a tout ce qu'il faut: un morceau de poulet rôti, des pommes de terre et des légumes mélangés. Je m'aperçois que le soir tombe, il y a donc 24 heures que je suis là: j'ai bien dormi. Ce qui est curieux, c'est que les merles sifflent. En plein mois d'août ce n'est pas possible! C'est comme cela que je me suis aperçu que j'étais devenu sourd… et les merles chantent toujours. Quand j'ai revu DUFOUR à l'Escadron, il m'a appris que pendant que je me faisais abattre par des canons antichar, lui et les chars voisins tiraient par dessus moi à 20 et 50 mètres des dizaines de coups de canon… d'où le chant des merles. Je me rendors paisiblement.

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MessageSujet: 26 août 1944   Mar 26 Aoû 2014 - 8:13


Samedi 26 août 1944

Après le petit déjeuner, en prenant ma température, l'infirmière me montre la radio de ma cuisse. Un joli petit morceau de métal gros comme un morceau de sucre se voit très bien logé, dans le muscle de la cuisse. Il ressemble à une dent d'engrenage cassée net. Il n'a pas fait de gros dégâts: ni os, ni ner, ni artère, la bonne blessure, quoi. Je pense que c'est une bénédiction. En outre, dans l'état de fatigue où j'étais, il fallait vraiment que je m'arrête. Merci Jeanne d'Arc.

Ce qui me préoccupe, c'est le résultat de la bataille de PARIS, car la matinée du 24 a été rude pour tout le monde. Les Américains nous rassurent: PARIS a bien été pris dans la nuit du 24 au 25; ils ajoutent: — «Comment la Second French aurait-elle pu échouer?» Il semble que la gloire de leur vie aura été de soigner les blessés de cette division!

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Ven 29 Aoû 2014 - 17:18



Nous ne restons pas longtemps dans ce coin de paradis. Normalement un avion aurait dû, avant le 1er septembre, nous évacuer sur l'Angleterre. Mais c'est là que le Capitaine FONDE se déchaîna. Une assistante sociale militaire d'Orléans était venu voir des blessés et FONDE réussit à l'accrocher et lui dit: — «Il paraît qu'ils veulent nous envoyer à "l'hosto" en Angleterre. Il y a 4 ans que j'attendais de revoir la France, maintenant j'y suis, j'y reste: après tout, c'est un peu votre métier, débrouillez-vous.» Ce langage énergique plut à cette jeune fille qui était la fille d'un Colonel (à ce moment en captivité). Elle se débrouilla.

Un beau matin, ceux d'entre nous qui ne sont pas trop gravement atteints, qui sont en somme des pré-convalescents, sont embarqués en ambulance et arrivent dans un hôpital assez agréable à LA CHAPELLE-SAINT-MESMIN prés d'ORLÉANS. Avant nous il servait à accueillir des prisonniers français rapatriés pour raison de santé: presque tous étaient tuberculeux; évidemment depuis quelques mois leur arrivée était interrompue. La nôtre déclenche une pagaille bien typique. Mais l'infirmière Chef qui est une religieuse remet rapidement tout à son goût.

Les chambres sont propres et claires, à deux lits. Pour moi j'ai le plaisir et la joie de voir arriver mon camarade de chambre le Capitaine FONDE. C'est un de ces officiers du Tchad qui manifestent une admiration sans borne pour les chars. Sa blessure est plus sérieuse que la mienne: il a reçu un gros morceau d'une grenade à manche à l'aine et il me dit en rigolant: — «Heureusement, je portais un slip bien serré!» Mais il a l'air bien moins fatigué que moi. Ce fut un compagnon bien agréable.

À travers la large fenêtre de notre chambre, on voit une prairie, une ligne de peupliers et derrière, à 100 mètres, la Loire; quelle plus belle vue peut-on souhaiter pour guérir?

Je laisse entendre à FONDE que ce désordre qui s'est produit à JOUY-EN-JOSAS est un peu la cause de notre échec. Sans le nier, il me répond: — «Mon vieux, j'avais vu la Tour Eiffel! J'étais complètement fou.»

Le médecin-chef arrive. Il ne cache pas son inquiétude. Il n'est pas chirurgien, l'hôpital est prévu pour des patients de médecine générale etc. Mais ajoute-t-il on m'a assuré que vous êtes tous en bonne voie de guérison. Nous le rassurons en lui disant que les Américains ont d'excellents antiseptiques et nous devons avoir été bien traités. Après lui, voici l'assistante sociale de FONDE qui vient voir si "son Capitaine" est satisfait: il l'est et le lui dit. Elle a amené avec elle sa jeune sœur une grande fille rose aux cheveux blonds vénitiens. Tout à fait appétissante et gentille, elle porte un panier de poires! C'est un très agréable contact avec la France libérée. Elle s'institue ma "marraine de guerre", elle vient me voir plus tard à Paris nous nous écrivîmes. Mais je compris dans l'hiver, heureusement avant ma deuxième blessure, qu'elle n'apprit pas, je crois, qu'il fallait arrêter cette relation avant qu'il y ait trop de dégâts.

Je pouvais commencer à marcher et la sœur infirmière m'y encourageait.

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Jeu 11 Sep 2014 - 20:51



Quand nous partîmes pour le Val de Grâce, j'étais encore faiblard mais debout.

C'est depuis le Val de Grâce que je pus renouer avec la famille. Ma sœur Marie avait, dès la libération de Paris, alerté ciel et terre et même le Pape! C'est par la Nonciature qu'elle apprit que le Sous-Lieutenant de Miscault était bien en France, qu'il avait été blessé à la bataille de Paris "sérieusement mais non gravement". Je la vis donc arriver au Val de Grâce, sans surprise d'ailleurs, car je la connaissais bien! C'est bien normal que cette chère Marie qui m'avait tant aidé à partir, fut la première à me retrouver: avec quels efforts et quelle intelligence.

J'eus donc des nouvelles de la famille:
Coco prévenue, allait bientôt venir me voir.
Louis, toujours prisonnier dans son Oflag XVIIA prés d'Austerlitz!
Gérard a été libéré comme agriculteur.
Henri est chef du Maquis de Ranzey dont les refuges sont les forêts de Champenoux et de Montcel.
Joseph donne peu de nouvelles, bien sûr, mais il est toujours à Hagondange et sa famille se trouve actuellement à Helfedange.

La libération de la Lorraine est en cours. NANCY vient d'être dégagée par notre XVème Corps U.S. [NDLR: le 15 septembre, par le XIIème Corps cfUS]. ROME vient d'être libérée sans combat, [NDLR: le 4 juin 1944] on va avoir des nouvelles de Zézé. Le Tremblois doit être en train d'être libéré.

Le plus malheureux, à part Louis, doit être Jean qui est enfermé dans la Rochelle et cela risque d'être pour longtemps.

Enfin on vient d'apprendre que les du M. après beaucoup de tracas (ce qui ne m'étonne pas) viennent d'être délivrés sains et saufs. Ils ont reçu de mes nouvelles car quand nous avons quitté la région du Bourg-Saint-Léonard pour Paris, j'avais lancé dans la foule un paquet de cigarettes et à l'intérieur j'avais mis un message à l'adresse de Tournai: il est bien arrivé.

Nous sommes moins confortablement installé au Val de Grâce qu'à la Chapelle-Saint-Mesmin mais il y a des avantages. D'abord nous sommes à la 2ème DB avec un service administratif. (Note en bas de page: Service social dirigé par Mme CONRAD-WEIL qui avait déjà donné une Section d'Ambulance à la 2ème DB [NDLR: les "Rochambelles"] et qui portait le grade de Commandant) Habillement, solde etc. Puis nous avons des nouvelles des Régiments.

Justement nous apprenons que le 8 septembre le Groupement LANGLADE en tête de la DB a quitté PARIS. Le 9 septembre il passe à BAR-SUR-AUBE. Le 10 il bouscule une résistance allemande à PREZ-SOUS-LAFAUCHE mais là encore une perte cruelle, mon excellent ami de MASCLARY est tué. [NDLR Sous-Lieutenant Jean-Marie BAILLOUD de MASCLARY, de l'escadron d'État-Major † 11/09/1944 Prez-sous-Lafauche. cf. La Divison Leclerc et la Haute-Marne].


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Ven 12 Sep 2014 - 20:37



Le 12 septembre à DOMPAIRE le G.T.L. rencontre, bouscule et anéantit une brigade de Panzer toute fraîche sortie des dépôts: une quarantaine de Panther sont détruits ou pris; les 45 Mark IV de l'autre bataillon sont détruits ou dispersés!

Le 15 septembre en me promenant aux Invalides, je vois deux Panther tout neufs qui encadrent la porte de la cour d'honneur. Ils arborent sur la plage avant un magnifique insigne de la Division de 1 mètre de haut et un "L" de Langlade de la même taille.


source: article d'un blog sur ces chars Panther

Voici des photos prises dans les années 50:


Collection Laurent FOURNIER


Collection Laurent FOURNIER


Collection Laurent FOURNIER


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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Mer 24 Sep 2014 - 16:52



La cicatrisation de ma blessure est lente: il paraît que c'est normal mais, à condition de refaire un pansement tous les jours, il y a peu de risque. Je me promène à PARIS qui reprend une vie presque normale, à part le ravitaillement, mais nous aurons encore prés de 5 ans de restrictions de tout ordre. Cette victoire de DOMPAIRE m'émoustille: quand je pense avoir la chance de faire partie de ce brillant 12ème RCA, et que j'ai manqué la prise de Paris et la victoire de Dompaire! En outre j'apprends qu'HARGOUS a été "remercié" et que c'est BAILLOU qui le remplace (BAILLOU mon premier "Mentor" à l'Escadron GRIBIUS). Il faut que je rentre avant qu'on ne m'oublie. En rediscutant avec le médecin qui me soigne, je me rends compte qu'il n'est pas hostile à me laisser partir. Ce qui enlève le morceau, c'est que je lui dis que je pourrai passer ma convalescence chez mes parents à côté d'un frère qui est à la fois médecin et le chef du maquis local.


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MessageSujet: 2 ou 3 octobre 1944   Jeu 2 Oct 2014 - 15:49


Lundi 2 ou mardi 3 octobre 1944

Une camionnette de la base arrière de la 2ème DB fait la liaison avec le QG installé à GERBÉVILLER prés de LUNÉVILLE. Le soir je me présente au Commandant de BOISSONDY qui est chef du 1er Bureau; retrouvailles sympathiques depuis RABAT! Le 4ème Escadron vient de s'installer à MOYEN où il prend du repos. Une Jeep m'y conduit. Ils étaient arrivés la veille et trouvaient que MOYEN valait CAPOUE. Pour bien commencer son repos, le Lieutenant BAILLOU, Commandant l'Escadron, s'était fait installer un magnifique tub plein d'eau chaude (découvert on ne sait où); pendant qu'il se déshabillait les 3 aspirants DUFOUR, CATALA et PICQUET, commandés par VAUTRIN (honorable Sous-Lieutenant Polytechnicien) avaient mis deux canards, trouvés dans la rue, dans l'eau fumante du tub! Ce n'était plus la même ambiance qu'avec HARGOUS: surtout que BAILLOU était le premier à rire et à raconter cette farce. On fit grand accueil au héros malchanceux que j'étais. On me raconta en détail et avec fierté la bataille de DOMPAIRE qui ne datait que de 15 jours. Mon peloton commandé par VAUTRIN y perdit le MdL KATZ de WARENS son tireur et son chargeur. La tourelle de leur char l'AUNIS avait été ravagée par un perforant.

Mon équipage me conduisit à mon cantonnement avec un lit lorrain abondamment pourvu de couettes; tous mes bagages étaient-là, bien sauvegardés; car en Angleterre, aidé par l'échelon, j'avais fabriqué avec mon équipage un grand coffre qui était boulonné sur la plaque arrière du char et qui pouvait contenir toutes nos affaires personnelles. C'est les garde-boue du char qui avaient servi de matière première: ils ne pouvaient servir à rien d'autre. Le bon KAISER manifestait sa joie avec REYDEL, NOUGARET et BUGEÏA; il était navré de sa panne de RAMBOUILLET: effectivement, le bouchon de vidange s'était dévissé, le moteur s'était vidé en 2 minutes et avait cassé avant qu'on n'ait eu le temps de s'apercevoir de la chute de la pression d'huile, avec la nuit et la pluie!


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MessageSujet: 3 ou 4 octobre 1944   Ven 3 Oct 2014 - 15:44


Mardi 3 mercredi 4 octobre 1944

Le lendemain, BAILLOU me conduisit au PC du Régiment. Le "Père MINJONNET" qui faisait peu de phrases me dit:
— «Allez vous reposer chez vous, on vous garde votre peloton: soyez tranquille, la guerre n'est pas finie.» Il fut un peu réticent quand il sut que le TREMBLOIS était à 10 km à l'Est de NANCY, mais un peu rassuré quand il apprit que mon frère était chef de Maquis. Il me demanda cependant d'être prudent et de me tenir au courant des aléas des combats: avec les Américains, il faut se méfier. En quittant le PC nous tombâmes sur GRIBIUS qui venait en visite. Il résuma son opinion:
— «MISCAULT! Vous êtes comme un vitrail!»

L'Adjudant Chef JANDET, de l'Escadron, me conduisit au TREMBLOIS en passant par SAINT NICOLAS et NANCY. Retour émouvant. Papa et maman sont ravis: ils espéraient me voir, bien sûr, mais sont heureusement surpris par la rapidité de ma sortie de l'hôpital. Cette convalescence va être bien sympathique dans cette chère maison que je retrouve avec joie. L'occupation allemande n'a pas fait trop de dégâts: un détachement précurseur allemand était venu à la fin d'août pour réquisitionner la maison afin d'en faire une infirmerie. Maman prévint les "gens de VELAINE" et le soir même ils vinrent avec des chariots et des hommes. Tous les meubles furent dispersés et cachés dans des granges de VELAINE. Quand les Allemands arrivèrent, ils trouvèrent la maison un peu vide! Papa et maman s'étaient installés dans la petite maison du bord de la route (dite maison de la Mère Voignier) où ils attendirent patiemment le départ des Allemands. Heureusement, LE TREMBLOIS était protégé par une grande Croix rouge, les infirmiers, terrorisés par les Maquis, filaient doux.

Henri courait les bois et Marie s'était régugié à l'Arboretum de CHAMPENOUX, un peu protégé par la terreur inspirée par les forêts.

Maman et papa retrouvaient aussi, depuis quelques jours seulement, l'usage de leur TREMBLOIS. Ils avaient dû travailler ferme car tout était en ordre après l'occupation allemande de ces derniers jours. Tous les meubles étaient à leur place habituelle, il fallait seulement ne pas s'étonner si on trouvait un peu de paille ou de foin dans le fond d'un tiroir ou sous le coussin d'un fauteuil (témoins de leur dissimulation dans les granges de VELAINE).

Je me souviens de quinze jours superbes et reposants. L'automne, et tous ses ors, convient bien à la Lorraine avec ses forêts aux essences très variées.

Henri nous racontait les actions de son maquis. La destruction d'un train allemand à LA BOUZULE avec l'explosion d'une dizaine de wagons de munitions; le harcèlement d'un convoi sur la RN74 avec destruction de plusieurs camions.

Mais les morceaux de bravoure étaient la prise d'ERBÉVILLER-SUR-AMEZULE avec récupération d'un camion allemand et la capture de plusieurs prisonniers, mais aussi l'échec de l'attaque de SORNÉVILLE avec les pertes qui en résultèrent pour le maquis de RANZEY; et la poursuite éprouvante que celui-ci dût subir dans la forêt de CHAMPENOUX.


Photo: Dominique de MISCAULT




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MessageSujet: 18 octobre 1944   Sam 18 Oct 2014 - 14:31


[Mercredi 18 octobre 1944]

Le 18 octobre, Henri de BOISOUDY vint faire une visite de retrouvailles au TREMBLOIS. Et comme ma permission de convalescence se terminait le 19, je lui demandai s'il pouvait me ramener à MOYEN. Çà avait été une bonne permission.


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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: 19 octpbre 1944   Dim 19 Oct 2014 - 7:06


[Jeudi 19 octobre 1944]

Le soir au dîner, BAILLOU me proposa de reprendre le commandement de mon peloton ce que j'acceptai d'autant plus volontiers que j'y comptais bien! Mais cela fit bien des mouvements car VAUTRIN prit le commandement de l'ancien peloton ZAGRODSKI et que le pauvre CATALA fut mis sur la touche et passa quelques jours au P.C. du Régiment comme officier de liaison. Outre moi, les chefs de peloton étaient l'Aspirant DUFOUR et le Sous-Lieutenant VAUTRIN. VAUTRIN et CHEYSSON (qui fut ensuite Ambassadeur et Ministre des Affaires Étrangères) nous avaient rejoints en Angleterre.

MOYEN était un peu en retrait du front, environ 5 km. C'était un village assez calme. Mais on entendait, la nuit, que les villages du front étaient bombardés et je n'aimais pas du tout ces bruits nocturnes. À propos de ces bombardements, les plus bruyants étaient les Nebelwerfer. Cette arme devait son nom au fait que son premier usage avait été de lancer des fumigènes, mais à ce moment ils tiraient de gros explosifs. Le Régiement en avait reçu pas mal à son arrivée dans le secteur. CHEYSSON décrivait les tirs de façon humoristique: — «Tu es en observation en char; tu es pris d'une envie… tu sautes en bas de ton char et tu commences à te soulager; à peine commencé tu entends un boum comme si on frappait une barrique vide; suivi d'un ronflement, comme le passage d'un train. Tu te dis tiens un Nebelwerfer; ne t'inquiète pas, achève, referme tranquillement ta braguette; remonte doucement en char; tu boucles alors ton tourelleau; le bruit augmente et encore quelques secondes… un barouf épouvantable, mais on ne risque rien.»

[NDLR: Cette vidéo permet de se faire une idée de cette arme:]



À MOYEN, les journées étaient calmes, on vérifiait le matériel, on faisait un peu de tir aux armes légères. À proximité du village, le long de la MORTAGNE, une voie de chemin de fer en courbe faisait un joli amphitéâtre avec son talus de 3 à 4 mètres de haut; BAILLOU avait trouvé que cela faisait un champ de tir idéal.

[Exercice de tir: le Lieutenant BAILLOU au bazooka:]


© Michel de MISCAULT

J'en profitai pour essayer un pistolet Herstal de 9 mm que j'avais pris sur un Feldwebel fugitif en Normandie, il avait la particularité d'avoir un chargeur de 13 coups et se révéla excellent, plus précis et plus léger que nos "Colt" de calibre 11,43 qui en outre avaient un recul terrible. L'autre pistolet était un Mauser long dans un étui en bois qui formait une crosse démontable, l'ensemble tout à fait amusant mais sans doute le canon était-il usé car il n'avait aucune précision. Le Herstal était tout à fait remarquable, on touchait une boite de conserve à 30m à tous les coups. J'étais bon tireur au pistolet, mais ROUILLON était bien meilleur que moi: ce détail eut de l'importance peu de jours plus tard.




Dernière édition par Jean PFLIEGER le Sam 25 Oct 2014 - 8:04, édité 4 fois
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MessageSujet: vers le 25 octobre 1944   Sam 25 Oct 2014 - 8:02


[vers le 25 octobre]

Nous ne restâmes pas longtemps à MOYEN. Nous allâmes vers le 25 octobre nous installer à la ferme de MERVAVILLE. Le P.C. de l'Escadron et l' Échelon étaient dans les bâtiments de la ferme (clairière au milieu des bois) les pelotons avaient pris position en lisière de ce bois.


BUGEÏA & NOUGARET devant le BORDELAIS II
camouflé près de la ferme de MERVAVILLE:



© Michel de MISCAULT

L'artillerie allemande et les Nebelwerfer étaient assez actifs dans ce moment. Comme le déplacement de 2 escadrons de chars risquait de manquer de discrétion et de provoquer une réaction, nous prîmes les plus grandes précautions. La relève commença vers 20 heures. Le déplacement des chars se fit par un chemin de terre entièrement défilé aux vues de l'ennemi, avec interdiction d'allumer les phares. J'étais chargé de conduire l'Escadron. Bien que nous ayons fait une reconnaissance de ce chemin de terre, je constatai au bout de 500m que nous n'étions plus sur le chemin mais au milieu des chaumes. Il faut dire que la nuit était sombre avec de gros nuages qui cachaient les étoiles. À pied je réussis à retrouver le chemin assez vite et décidai de conduire l'Escadron à pied. Je tenais derrière mon dos une lampe torche emballée dans un mouchoir et mon char suivait, suivi lui même par les 16 chars de l'Escadron, chacun ne perdant pas de vue les yeux de chats du précédent (toute petite lumière qu'on n'apercevait plus à 100m). Vers 22 heures nous finîmes par arriver et les gens que nous relevions trouvèrent le temps long.

La vie à MERVAVILLE fut calme pour nous sans artillerie allemande. Il y eut un seul incident. Dans mes consignes de secteur, transmises par mon prédécesseur, il était dit que nous devions tous les jours envoyer une petite patrouille à pied prendre liaison avec un poste américain qui était chargé de repérer les batteries d'artillerie allemandes. Un beau matin la patrouille revient en disant: — «Mon Lieutenant, les Amerloks se sont fait kidnapper!» Je vais, avec le chef de patrouille, rendre compte à BAILLOU. Les 3 américains avaient disparu. Il restait leur Jeep, un groupe électrogène et du matériel d'écoute. BAILLOU envoya l'Échelon ramener tout ce qui traînait à MERVAVILLE. On mit tout dans la Jeep qu'on envoya au P.C. du Régiment. Nous gardâmes le groupe électrogène qui éclaira la popote pendant le reste de la guerre, car on n'avait pas toujours du courant électrique. Le Commandant MINJONNET piqua une belle colère: — «Je ne veux pas que mes équipages de char fassent des patrouilles à pied, on a déjà bien assez de pertes comme cela.» Il est vrai que ces consignes de secteur sont des usages dangereux où on est amené à faire des choses inconnues des responsables et ces consignes peuvent être facilement périmées.

Photo:
Le ferme de MERVAVILLE et sa boue



(Collection Michel de MISCAULT)





Dernière édition par Jean PFLIEGER le Mer 29 Oct 2014 - 10:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Vers le 29 octobre 1944   Mer 29 Oct 2014 - 10:46


[vers le 29 octobre 1944]

Il ne faut pas croire que cette guerre en dentelles devait durer, ni que c'était le début d'improbables quartiers d'hiver. Le Général LECLERC avait des fourmis dans les jambes: il décida de prendre BACCARAT.

Deux jours avant, le Commandant MINJONNET , BAILLOU et le docteur NETTIK (on ne sait pourquoi ce dernier!) firent une reconnaissance pour voir comment on allait faire du bruit: une diversion. Imprudemment, ils s'engagèrent dans un champs de mines. Le Docteur et BAILLOU furent blessés. La blessure du Docteur fut bénéfique pour les hôpitaux français. Car dans ses longues journées d'hôpitaux il réfléchit à un procédé de récupération de la pénicilline dans l'urine des blessés américains, afin d'approvisionner les hôpitaux français qui n'avaient pas encore droit à ce remède miracle.

Quant à BAILLOU il nous fut enlevé pendant prés d'un mois. L'intérim fut assuré par le Capitaine d'ALANÇON.


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MessageSujet: 31 octobre 1944   Ven 31 Oct 2014 - 9:02


[Mardi 31 octobre 1944]

Le 31 octobre BACCARAT fut pris par ROUVILLOIS. L'Escadron devait, depuis les hauteurs qui dominent AZERAILLES, faire diversion par une canonnade. Mais la brume du matin nous empêcha de régler le moindre tir et d'ALANÇON fit rapidement cesser le feu. C'était la prudence. D'ailleurs BACCARAT fut pris en fin de matinée.


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MessageSujet: 1er novembre 1944   Sam 1 Nov 2014 - 14:30


[Mercredi 1er novembre 1944]

Le lendemain 1er novembre, nous gagnons PETONVILLE par AZERAILLES. Au nord de PETTONVILLE, d'ALANÇON réunit DUFOUR, VAUTRIN et moi devant HERBÉVILLER à 3 km devant nous. Nous devons prendre HERBÉVILLER: — «MISCAULT, vous y allez, droit devant nous, avec la section de la Compagnie LANGLOIS (8/III RMT). DUFOUR, à gauche de MISCAULT, vous faites un crochet pour attaquer le village parallèlement à la N.4. VAUTRIN, vous suivez MISCAULT en réserve.» Il nous donne une carte au 1/50.000°, magnifique: devant nous, d'après la carte, il y a des prairies et des cultures jusqu'au village. Nous partons en bataille (5 chars déployés en 1 rang). Le Lieutenant commandant la section souhaite être sur mon char derrière ma tourelle. Nous partons. Arrivés sur la crête qui est devant nous, énorme surprise: au lieu du terrain découvert prévu, on ne voit que des arbres. Je réfléchis rapidement: tout plutôt que de se mettre en colonne sur la route que nous longeons, elle est peut-être minée et l'arrivée sur le village, en colonne, diminue beaucoup les chances de succès. Je pense que ces arbres sont des plantations de moins de 30 ans car nos cartes datent de 30 ans. Avant de laisser mes chefs de char paniquer, je commande par radio: — «En avant, en première: dès la lisière, prenez les arbres par le blindage, évitez les barbotins (grosses poulies qui entraînent le char par les chenilles). On va passer en les écrasant.» Eh bien, ça passe assez bien même: les sapins se déracinent et les bouleaux cassent. Voici la lisière, mais ce n'est pas encore la bonne, il y a une autre langue de bois devant. Je débouche le premier et, en me retournant, je vois mes chars qui débouchent à gauche et à droite, le spectacle est impressionnant. On voit d'abord les sapins qui basculent sans raison apparente et le char apparaît derrière! Le chef de section est accroupi derrière la tourelle, je lui demande si ça va. Il a l'air ravi. Comme moi il pense sans doute à la terreur des braves Boches qui doivent commencer à nous attendre, sur la route sûrement. Il n'y a pas que les chars qui débouchent, voici un chevreuil affolé. Sans nous arrêter, nous le tirons à la mitrailleuse, il ne faut que 2 secondes pour l'avoir: "bons tireurs!" Puis je demande à tout le monde de bien s'aligner sur moi, il faut que nous arrivions tous ensemble: c'est à la 3ème plantation que nous débouchons: le village est à 300 mètres, nous stoppons et nous tirons sur tout ce qui bouge. À la mitrailleuse d'abord, les Allemands ne nous attendaient pas là: ils changent de position de tir, mais ils ne peuvent guère en choisir d'autres car nos mitrailleuses les couchent à terre. À l'entrée du village au bord de la route, il y a un gros sapin. Je vois un équipe de mitrailleuses avec une MG42 qui se met en batterie à son pied: «BUGEÏA, tu as vu la mitrailleuse au pied du sapien. — Oui mon Lieutenant. NOUGARET un explosif. "Feu!"» Le beau spectacle que voilà: le sapin monte en l'air tout droit à 4 ou 5 mètres, puis retombe sur le côté. Il me semble qu'en face l'épouvante est à son comble. Je regarde le Lieutenant, sa section est d'ailleurs déjà prête: — «Il me semble que c'est le bon moment. Je vous fais accompagner par mon groupe de gauche. — Oui, je crois qu'ils sont mûrs.» Je donne l'ordre à QUEFFELEC de protéger la section dans le village.

Là, pour moi, changement d'ambiance, le combat de rue pour les chars ça peut être un nid de guêpes. À ce moment ROUILLON s'approche de mon char; il me crie: — «Tu permets que j'accompagne les chars dans le village? — Oui, bien sûr. Mais sois prudent.» Je ne sais pas où est DUFOUR, son chemin était plus long, mais il ne devrait pas tarder. Je rends compte du premier temps de la manœuvre; pendant ce temps, j'entends le pont sur le ruisseau LA BLETTE sauter et j'en rends compte aussi avec regret; enfin, de n'était pas l'objectif de s'assurer ce pont, de toute façon on ne pouvait pas aller plus vite. Il y a d'ailleurs un autre pont sur LA BLETTE. C'est en dehors du village, à 300 m de l'endroit où je me trouve, j'y envoie YVARS.

Puis, comme tout à l'air tranquille, je vais voir aussi comment ça se présente. Je laisse le BORDELAIS II à l'entrée du village. Les prisonniers commencent à arriver. Je pars à pied vers le "PÉRIGORD". Ce pont est pour la voie ferrée d'un chemin de fer à voie étroite qui allait à BLAMONT. En revenant vers mon char dans une prairie de 200 x 300 m, j'entends des départs d'artillerie; le bruit des obus se renforce rapidement, je me jette à plat ventre. J'ai bien fait: les 4 premiers coups tombent autour de moi. Le pré a été labouré autrefois, comme souvent en Lorraine, en formant des ados de 5 à 6 m de large bordés de chaque côté par des rigoles, je me roule jusqu'à la rigole la plus proche, là, je me juge aussi à l'abri que possible; voilà la rafale suivante. Il n'y a plus qu'à attendre la fin du tir. Ils nous ont envoyé une cinquantaine de coups, je rigole intérieurement, car en dehors de moi qui suis en plein milieu des arrivées, les plus proches sont les prisonniers rassemblés à environ 150 m!

Pour le groupe de QUEFFELEC qui progresse sur la grande route vers le pont, j'entends du renfort qui arrive: c'est DUFOUR avec une autre section d'infanterie.

Le tir a l'air terminé, je me lève: la première chose que je vois, c'est l'Half-track du P.C. avec d'ALANÇON. Je vais vers lui. Il s'était arrêté à la lisière du bois attendant la fin du tir d'artillerie. Je lui rends compte de ce que je viens de voir. Le "PÉRIGORD" contrôle bien le pont; de l'autre côté de LA BLETTE, le terrain n'est pas favorable, en particulier de l'autre côté de LA VEZOUZE il y a une crête qui voit tout, à 2,5 km, mais qu'est-ce que c'est pour un 88.

Je reviens vers mon char et trouve QUEFFELEC et ROUILLON. Le nettoyage du village s'est bien passé: — «Grâce au Lieutenant ROUILLON», me dit-il, car au bout de 2 ou 3 maisons, les fantassins étaient un peu attardés dans les baraques et j'ai bien failli recevoir un Panzerfaust, mais le Lieutenant ROUILLON marchait derrière mon char, et quand le boche est sorti à la fenêtre pour tirer, le Lieutenant a tiré plus vite que lui et ne l'a pas raté. — «Merci mon ancien» lui dis-je.
Le troupeau des prisonniers a bien augmenté, ils sont plus d'une centaine.

Nous entendons alors plusieurs coups de canon, très sec, et pas d'arrivée; est-ce qu'on va encore être obligé de se mettre à plat ventre? Quelques secondes après on entend VAUTRIN à la radio: les trois chars qui ont passé LA BLETTE sont démolis par des canons antichar postés sur la crête derrière LA VEZOUZE. — C'est vraiment trop bête. Heureusement il n'y a pas de perte en homme.

Après cela d'ALANÇON décide de rester tranquille dans HERBÉVILLER. La nuit va tomber, il réunit les chefs de peloton; on attribue les cantonnements: il me donne la partie ouest du village. Je choisis une maison modeste deux chambres et une cuisine. Je prends la chambre sur la rue. KAISER place le char devant la fenêtre pour me protéger de l'artillerie. Les fenêtres des deux pièces que l'équipage occupe sur le jardin sont obstruées par des armoires à linge: ça coupe la lumière, mais c'est plus prudent. Nous cassons la croûte ensemble.




Dernière édition par Jean PFLIEGER le Dim 2 Nov 2014 - 8:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   Sam 1 Nov 2014 - 14:40


Note sur le Sherman GASCOGNE:

On trouve une photo du GASCOGNE détruit sur le site "
Histoire Lorraine".

Les photos qui suivent montrent le FRANCHE-COMTÉ qui a sauté sur une mine prés d'Ogéviller et dont nous avons déjà parlé
sur le forum


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MessageSujet: 2 novembre1944   Dim 2 Nov 2014 - 8:10


[Jeudi 2 novembre 1944]

Le lendemain, le Capitaine LANGLOIS nous invite à sa popote. Car l'Escadron n'est pas destiné à rester en entier à HERBÉVILLER. Je me rends à la popote avec DUFOUR, derrière nous nos sous-officiers. On y accède par un petit escalier de 5 marches en pierre et tout de suite à droite il y a un gros tas de fumier, car c'est la maison d'une belle exploitation. Je m'arrête pour regarder les environs: comme tout le monde parle je ne prends pas garde à un petit chuintement bien caractéristique suivi d'un floc et je vois dans le tas de fuminer la queue en étoile d'un joli obus de mortier de 120 qui n'était pas là tout à l'heure. Derrière j'entends la voie délicieusement bourguignonne du MdL Chef SAVIGNON. — «Nous autres, mon Lieutenant, nous sommes protégés par le diable.» C'est un solide buveur ce bon SAVIGNON, ce qu'il appelle le diable, c'est Bacchus. C'est vrai que nous étions tous deux ensemble à JOUY-EN-JOSAS où son char a également été détruit. À l'entrée dans la popote, tout le monde nous félicite. En tant que Lorrain, je vante l'utilité de ces bons tas de fumier. Le lendemain, on fit désobuser ce projectile.

Boucher les fenêtres, c'est prudent, mais on ne voit pas grand chose dans cette obscurité. Il y a un garage en face de chez nous. Je vais y faire un tour. Il y a des ampoules de 6 et 12 volts, mais nos chars sont en 24V. Je m'aperçois qu'une ampoule de phare et code de 12V placée dans une douille 220V normale, à baïonnette, a ses deux filaments alimlentés en série et un phare-code de 12V 50W devient ainsi une lampe à deux filaments de 24V x 100W. Je tire des fils avec NOUGARET et voilà nos deux logements éclairés et nous garderons ce dispositif jusqu'à la fin de la campagne. Contre toute attente l'artillerie allemande reste sage; il est vrai qu'ils économisent les munitions et les 50 coups qu'ils ont tirés sur moi en pure perte ont fait un trou dans leur stock.

Nous sommes très bien. Sans doute à cause d'un pont écroulé, la VEZOUZE forme un grand lac qui recouvre la moitié du jardin, ce lac a 500 mètres de large.

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MessageSujet: Re: Lt Michel de MISCAULT (3/4/12 RCA) † 11 mai 2015   

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