La 2ème Division Blindée de Leclerc

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 René BAUDRY du front en mai 40 à la France Libre en mai 1942

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jean-yann
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MessageSujet: René BAUDRY du front en mai 40 à la France Libre en mai 1942   Sam 24 Mai 2014 - 14:51

René Baudry a 32 ans à la déclaration de guerre, il est rappelé comme sergent-chef. Il est divorcé, sans enfant, et occupe un poste de comptable aux usines Schneider de Lormont près de Bordeaux. (Photo : R. Baudry en avril 1945)


Affecté à la 7ème Compagnie du 7ème Régiment d’Infanterie de la 7ème Armée (sous les ordres du général Frère), René Baudry est pendant la 1ère quinzaine de mai 1940 dans les Vosges à creuser d’obsolètes et inutiles tranchées face à l’Allemagne. Le 18 mai, soit quelques jours après l’offensive allemande vers la Belgique, le régiment se rend à la gare de Médonville où il monte dans des trains pour rejoindre Beauvais. Dans les wagons prévus pour 8 chevaux ou 40 hommes, ils se retrouvent entassés à 65.

De Beauvais, et alors que d’autres escadrons bénéficient de camions, c’est à pied que le leur, sans doute commandé par un officier de l’autre guerre, se rend à Poix distant de 45 km, où bien entendu ils arrivent fatigués. Leur objectif est un pont sur la Somme à Amiens. Mais le 27 mai, après avoir passé le Bois Impérial, à 3 km d’Amiens, René Baudry reçoit une balle dans le mollet gauche.
La campagne de France est finie pour lui : retour dans le sud-ouest de la France par Beauvais, Verneuil, Châtellerault, Poitiers, et pour finir l’école Saufrignon de Mérignac transformée en hôpital.

Alors que les blessés doivent être transférés ailleurs, il choisit de rentrer chez lui à Bordeaux tout proche, où il assiste à l’arrivée de l’armée d’occupation le 1er juillet depuis le café de la mère Alice rue Duffour. Quelques jours plus tard, il doit se faire démobiliser rue du Palais Gallien.

ll passe un peu plus tard clandestinement en zone non occupée pour tenter de retrouver à Limoges son régiment dans l’espoir, déçu, que celui-ci prenne la direction de l’Afrique du Nord pour continuer le combat. De retour à Bordeaux, il décide début 1941 de tenter le passage en Angleterre pour rejoindre de Gaulle en passant par l’Espagne. Il pense à ce moment qu’un mois devrait suffir… il en faudra treize plus deux jours !

Début avril 1941, accompagné de Lucien Roux, il se rend à St-Jean-de-Luz où ils espèrent trouver un passeur pour San Sebastian. A l’hôtel modeste et retiré de la veuve Dupeyroux, ils se joignent à « Olivier » et « Vidal », gendarmes parisiens qui partagent le même objectif.

Le 17 avril 1941, ils sont dans le massif de la Rhune et franchissent la frontière de nuit, en montagne, avec des contrebandiers, pas très loin de Vera. Abandonnés par Gincoua leur guide pourtant payé, ils décident de tenter seuls l’aventure.

A la boussole, ils visent San Sebastian et se mettent en route via « Les trois couronnes », le col du Badiz, Oyarzunz, et Renteria. Mais le 19 avril, à 8 km de San Sebastian, ils tombent nez à nez avec des carabiniers qui les conduisent au commissariat de Renteria. De là un policier les achemine en tramway à la « Seguridad » à San Sebastian qui décide de leur incarcération à la Prison Provinciale.
Le 21 avril, départ pour Irun et 2 jours plus tard pour le camp de concentration de Miranda de Ebro. Les armes de Franco (joug traversé de 5 lances) trônent au fronton du camp renfermant1500 à 2000 prisonniers de toutes nationalités européennes répartis dans 26 baraques.


Le lieutenant (OR) de Carpentries est le responsable des Français. L’agent consulaire de France est M. Lang (prêtre), la soixantaine, bedaine, et barbichette grise. Voiregard est le chef de la baraque des sous-officiers.

Début mai, Vidal, Olivier et Hinger tentent une évasion. Lucien étant trop faible, René Baudry renonce pour ne pas le laisser seul. Vidal part en premier, mais Olivier est pris au saut du mur et cravaché pour donner le nom de Hinger qui était retourné dans sa baraque. Vidal repris à la frontière portugaise après une course de 1200 km seul, revient à Miranda après le 18 juin où il se fait passer pour Canadien français sous le nom d’Austin Verner. Le 28 juillet, grâce à l’agent consulaire Anglais, il fait partie du premier groupe de « Canadiens français » libérés pour être acheminés à Gibraltar.

Pendant ce temps Lucien est admis à la fanfare (meilleure alimentation et pas de corvées), puis Baudry a l’idée de demander à « devenir » Canadien français. Cela leur permet de bénéficier de l’aide du consul Canadien M. Burt (argent espagnol et colis toutes les semaines).

Le 14 juillet, une Marseillaise éclate baraque 24 (Canadiens français) reprise à la barque 21 (Français), que les gardiens essayent de faire taire à coups cravache.


Les espoirs d’atteindre Gibraltar en tant que « Canadiens français » sont anéantis le 6 août quand on leur annonce qu’ils font partie du convoi du lendemain vers la France, ce qui signifie être remis aux autorités d’occupation.

Transport en train via Saragosse, et Canfranc où ils sont pris en charge par des gendarmes français jusqu’à Pau. Le 20 août le tribunal correctionnel de cette ville condamne René Baudry à 1 mois de prison et 100 francs d’amende pour passage clandestin de la frontière (il n’avait pas avoué, malgré un policier insistant, son projet de rejoindre l’Angleterre qui valait 5 ans de prison).

Libéré le dimanche 8 septembre 1941, il part le lendemain pour Marseille par le train de nuit. Un passeur indiqué à Miranda (« Charly », qui déjeunait rue Kléber) l’informe qu’il n’est plus possible de passer clandestinement en Afrique du Nord depuis Marseille et lui conseille le rengagement pour l’Indochine, les Anglais arraisonnant les navires et prenant à leur bord les volontaires pour de Gaulle. Sans un sou, ne voulant pas retourner à Bordeaux sur un échec, René Baudry remplit son dossier au Fort Saint Jean (repris au grade de sergent-chef) et attend la validation du dossier au camp de la Delorme, à 7 km du centre-ville.

La signature du rengagement intervient le 29 septembre 1941 au Fort Saint Jean, cependant il faut prêter serment au Maréchal Pétain : cruel dilemme ! Mais après avoir lu le texte à voix haute et posé la question « promettez-vous de servir avec fidélité le Chef de l’Etat dans tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service et le succès des armes de la France ? », et au moment où Baudry allait dire « oui », bien que sa conscience lui dicte un « non », en pensant « pour moi le Chef de l’Etat c’est le général de Gaulle », le militaire n’attend pas la réponse et lui tend la plume en disant « maintenant, vous pouvez signer » !

En fait, ce n’était un secret pour personne qu’à la baraque C du camp de la Delorme ils sont tous gaullistes. Même le colonel Guichard commandant le D.I.T.C. (Dépôt des Isolés des Troupes Coloniales) de Marseille le sait.

Il ne reste plus qu’à attendre l’embarquement et l’arraisonnement anglais. Mais nouveau contretemps – et de taille ! – le 7 décembre 1941 : l’attaque sur Pearl Harbour déclenche la guerre entre le Japon et les USA, et l’Etat Français suspend tout départ pour l’Indochine.

René Baudry opte alors pour une affectation en AOF, ayant déjà vécu au Sénégal et au Dahomey, et connaissant assez bien cette région d’Afrique et ces pays voisins de possessions anglaises ou américaines, sans oublier le long trajet en bateau via Gibraltar qui laisse espérer un arraisonnement.
Le 27 décembre, il embarque avec une centaine de compagnons sur le Porthos, avec un débarquement à Oran pour vider le navire avant le passage de Gibraltar. Réveillon à Oudjda.
Nouveau départ le 5 janvier sur le Porthos, depuis Casablanca dans un convoi accompagné par l’aviso Commandant Delage. (le Porthos, paquebot mixte de la Compagnie des Messageries Maritimes faisant le courrier vers l’Orient, fabriqué par les Forges & Ateliers de la Gironde à Bordeaux, sera coulé par une salve de l’USS Massachussets le 8 novembre 1942 dans le port de Casablanca).


Le 12 janvier à Dakar, par une vieille connaissance sur place il se fait affecter au Dahomey, dans le régiment de Tirailleurs Sénégalais du Dahomey-Togo commandé par le Colonel Avré. Pour lui c’est la 5ème compagnie, tandis que le sergent-chef Dalmard, connu à Fréjus puis à la Delorme, est affecté à la 6ème. Le 24 février, départ pour Kandi, arrivée le 28 février, et affectation comme … chef comptable de la 5ème compagnie au lieu du poste de brousse espéré ! (photo : H. Dalmard en 1994)


Début avril 42, Baudry et Dalmard se reconnaissent mutuellement comme gaullistes dans un régiment fidèle à Vichy où ils sont sous surveillance. Aussitôt ils échafaudent leur plan d’évasion vers le Nigeria anglais : partir un samedi et couvrir à marche forcée en 36 heures 100 km de brousse.

Premier départ le samedi 2 mai, lendemain de la fête du travail maréchaliste qui les fait bénéficier le régiment de 2 jours de liberté qui plus est par pleine lune. Mais une fausse alerte d’attaque anglaise les oblige à revenir au camp.

Deuxième départ le lendemain, dimanche 2 mai 1942, de Kandi, avec leurs ordonnances : Tibilo pour H. Dalmard, et Sountogo pour R. Baudry, envoyés en avance à Sâa. Dalmard enfourche la bicyclette empruntée à Deschamps, et Baudry celle d’Amilien, ce qui leur permet de faire rapidement les 17 km jusqu’à Sâa.

Ils traversent ensuite les villages de : Moullé, Lougou, Tongo, Béra, Bani, Illo, Bokway, Bunza, et arrivent enfin à Birnin-Kebbi.

De là ils gagnent Sokoto, Gusau, et Lagos où ils arrivent le 14 mai. Le 25 mai ils partent pour le Tchad, et à 7h30 le 31 mai 1942 ils posent le pied "sur un territoire de la France Libre" : Fort-Lamy.
Cela fait 425 jours que René Baudry a quitté Bordeaux pour rejoindre la France Libre…

Ensuite, ce sera l’épopée de la Division Leclerc, le RMT, Utah Beach, la libération de Paris et Strasbourg, une 2ème blessure, mais, comme il l’a écrit lui-même en conclusion de son ouvrage : « c’est une autre histoire ».

(voir aussi ici http://2db.forumactif.com/t1145-rene-baudry-mon-grand-oncle-ancien-du-rmt)


Dernière édition par jean-yann le Dim 9 Aoû 2015 - 12:19, édité 5 fois
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Jean PFLIEGER
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MessageSujet: Re: René BAUDRY du front en mai 40 à la France Libre en mai 1942   Sam 24 Mai 2014 - 15:00


Merci, Jean-Yann, pour ce formidable récit que je viens de dévorer…

Vivement la suite!
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jean-yann
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MessageSujet: Re: René BAUDRY du front en mai 40 à la France Libre en mai 1942   Sam 24 Mai 2014 - 15:05

Hélas il n'est pas certain que la suite puisse être écrite.

Il faudra que j'aie accès à ses archives, ce sera peut-être possible, et à condition qu'il ait laissé des notes comme je le suppose.

J'ai mis en lien la fiche d'Honoré Dalmard, breton né à Plélo en 1920, qui sera au RMSM. C'est par la magie d'internet qu'avec seulement ses nom et prénom j'ai retrouvé son fils, toujours à la tête de l'entreprise familiale de vêtements marins à Paimpol ("la maison du Kabic").

M. Thierry Dalmard m'a appris que son père est décédé en 1996, qu'il parlait très peu de la guerre et n'a laissé aucun écrit.
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MessageSujet: Re: René BAUDRY du front en mai 40 à la France Libre en mai 1942   

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